BARBE Claude, Jean

Par André Balent

Né le 13 mai 1939 à Siguer (Ariège), mort à Marsoulas (Haute-Garonne), assassiné par des SS de la division Das Reich

Claude Barbe avait un frère jumeau, Michel, assassiné comme lui par les SS de la division Das Reich. Il était le fils de Marie Barbe, née Blanc, sœur du maire, réputé pétainiste de Marsoulas, Jean Blanc. Son père, Pierre Barbe, était douanier, ce qui explique sa naissance à Siguer, village pyrénéen de la Haute Ariège, dans la vallée de Vicdessos, frontalier avec l’Andorre. En 1944, le couple habitait à Toulouse où il possédait une maison. De toutes façons, depuis l’occupation de la zone sud par les Allemands (11 novembre 1942), les douaniers française avait été déplacés hors des postes frontière occupés désormais par la Douane militarisée allemande, chargée de missions multiformes de surveillance des frontières. Pierre et Marie Barbe avaient un troisième fils, Hugues, Vincent, pensionnaire, en 1944, à Pamiers (Ariège) où il poursuivait des études.

En 1944, les parents de Claude et Michel étaient inquiets car Toulouse, victime de bombardements aériens était rendue dangereuse par les affrontements entre résistants et Allemands et/ou collaborationnistes. D’un commun accord, les époux Barbe décidèrent d’envoyer les deux jumeaux à Marsoulas, village réputé « paisible » et peu menacé car à l’écart des grandes voies de communication. Marie partit résider à Marsoulas avec ses deux fils, près de la maison familiale des Blanc où habitaient sa mère, Joséphine, et la sœur de celle-ci, Julie, avec son mari Jean-Baptiste Cazenave, agriculteur, et leurs trois enfants, dont un seul survécut au massacre du 10 juin. Des amis de Toulouse qui possédaient une résidence secondaire à Marsoulas (Durran, industriel) la lui avaient prêtée à cet effet. Quand elle s’absentait, Marie Barbe confiait ses jumeaux à sa jeune cousine âgée de dix-neuf ans, Paulette Cazenave.

C’est ce qui arriva le samedi 10 juin 1944. Marie Barbe quitta Marsoulas tôt le matin à bicyclette afin de prendre à Boussens le train pour Toulouse. Le lendemain, dimanche de la Fête Dieu, elle était invitée avec son mari et leur fils aîné, au repas familial organisé à Toulouse à l’occasion de la communion d’une nièce de Pierre Barbe. Paulette Cazenave devait assurer le réveil des jumeaux, leur donner le déjeuner et les amener à l’école communale à laquelle ils avaient été inscrits. Elle devait aussi les conduire, le lendemain, à la célébration de la Fête Dieu de Marsoulas où ils devaient étrenner des habits brodés.

Lorsque les Allemands frappèrent fort à la porte de la maison Blanc-Cazenave, au chemin de la Fontaine, le père de famille, Jean-Baptiste, la leur ouvrit. Il fut abattu aussitôt. Presque au même moment, sa femme Julie subit le même sort. Les enfants et la grand-mère de trouvaient dans le hall de l’escalier. Si Gaston, le fils des époux Cazenave et frère de Paulette, put s’enfuir, celle-ci alla vers sa mère en criant : « Maman ! maman ! ». Abattue d’un coup de fusil, elle fut achevée d’un coup de crosse. Les jumeaux Claude et Michel dont elle devait s’occuper furent tués par une balle de revolver dans la tempe dans la chambre du rez-de-chaussée de la maison Durran.

Leur mère, arrivée à Mazères, décida de rebrousser chemin lorsqu’elle aperçut les Allemands qui prenaient position dans la localité. Elle s’arrêta au passage à la ferme Saleich de Cassagne où elle pensait trouver son frère, le maire de Marsoulas qui y résidait, et informait sa belle-sœur qu’elle revenait au village. Elle découvrit le massacre de sa famille. Elle revint à Cassagne et s’en alla à nouveau expliquer ce qui s’était passé à Marsoulas. Elle s’y rendit à nouveau, accompagnée par son frère qui, lui aussi, découvrit le massacre et commença à organiser les secours. Jeanne Blanc fut longtemps hagarde et sidérée près de ses deux enfants. Elle se résolut pourtant à faire leur toilette mortuaire puis, avec une villageoise rescapée, Marie-Louise Ségur, elle les apporta à la mairie où son frère avait décidé de rassembler les corps des victimes. On plaça leurs corps sur la table du conseil municipal.

Voir Marsoulas (Haute-Garonne), 10 juin 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article219254, notice BARBE Claude, Jean par André Balent, version mise en ligne le 2 octobre 2019, dernière modification le 4 mars 2020.

Par André Balent

SOURCES : Arch. dép. Ariège, état civil de Siguer, acte de naissance de Claude Barbe. — Guy Penaud, La « Das Reich » 2e SS Panzer Division, préface d’Yves Guéna, introduction de Roger Ranoux, Périgueux, La Lauze, 2e édition, 2005, 558 p. [pp. 378-383, pp. 520]. — Roger Prost, « En Comminges sous l’occupation. Événements après le 6 juin », Revue du Comminges, Revue d’histoire, d’archéologie, de géographie et de sciences naturelles du Comminges et des Pyrénées centrales, 109, 1994, pp. 404-443. — « Le massacre d’une population innocente à Marsoulas en Comminges, le 10 juin 1944 », texte rédigé par un des fils, né en 1941, du maire de Marsoulas, Jean Blanc, site aspetinf.chez.com/assoc/Marsoulas, consulté le 11 septembre 2019.

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