DELANNOY Monique, Céline, Elisabeth

Par Madeleine Singer

Née le 29 janvier 1927 à Roubaix (Nord), morte le 28 février 2011 à Roubaix ; professeure dans l’enseignement technique privé, permanente syndicale ; membre du conseil, puis du bureau de la Fédération française des syndicats chrétiens de l’enseignement libre (FFSCEL) CFTC-CFDT (1958-1986), trésorière fédérale (1977-1986), secrétaire de l’Union fédérale des retraités de l’enseignement privé (février 1988-octobre 2003).

Monique Delannoy était l’aînée des quatre enfants d’Hubert, Joseph Delannoy. Celui-ci d’abord artisan fabriqua des bretelles, des supports-chaussettes, des jarretelles, etc. ; puis il devint progressivement commerçant en gros dans le secteur de la mercerie. Il avait épousé Andrée, Zélia Lefebvre, employée de bureau, qui après la naissance de leur premier enfant, se consacra à son foyer tout en secondant son mari. Tous deux étaient catholiques et pratiquaient régulièrement leur religion. La mère fit partie de l’ACI (Action catholique des milieux indépendants) ; le père, dès sa retraite, participa aux réunions de La vie montante, groupe catholique de réflexion destiné aux personnes retraitées.
Monique Delannoy fréquenta à Roubaix l’école de l’Immaculée conception ; elle y obtint le certificat d’études primaires et fit sa communion solennelle. Désirant enseigner, elle bifurqua après la cinquième vers le cours complémentaire Sainte Marie où elle passa avec succès le brevet élémentaire en 1943, puis la première partie du baccalauréat en 1945. Mais contrairement à la promesse faite, l’école n’assura pas la préparation à la deuxième partie et lui offrit une classe de certificat d’études primaires qu’elle accepta. Puis elle occupa un poste d’institutrice en cours préparatoire à l’école Saint Vincent à Tourcoing (Nord) tout en étudiant par correspondance en vue de la deuxième partie du baccalauréat. Mais la fatigue qui déclencha une très forte jaunisse, l’obligea à prendre un congé de maladie de quatre mois. À la rentrée suivante on lui confia la classe de Quatrième dans le même établissement. Elle enseigna ensuite un an au cours complémentaire Sainte Marie à Roubaix. On lui demanda alors de prendre une classe de garçons à l’école Saint Eloi à Roubaix, l’instituteur qui devait l’assurer ayant fait faux bond à 48 heures de la rentrée.
Ayant précisé dès le départ qu’elle acceptait pour un an, elle passa le 1er octobre 1951 dans le technique. Devenue professeur à l’école technique de jeunes filles de Roubaix, aujourd’hui lycée privé Saint Martin, elle y enseigna dans la section industrie (couture) le français, les mathématiques, l’histoire-géographie, les sciences et la technologie. Lorsque cette section couture fut supprimée, on lui confia le français et les mathématiques dans la section commerciale. En septembre 1967 elle accepta un poste de permanent à la FFSCEL (CFDT) et y demeura jusqu’à la retraite en 1987. Elle partait à Paris le lundi matin et rentrait à Roubaix le vendredi soir au plus tôt car avant l’octroi de décharges syndicales en 1977, toutes les réunions de la Fédération auxquelles elle devait assister, se tenaient pendant le week-end. Une fois à la retraite, elle résida à Roubaix dans la maison dont elle était propriétaire. Sa mère qui vivait chez elle, fut heureuse de voir la fin des séjours hebdomadaires de sa fille à Paris.
De 16 à 18 ans Monique Delannoy avait fait partie de la JEC. Quand elle eut son premier emploi, elle s’inscrivit au Mouvement des enseignants chrétiens qui est pour l’enseignement privé l’équivalent d’autres mouvements tels que l’Action catholique ouvrière (ACO). Elle n’y resta que trois ans parce que le groupe s’effilocha. Quand elle commença à enseigner, elle ignorait l’existence du syndicat : personne n’était syndiqué dans son établissement et l’enseignement qu’elle avait reçu comme élève ne mentionnait pas l’existence des syndicats. En 1956 le Syndicat secondaire et technique de l’académie de Lille affilié à la FFSCEL (CFTC) chercha à se développer. Un responsable vint donc demander à la directrice de l’École technique de jeunes filles s’il n’y avait pas chez elle quelqu’un qui accepterait de s’en occuper. Appelée par la directrice, Monique Delannoy donna son accord. Invitée à un conseil syndical, elle fut intéressée, prit une carte syndicale et se retrouva membre de ce conseil au titre du technique féminin.
Or cette branche n’était pas représentée au conseil fédéral. Monique Delannoy fit une session au Centre d’études syndicales CFTC à Bierville, près d’Etampes (Essonne), et fut élue au conseil fédéral lors du congrès de la Fédération à Paris en 1958. Elle participa en 1958-1959 à la rédaction de la première convention collective du technique féminin. Elle fut élue en 1963 secrétaire du Syndicat de l’enseignement privé CFTC de l’académie de Lille et le resta jusqu’à son départ pour Paris en 1967. Mais auparavant au congrès national de Lille en 1964, le conseil fédéral l’avait élue membre du bureau fédéral où elle eut la charge de trésorière adjointe.
Quand Monique Delannoy rentra de vacances en septembre 1966, Jean Deroo* vint la voir pour la décider à donner suite à une proposition de la Fédération qui lui demandait de devenir permanente. Le secrétaire général Camille Caduc était décédé en juin ; il ne restait qu’un seul permanent, Pierre Branchereau, et une secrétaire administrative handicapée par la poliomyélite. C’était, dit-elle, un saut dans l’inconnu, sans retour possible dans son poste qu’il était difficile de quitter à la veille de la rentrée. Elle partit à Paris l’année suivante en septembre 1967 et y assuma de multiples tâches : outre les finances, elle s’occupait du courrier avec les syndicats, de l’information dans les circulaires, des comptes rendus des réunions de conseil, de bureau, des groupes de travail. Elle participait aux commissions paritaires nationales du technique ainsi que de l’enseignement secondaire hors contrat. Elle assistait à des réunions à la Confédération, allait en province préparer au plan technique les congrès fédéraux. Le président de la Fédération qui travaillait à temps plein, ne venait que rarement en dehors des réunions. Dans le bureau fédéral il n’y avait que deux femmes et jusqu’à son départ en retraite, elle sera la seule femme permanente.
Mai 68 amena des liaisons difficiles avec les syndicats, livrés à eux-mêmes, gagnant en autonomie par rapport à la fédération. L’appel de la CFDT à soutenir Pierre Mendès France après la disparition du général de Gaulle le 20 mai 1968, provoqua à la fois des démissions et l’arrivée de nouveaux adhérents. Mais plus encore c’est le congrès de la Fédération en 1970 à Cherbourg (Manche) qui frappa Monique Delannoy car elle pense encore aujourd’hui qu’une scission a été évitée de peu. En effet quatre tendances coexistaient dans l’organisation, les plus extrêmes plaidant l’une pour une fusion à terme de l’enseignement privé et de l’enseignement public dans le cadre d’une Éducation nationale rénovée, l’autre pour la reconnaissance du pluralisme scolaire, assortie du statut de fonctionnaire pour le personnel. Aussi le congrès vota finalement un texte de compromis.
Au congrès suivant en mars 1972 à Saint-Etienne (Loire), l’organisation modifia son titre : la FFSCEL devint la Fédération de l’enseignement privé (FEP) CFDT. On supprimait la référence chrétienne comme l’avait déjà demandé sans succès au congrès précédent Jean-Luc Deroo, instituteur du Nord. Cinq ans plus tard au congrès de Dijon (Côte-d’Or), Monique Delannoy, trésorière adjointe qui dans les faits effectuait déjà tout le travail, fut élue trésorière en titre et représenta dans le bureau avec Pierre Branchereau la continuité fédérale. Le congrès était majoritairement composé d’hommes jeunes (57% dont la moyenne d’âge était de 35 ans) ; les trois quarts d’entre eux étaient des professeurs du second degré qui travaillaient dans des établissements d’au moins 50 salariés. La résolution votée définissait les étapes pour une nationalisation de l’enseignement, alors que Monique Delannoy constatait un certain déphasage lorsqu’elle parlait avec des responsables de syndicats : ils craignaient d’être mutés, d’avoir moins de liberté.
De 1977 à 1983 elle vécut une période de tension entre ceux qui voulaient continuer à travailler à l’intérieur de l’enseignement privé pour amener les conditions d’une unification et ceux qui cherchaient des appuis à l’extérieur, en particulier à la Fédération de l’éducation nationale (FEN). Tout ceci apparut au grand jour au congrès de Marseille (Bouches-du-Rhône) en avril 1983 : le congrès assista, consterné, au départ de plusieurs militants qui allaient fonder une nouvelle organisation, le SNUDEP-FEN (Syndicat national pour l’unification du service public d’éducation et la défense des personnels de l’enseignement privé), vu qu’ils n’avaient pu décider le congrès à accepter leur proposition d’unification syndicale avec la FEN. En 1983-1984 Monique Delannoy fit partie de la délégation qui rencontra Alain Savary, puis des membres de son cabinet pour élaborer le projet de loi Savary qui devait mettre en place le « nouveau service d’éducation ». La FEP publia alors dans Le Monde avec le SGEN (Syndicat général de l’éducation nationale) un encart intitulé « Construire l’école pour tous » où l’on affirmait que « ces propositions étaient de nature à dépasser ce climat néfaste de guerre scolaire ».
Mais le projet demeurait inacceptable pour le secrétariat général de l’enseignement libre, l’épiscopat et les APEL (Associations des parents d’élèves de l’enseignement libre). Une manifestation monstre fut organisée à Paris le 24 juin 1984. François Mitterrand décida seul le 12 juillet le retrait du projet de loi. Cet abandon entraîna la démission d’Alain Savary, puis le 17 juillet celle du Premier ministre Pierre Mauroy, solidaire de son ministre et hostile aussi au retrait. Au sein de la FEP, Monique Delannoy en connut qui firent alors « ouf ». Elle continua à faire partie des délégations qui rencontrèrent Jean-Pierre Chevènement, successeur d’Alain Savary. Il lui fallait en même temps faire prendre en compte par les responsables les difficultés financières de la FEP dans les années 1983-1986 ; alors qu’il y avait plus de 160 000 timbres à son arrivée avant 1968, on était descendu à 74 000 en 1987, les dissensions internes que nous avons évoquées et le retrait de la loi Savary ayant eu une incidence sur le nombre des adhérents. Or les déçus de la FEP pouvaient passer au Syndicat national de l’enseignement chrétien (SNEC-CFTC), créé le 29 décembre 1964 par ceux qui étaient demeurés dans la « CFTC maintenue ». Monique Delannoy dut faire accepter par le bureau fédéral des restrictions de budget, aidée par une commission financière comme elle l’avait souhaité à un congrès précédent afin de ne plus être seule à gérer le budget. Toutefois la situation fut plus aisée quand à partir de 1977, il y eut des décharges syndicales et la prise en charge de cette façon d’une partie du salaire des permanents.
Quand Monique Delannoy prit sa retraite en 1987 à Roubaix, elle rejoignit un groupe de retraités de la FEP. C’est en 1980 qu’on avait commencé au niveau fédéral à organiser les retraités de l’enseignement privé. Avec le camarade du bureau fédéral chargé de l’action sociale, elle prit une part importante au développement de cette section qui en 1986 comptait 150 adhérents environ, répartis dans 24 départements. Avant de quitter son emploi de permanent, elle avait réalisé une brochure « Petit guide pour prendre sa retraite » qui rassemblait des informations destinées aux futurs retraités. Depuis 1981-1982 on réunissait une fois par an quelques retraités pour étudier leurs problèmes. Invitée à la réunion du groupe le 24 février 1988, on lui demanda de poursuivre l’amélioration de la brochure. Le nombre des réunions du groupe s’accrut peu à peu ; il y en eut cinq en 2002. Le 13 juin 2001 ce groupe devint officiellement l’Union fédérale des retraités (UFR) FEP, affiliée à l’Union confédérale des retraités (UCR) CFDT. Le 15 janvier 2003 Monique Delannoy fut élue secrétaire générale de l’UFR-FEP, fonction qu’elle occupait déjà à la demande de ses camarades depuis le 24 février 1988. Elle conserva cette responsabilité jusqu’au 2 octobre 2003, date de l’assemblée générale constitutive de l’UFR-FEP qui procéda à l’élection de son conseil, Monique Delannoy ayant fait savoir qu’elle ne sollicitait pas un nouveau mandat.
Dans le Nord on organisa une fois par an, à partir de 1986-1987, une réunion des retraités alors peu nombreux ; Monique Delannoy y participait. Le nombre d’adhérents augmentant, des camarades prenant des responsabilités dans différentes structures, Monique Delannoy lança l’idée de la mise en place d’une sorte de bureau informel regroupant les camarades siégeant dans les ULIR (Union locale interprofessionnelle des retraités) CFDT de Lille, Roubaix, Tourcoing et Halluin (Nord), dans l’UTR (Union territoriale des retraités) Nord-Pas-de-Calais, à la CANAREP (Caisse de retraite de l’enseignement privé), au conseil de l’UFR-FEP ainsi qu’à l’UIS (Union interprofessionnelle de secteur) CFDT de Lille, au conseil du Syndicat de l’enseignement privé CFDT du Nord. Le projet se réalisa et la première réunion de ce bureau informel se tint le 20 octobre 1998 : avec l’accord de ses camarades, Monique Delannoy prit en mains cette section « retraités », rattachée au Syndicat de l’enseignement privé CFDT du Nord.
Avec deux autres retraités, elle fut élue au conseil de ce Syndicat afin d’établir une liaison entre actifs et retraités. En 2003 elle assurait toujours cette fonction et eut cette année-là un emploi du temps très chargé vu les mouvements de mai-juin relatifs au projet de loi Fillon sur les retraites. Ainsi elle poursuivait son action après avoir été au plan national l’un des militants les plus actifs de la fédération. On comprend qu’elle eut sa place parmi la vingtaine de biographies publiées avec les actes du colloque par lequel le 6 mai 1998 la FEP célébra le soixantième anniversaire de sa naissance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21934, notice DELANNOY Monique, Céline, Elisabeth par Madeleine Singer, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 8 novembre 2021.

Par Madeleine Singer

SOURCES : Bruno Poucet, Entre l’Église et la République Une histoire de la Fédération de la formation et de l’enseignement privés, Les Éditions de l’Atelier, 1998. — Histoire et mémoire de la FEP-CFDT, ouvrage collectif, L’Harmattan, 1999. — Lettres de M. Delannoy à M. Singer, 22 avril 2003, 29 août 2003, 14 octobre 2003, 13 novembre 2003 (Arch. Gilbert Ryon). — État civil de Roubaix, 15 juillet 2003.

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