ARNAUD Jacques, Jules

Par Michel Germain, Dominique Tantin

Né le 1er décembre 1904 à Grenoble (Isère), exécuté sommairement le 9 juillet 1944 à Thyez (Haute-Savoie) ; médecin ; résistant du réseau F2 des FFC.

Bien que pupille de la Nation, Jacques Arnaud fit de brillantes études de médecine à Paris. Il devint, en 1927, interne des hôpitaux de Paris, diplômé de la faculté en 1932 (Thèse : Perforations pleuropulmonaires au cours du pneumothorax artificiel et de l’oléo thorax), puis médecin assistant des mêmes hôpitaux et du dispensaire Léon Bourgeois. S’étant lancé dans la recherche, il devint très vite une autorité de premier plan en ce qui concerne la tuberculose pulmonaire. Il était à la pointe de sa spécialité par ses études sur les volumes pulmonaires avec comme application l’utilisation des épreuves fonctionnelles respiratoires pour la prise en charge de ses patients. Il était lauréat de l’Académie de Médecine, de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, ainsi que de la Faculté de Médecine.
Il arriva en Haute-Savoie au printemps 1935, comme directeur et médecin-chef du sanatorium du Mont-Blanc, au plateau d’Assy. Il était président de la Société médicale de Passy et de la Croix rouge du secteur. Avant la guerre, il fonda la Société de secours mutuels et la Caisse d’entraide des employés des sanatoria du Plateau d’Assy.
Mobilisé en 1939, fait prisonnier dans la poche de Dunkerque, rapatrié sanitaire en 1941, il reprit son travail. La résistance à l’occupant et aux idées de Vichy coulait de source, sans compter qu’il soignait maquisards, réfractaires et autres résistants blessés. Il fut immatriculé au réseau F2 des FFC.
Le lundi 26 juin 1944, il fut arrêté par la Sipo-SD de Cluses, à qui il refusa de communiquer la liste de ses malades. Il fut incarcéré à l’Ecole d’horlogerie de Cluses. Les Allemands firent courir le bruit de son transfert.
En réalité, il avait été violement torturé, mais en vain. Le 9 juillet 1944, à 2 heures du matin, à Thyez, sur les bords du lac du Nanty au lieu-dit « Champ de Gond », des Allemands l’exécutèrent. On retrouva son corps le 8 septembre sous trente centimètres de terre dans une haie.
Fin août 1944, le 2e Bureau des FFI du secteur de Bonneville interrogèrent un prisonnier allemand, Litzrodt, ancien chef du SD de Cluses sur le sort du Dr. Arnaud dont on était sans nouvelles depuis son arrestation par ses services. Après de nombreux interrogatoires, il avoua : « Dans la nuit du 8 au 9 juillet 1944, vers 3 heures du matin, ordre a été donné de s’habiller en vitesse et de descendre dans la cour. Ils se sont trouvés sous le commandement de Steinacker, employé au SD de Cluses. Ils sont montés dans un car découvert avec un civil. Le car est parti en direction de Marignier, puis a tourné à gauche dans une petite agglomération, il s’est arrêté près d’un bois, deux hommes sont restés à la garde du car, deux autres ont gardé les accès. Les quatre hommes restant et Steinacker ont emmené le civil, ils emportaient des bêches et des pioches, quelques minutes après plusieurs coups de feu furent tirés. Au rassemblement, Steinacker fit jurer aux hommes présents de ne rien révéler de ces faits même à leurs chefs ou leurs camarades. » Ces dires se trouvèrent confirmés sur la commune de Thiez, les FFI déterrèrent le corps du Dr. Arnaud qui fut identifiés par ses deux assistants. Steinacker ne put être entendu pour cette affaire ; il avait été fusillé pendant les combats de libération du département. (Dossier AVCC, Caen).
« C’était un homme droit, au cœur généreux ; il a sauvé d’innombrables vies humaines. Le docteur Arnaud a été lâchement assassiné à la fin d’une nuit qui était l’aube d’une Libération », écrivirent les résistants. Le docteur Maurice Raton, médecin au plateau d’Assy en 1944, me confirma depuis Besançon le 19 juillet 1994 : « Le corps du docteur Arnaud a été reconnu par le docteur Mérigot, grâce à un petit doigt en forme de marteau, car il était méconnaissable. Ce médecin était adjoint au sanatorium du Mont-Blanc. Lorsque la Gestapo est venue l’arrêter, j’étais dans mon bureau. J’ai été le dernier à qui il a parlé au sanatorium. »
Le docteur Arnaud était chevalier de la Légion d’Honneur et il recevra la Croix de Guerre. Il fut homologué au grade de lieutenant. En 1945, la municipalité de Cluses donna son nom à une rue de la ville. Son nom est inscrit sur la stèle de la Résistance élevée à Cluses. A noter que l’avenue principale de Passy porte également son nom. Une stèle de pierre a été mise en place sur le lieu de son martyr et un médaillon de bronze, inauguré le 22 juin 1953 dans le hall du sana du Mont-Blanc, rappelle son souvenir. Cette même année un certain nombre de ses confrères rédigent un petit opuscule, modestement intitulé Jacques Arnaud, qu’avec de la chance on peut encore trouver au sana du Mont-Blanc. Son nom est gravé sur le monument aux morts de Passy et à Paris sur les plaques commémoratives 1939-1945 de l’Hôtel Dieu et de la Faculté de Médecine.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article219413, notice ARNAUD Jacques, Jules par Michel Germain, Dominique Tantin , version mise en ligne le 9 octobre 2019, dernière modification le 9 octobre 2019.

Par Michel Germain, Dominique Tantin

SOURCES : Michel Germain, Haute-Savoie Rebelle et martyre, Mémorial de la Seconde guerre mondiale en Haute-Savoie, La Fontaine de Siloé, 2009. — Laurent Cardonnet, Contribution à l’étude des étudiants de médecine et des médecins Morts pour la France pendant la seconde guerre mondiale, thèse pour le doctorat de médecine, Paris Descartes, 2010. p. 80-81. — Fonds du Mémorial de l’oppression 3808 W 1484. — Service historique de la Défense, Vincennes, GR 16 P 17576 (à consulter). — Mémoire des Hommes. — MémorialGenWeb.

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