DELAUTRE Jean

Par Didier Bigorgne

Né le 13 juin 1922 à Noyelles-Godault (Pas-de-Calais), mort le 15 novembre 1980 à Paris (XVIIe arr.) ; professeur puis censeur ; syndicaliste, secrétaire de la section des Ardennes du SNES (1957-1966) et secrétaire général adjoint de la section des Ardennes de la FEN (1957-1971) ; mutualiste ; militant socialiste, secrétaire fédéral du Parti socialiste des Ardennes (1970-1972) puis trésorier fédéral (1972-1980) ; maire de Charleville-Mézières (1977-1980) ; conseiller général et conseiller régional (1973-1980).

Fils d’un instituteur et d’une mère au foyer, Jean Delautre fit des études secondaires au lycée d’Arras où il obtint le baccalauréat. Il poursuivit ensuite des études universitaires à la Faculté des sciences de Lille qu’il quitta avec une licence es-sciences mathématiques-physique et un diplôme d’études supérieures. Le 1er janvier 1945, il fut nommé professeur certifié de mathématiques au lycée Chanzy de Charleville. Il y enseigna jusqu’au 1er octobre 1966, date à laquelle il fut promu censeur dans le même établissement. Le 27 août 1945, à Sauchy-Lestrée (Pas-de-Calais), il avait épousé Renelde Hennebicq, sans profession ; de cette union naquirent deux enfants, une fille et un garçon.
Les premiers engagements de Jean Delautre furent syndicaux et mutualistes. Militant du Syndicat national de l’enseignement secondaire dans la section départementale du Nord, il fut élu, sur la liste de la majorité autonome, membre de la commission administrative de la section ardennaise de la Fédération de l’éducation nationale le 28 octobre 1950. Après le départ des Ardennes de René Debert, nommé censeur à Thionville à partir du 1er septembre 1957, Jean Delautre lui succéda au poste de secrétaire général adjoint de la FEN. Il seconda ainsi le secrétaire général Gaston Husson jusqu’en novembre 1971. Jean Delautre devint également secrétaire de la section des Ardennes du SNES, fonction qu’il exerça de 1957 à 1966. Ses compétences l’amenèrent à occuper des responsabilités nationales et académiques à partir de 1960. Membre de la commission administrative nationale du SNES sur la liste À (« autonome ») en 1951 (21e position), il le demeura jusqu’en 1966. Il fut le trésorier de la section académique de Reims de 1963 à 1967. Membre du Conseil académique, il fut élu à la Commission administrative paritaire académique des certifiés. Après sa promotion professionnelle au poste de censeur au lycée Chanzy, il continua de militer au sein du Syndicat national des personnels de direction des établissements secondaires.
L’activité syndicale de Jean Delautre le conduisit tout naturellement à s’investir dans le mouvement mutualiste. De 1949 à 1974, il fut membre de la commission administrative de la section des Ardennes de la Mutuelle générale de l’éducation nationale. Il y occupa pendant quelques années la fonction de vice-président, avant de devenir en 1973 administrateur de l’Union départementale des sociétés mutualistes des Ardennes qui l’honora de sa plus haute distinction en 1978, la médaille du Mérite mutualiste.
Enfin, Jean Delautre adhéra à la Ligue des droits de l’Homme dès la reconstitution d’une section à Charleville en février 1962. Il fut ensuite membre de la section des Ardennes qui tint sa première réunion le 9 juin 1972.
Jean Delautre qui avait adhéré au Parti socialiste SFIO en 1950 fut un dirigeant de la fédération socialiste des Ardennes dans les années 1970-1980. D’abord membre de la commission exécutive, il siégeait au bureau fédéral en 1969. Il devint ensuite secrétaire fédéral de 1970 à 1972, puis il occupa la fonction de trésorier fédéral de 1972 à 1980. Dans le même temps il fit partie du comité de rédaction du journal fédéral, Le Réveil Ardennais.
La carrière politique de Jean Delautre fut d’abord locale. Aux élections municipales des 8 et 15 mars 1959, il fut élu conseiller municipal de Charleville sur la liste d’Entente républicaine et démocratique composée de socialistes, de radicaux et de centristes qui remporta une victoire totale. Il devint sixième adjoint, chargé des questions de l’enseignement, au maire socialiste SFIO, André Lebon. Promu deuxième adjoint en 1962, il fut confirmé dans ses fonctions après sa réélection sur la liste conduite par André Lebon au scrutin municipal de mars 1965. Avec la fusion de cinq communes (Charleville, Mézières, Mohon, Étion et Montcy-Saint-Pierre) qui donna naissance à la ville de Charleville-Mézières le 1er octobre 1966, Jean Delautre rétrograda au poste de quatrième adjoint ; il n’en fut pas moins chargé des grandes réalisations scolaires, ce qui se traduisit par la construction de cinq écoles primaires et maternelles, de quatre collèges d’enseignement secondaire et d’un collège d’enseignement technique. Réélu aux élections municipales des 14 et 21 mars 1971, il retrouva son poste de deuxième adjoint. Avec la retraite politique d’André Lebon qui décida de ne pas se représenter aux élections municipales des 14 et 21 mars 1977, Jean Delautre rompit avec trente ans de pratiques socialistes locales qui consistaient à une alliance avec le parti centriste (MRP, puis CDP) à chaque scrutin municipal. Il conduisit alors une liste d’Union de la Gauche PS-PCF, qui remporta la victoire et fut élu maire de Charleville-Mézières.
La réussite politique de Jean Delautre dépassa le cadre communal. Il connut d’abord un échec sévère aux élections pour le conseil général des 4 et 11 juin 1961 où il obtint 25 voix sur 2 779 inscrits et 1 913 votants au premier tour dans le canton de Signy-l’Abbaye. Une dizaine d’années plus tard, il devenait conseiller général des Ardennes. Aux élections des 23 et 30 septembre 1973, il représenta le PS dans le nouveau canton populaire de Charleville-La Houillère. Il arriva en tête au premier tour avec 1 155 voix sur 8 261 inscrits et 3 058 votants et fut élu au scrutin de ballottage en réunissant 1 891 suffrages sur 3 389 votants. Il fut réélu dans des conditions identiques aux élections cantonales des 7 et 14 mars 1976 : il recueillit 1 594 voix sur 8 741 inscrits et 4 892 votants au premier tour et l’emporta en rassemblant 3 030 suffrages sur 5 427 votants au second tour. Il devint vice-président du conseil général des Ardennes. En mars 1979, il fut candidat à la présidence de l’assemblée départementale. Il obtint le même nombre de voix que son adversaire de droite, mais il échoua par le jeu du bénéfice de l’âge. Il fut néanmoins reconduit dans sa fonction de vice-président et eut la charge de présider la commission des finances. Ce fut au titre de conseiller général, représentant municipal, qu’il siégea au conseil régional de Champagne-Ardennes de 1973 à 1980.
Jean Delautre ne parvint pas à conquérir un mandat national. Aux élections législatives des 18 et 25 novembre 1962, il fut le candidat du Parti socialiste SFIO dans la 2e circonscription de Charleville-Rocroi. Il fut éliminé au premier tour en recueillant 3 007 voix sur 59 624 inscrits et 42 000 votants. Il échoua également aux élections sénatoriales du 28 septembre 1980.
Malade, Jean Delautre fut d’abord opéré à l’hôpital de Manchester de Charleville-Mézières. Des complications nécessitèrent son admission à l’hôpital Bichat de Paris où il mourut d’un accident cardiaque. Ses obsèques religieuses se déroulèrent le 19 novembre 1980 à Charleville-Mézières ; l’hommage solennel et populaire y fut impressionnant. Jean Delautre fut ensuite inhumé dans l’intimité familiale à Sauchy-Lestrée.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21969, notice DELAUTRE Jean par Didier Bigorgne, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 25 octobre 2008.

Par Didier Bigorgne

SOURCES : Arch. Dép. Ardennes, 3M 4, 5, 7, 8 et 9. — Arch. section des Ardennes de la MGEN. — Arch IRHSES. — Presse syndicale nationale. — Bulletin de la section ardennaise du Syndicat national des instituteurs, 1950 à 1973. — Le Réveil Ardennais, 17 novembre 1962 et 28 novembre 1980. — L’Ardennais, 17, 18 et 19 novembre 1980. — Renseignements communiqués par Danièle Carpentier-Delautre, fille de l’intéressé. — Notes d’A. Dalançon.

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