GRÉGOIRE René, Michel [pseudonyme dans la résistance : Urbain]

Par Patrick Bec

Né le 20 janvier 1906 à Chamonix (Puy-de-Dôme), abattu le 9 juillet 1944 au lieu-dit Le Sard à Riom-ès-Montagnes (Cantal) ; ingénieur ; chef de la résistance du Cantal (Armée Secrète (AS), Mouvements unis de la Résistance (MUR) et Forces françaises de l’intérieur (FFI).

René Grégoire était ingénieur et travaillait depuis 1939 pour l’entreprise Bories à la construction du barrage de Saint-Etienne-Cantalès (Cantal). Il avait fait de ce chantier un abri pour tous les traqués. Il vivait à Aurillac (Cantal) avec sa compagne Denise. Après sa formation militaire au 506è régiment de chars de combat de Besançon (Doubs), il appartenait au noyau des résistants aurillacois dès 1941 avec le pharmacien Nugou, l’ingénieur Marion. Fin 1942, il rejoignit Franc-Tireur et devint en 1943 chef cantonnal de l’AS de Laroquebrou (Cantal) puis commandant militaire départemental de l’Armée Secrète, adjoint de Jean Lépine. Son nom de guerre était "Urbain", en référence à la fête de la Saint-Urbain très populaire à Aurillac. « Courageux, silencieux, habile, il fait l’unanimité dans l’éloge », remarque Eugène Martres. En février 1944, il échappa à un attentat. Il préparait activement l’unité des composantes de la Résistance armée dans les FFI.
Le 9 juillet à l’hôtel Dexpert à Riom-ès-Montagnes, il assistait à une réunion importante avec d’autres chefs de la Résistance : le commandant Chastang, chef responsable de l’arrondissement de Mauriac, le commandant Oswald "Olivier", en mission et Arthur Athènes "Greco", le chef de la Résistance de Riom, Robert Monier. Ils devaient préparer l’entrevue du 13 juillet à La Forestie de Chalvignac destinée à fixer le remaniement de la Région Auvergne. Dans la matinée, la ville est traversée par une colonne allemande qui, venant de la vallée de Brezons (Cantal), se rendait à Bourg-Lastic (Puy-de-Dôme) où un accrochage important avait opposé occupants et résistants. Martres précise qu’il s’agissait du détachement désigné par les Allemands "groupe Coqui" et qui comprenait le 2è bataillon du 1000è régiment de sécurité (3 ou 4 compagnies), le détachement de reconnaissance 1000 (2 ou 3 compagnies) et 3 compagnies de Volga-Tatars, environ 1200 hommes, mais il n’est pas certain que toutes ces unités aient bien participé à l’action. La Vaissière détaille le drame qui s’est déroulé ce dimanche 9 juillet 1944 : « Leurs voitures étaient alignées devant la porte. L’alerte n’avait pas pu être donnée à temps. Quelques jeunes essayèrent pourtant de fuir avec leurs voitures ; mais les mitrailleuses allemandes entrèrent en action et les voitures durent être abandonnées, tandis que leurs occupants cherchaient à se cacher derrière les maisons ou les talus. Deux d’entre eux, se postant près du transformateur situé au Couderc, eurent le courage de tirer sur les Allemands. L’un, René Laurent, de Lempdes, âgé de 25 ans, fut tué. L’autre, un jeune de la région de Clermont, seulement blessé, put s’enfuir. Quelques minutes plus tard, les voitures qui n’avaient pu échapper sautaient à la dynamite. Cependant la situation des chefs surpris à l’hôtel comportait les plus grands dangers. le commandant René Grégoire (dit Urbain), ingénieur au barrage de Saint-Etienne-Cantalès (Cantal), dont la femme a été depuis déportée en Allemagne, et M. Monier, architecte, chef de la Résistance de Riom, tombèrent sous les balles quelques minutes après être sortis de l’hôtel, sur la pente au sud de Riom. Le premier fut tué sur le coup ; le second ne mourut que le lendemain. En essayant de fuir, ils voulaient surtout mettre à l’abri des papiers qui concernaient la Résistance. »
René Grégoire fut abattu le 9 juillet 1944 dans la côte des Routisses à Riom-ès-Montagnes. Il avait 38 ans. Son acte de décès, d’abord établi au nom de Jean, René Dandeuil, ingénieur à Aynes de Chalvignac (cantal) et domicilié à Aurillac porte la mention Mort pour la France.
Il a été homologué FFI pour la période du 1er juin 1943 au 9 juillet 1944 au sein de la formation MUR : Etat-major départemental du Cantal.
Son nom est gravé sur les monuments aux Morts de Mauriac et Laroquebrou ainsi que sur la stèle du Sard à Riom-ès-Montagnes. Un monument en l’honneur de René Grégoire, chef des maquis du Cantal et de ses camarades résistants et déportés du canton de Laroquebrou a été érigé dans le cimetière de cette commune en 1949. Une plaque portant également son nom ainsi que ceux des ouvriers et cadres tués dans les combats ou victimes d’accident du travail, a été apposée dans le hall de la centrale électrique au pied du barrage de Saint-Etienne-Cantalès.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article219696, notice GRÉGOIRE René, Michel [pseudonyme dans la résistance : Urbain] par Patrick Bec, version mise en ligne le 21 octobre 2019, dernière modification le 13 janvier 2022.

Par Patrick Bec

SOURCES : SHD Vincennes, GR 19 P 15/50 : liste nominative des membres de la formation MUR : Etat-major départemental Cantal. — Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 908 W 193. crimes de guerre, Riom-ès-Montagne .— SHD Vincennes, dossier de résistant de René Michel Grégoire : GR 16 P 269521 (nc) .— Eugène Martres, Le Cantal de 1939 à 1945 - Les troupes allemandes à travers le Massif Central, Cournon, De Borée 1993 .— Favier, Lieux de mémoire et monuments du souvenir, Albédia, Aurillac 2007 .— Mgr de La Vaissière, Les journées tragiques dans le diocèse de Saint-Flour, Imprimerie Clavel, Saint-Flour 1944 .— Manuel Rispal, Chouette, Noisette et Luzette, tome 1 1940-juin 1944, editions Authrefois 2014 .— Archives Départementales 15, 74 (État civil, recensement) .— MémorialGenWeb.

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