LAMAZÈRE Victor

Par Daniel Grason

Né le 20 novembre 1904 à Maupas arrondissement de Condom (Gers) ; commis boulanger ; militant communiste ; résistant ; déporté à Mauthausen (Autriche).

Fils de Pierre et de Marie, née Pastouret, Victor Lamazère de la classe 1924 fit son service militaire à Auch (Gers). Il se syndiqua à la CGT, exerça son métier de boulanger à Bordeaux, Biarritz, Nice, Lyon, puis Paris dès 1929. Il devint le responsable de La Bellevilloise. À la suite d’une scission dans le conseil syndical, il quitta La Bellevilloise pour La Fraternelle. Il fut membre de la Commission exécutive dans le VIIIe arrondissement de Paris des HCRB.
Marié, père d’un enfant, la famille vivait au 5 rue Jean-Jaurès à Bagnolet (Seine, Seine-Saint-Denis). Il adhéra au Parti communiste en 1932, il organisait les fêtes populaires de l’organisation. Mobilisé en 1940, il revint à son domicile à la fin août. Un militant, Gallet le contacta, il accepta de distribuer des tracts de l’organisation clandestine. Au cours du mois d’avril 1941, il devint responsable du secteur de Bobigny, Pavillons-sous-Bois et Bondy. Il était en relation militante avec Gabriel Crinière.
Interpellé le 5 juin 1941 par deux inspecteurs des Brigades spéciales, il assuma son activité au sein du Parti communiste clandestin. Les policiers saisissaient cinq écrits manuscrits destinés à la publication dans un tract de l’organisation. Le premier rendait compte de la fête des mères organisée à Bobigny sous la présidence de Clamamus « entouré de Clamamus ». La fête fut un « four » Il distribua des diplômes. Était dénoncé l’arrestation de Martinez père de cinq enfants qui était emprisonné. Lamazère rappelait que Martinez avait été membre des Brigades internationales. Dans un autre écrit les « valets de la collaboration » étaient dénoncés.
Sur l’un des papiers saisis figurait le nom des localités par sections. Le secteur N° 4 était composé de quatre sections : N° 41 Maisons-Alfort – Créteil – St Maurice ; N° 42 St Maur Bonneuil ; N° 43 Nogent – Joinville – Le Perreux – Champigny ; N° 44 Neuilly-Plaisance – Neuilly/S/Marne – Noisy-le-Grand – Gournay – Bry.
Furent aussi saisis cinq projets d’articles destinés à un journal clandestin, ainsi qu’un tract ronéotypé. Le commissaire de police écrivit qu’ « une importante documentation composée de notes personnelles, projets de tracts, schémas d’organisation » fut « remise spontanément par Lamazère au moment de son arrestation. »
Le 6 juin 1941, Victor Lamazère a été inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939. Le lendemain dans une note un inspecteur des Renseignements généraux le présentait comme un « Militant très actif de l’ex-parti Communiste, plus spécialement chargé de l’organisation des fêtes populaires dans la commune de Bagnolet, Lamazère avait, depuis la dissolution du parti, repris son activité en faveur de la IIIe Internationale. Il était le responsable politique du « Centre » et était notamment chargé de la confection des projets de tracts. »
Inculpé d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939, incarcéré à la prison de la Santé, le 7 juin 1941, il a été condamné le 21 juillet 1941 à dix mois de prison et cent francs d’amende par la XIVe chambre correctionnelle. Il a été transféré à Fresnes le 5 août. Sur appel, le 3 septembre 1941 la section spéciale porta sa peine à douze ans de travaux forcés et à vingt ans d’interdiction de séjour. Emprisonné à la Santé, puis à Caen dans le Calvados, il arriva le 16 juillet 1942 Fontevrault (Maine-et-Loire), puis à Blois dans le Loir-et-Cher, le 17 septembre 1943, il fut transféré à Caen (Calvados).
Incarcéré dans différentes prisons, il était le 28 février 1944 dans un convoi de quarante-neuf hommes regroupés dans des wagons de voyageurs aux fenêtres grillagées. Les wagons étaient accrochés au train de la ligne régulière vers l’Allemagne. Les détenus arrivèrent le lendemain à la gare de Sarrebruck d’où ils furent conduits au camp de Neue Bremm. Ils y restèrent un mois avant d’être tous au camp de concentration de Mauthausen (Autriche).
Parmi les quarante-neuf prisonniers de ce transport six communistes de la banlieue ouest de Paris impliqués dans la diffusion de tracts : Hippolyte Génard, Armand Godefroy, [Jean Gourdoux-198769], Fernand Lebreton, Eugène Toulgoat, Modeste Delauffre, ainsi que les polonais Stanislaw Kulawczyk et Kazimierz Szawejko, le tchécoslovaque Artur London, le danois Georg Jensen-, et Paul Collette qui tira sur Pierre Laval et Marcel Déat le 27 août 1941 à Versailles alors qu’ils assistaient à une cérémonie de la LVF créée quelques semaines plus tôt par Jacques Doriot.
Victor Lamazère matricule 60752 étiqueté « NN » Nacht und Nebel (Nuit et brouillard), ce qui signifiait condamnés à disparaître sans laisser de traces. Cette expression avait été empruntée par Hitler au livret de L’Or du Rhin de Richard Wagner. Il survécut aux dures épreuves de la déportation, fut rapatrié par la Croix Rouge, il arriva le 29 avril 1945 à Annecy (Haute-Savoie).
Victor Lamazère a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article219753, notice LAMAZÈRE Victor par Daniel Grason, version mise en ligne le 22 octobre 2019, dernière modification le 22 octobre 2019.

Par Daniel Grason

SOURCES : AN Z/4/2 dossier 25. – Transmis par Gilles Morin Arch. PPo. 1 W 909. – Bureau Résistance GR 16 P 333144. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Roger Poitevin, Abbaye-Bagne de Fontevraud 1940-1944, AFMD du Maine-et-Loire, 2009. – Site internet Mauthausen (parcours carcéral). – État civil de Maupas, AD du Gers actes de naissances en cours de numérisation.

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