DELCOURT Pierre, Anselme, Auguste, Émile

Par Yves Le Maner, Gilles Morin

Né le 10 octobre 1889 à Lille (Nord), mort le 13 juillet 1948 à Armentières (Nord) ; journaliste ; syndicaliste et militant socialiste du Nord, membre de la commission exécutive fédérale ; maire de Condé-sur-l’Escaut (1919-1948), conseiller général (1919-1928, 1930-1940, 1945-1948), député du Nord (1928-1936), conseiller de la République (1948).

Pierre Delcourt reçut en double héritage de son père des talents de publiciste et un engagement actif au sein du mouvement socialiste. Ce dernier, instituteur puis secrétaire de mairie, fut en effet rédacteur du journal socialiste Le Franc Parleur de Valenciennes. Doté d’une plume alerte et d’un humour corrosif, Pierre Delcourt devint correspondant pour l’arrondissement de Valenciennes du Réveil du Nord de Lille et de L’Impartial du Nord (édité à Valenciennes) à la veille de la Première Guerre mondiale. Mobilisé en août 1914, il fut fait prisonnier en 1915 et resta détenu dans un camp allemand jusqu’à l’armistice ; à son retour, il fut décoré de la Croix de guerre.

Toujours placé à l’aile la plus modérée du Parti socialiste SFIO auquel il appartenait depuis l’adolescence, Pierre Delcourt resta fidèle au « Vieux Parti » lors de la scission de 1921. Il ne fut pas un militant au sens propre du terme, préférant limiter son action au journalisme avant de devenir un de ces « notables » socialistes qui firent la force du Parti SFIO dans les campagnes électorales de l’entre-deux-guerres. La nature de son métier lui interdit d’autre part de jouer un rôle important sur le plan syndical ; il siégea cependant à la commission administrative de l’UD-CGT en 1920 et 1921 en tant que représentant de divers syndicats du Valenciennois et il assista au Ve congrès de l’UD réuni à Lille le 26 juin 1921 au titre de délégué du syndicat du Bâtiment de Saint-Amand. Son rôle au sein de l’appareil du Parti SFIO fut également relativement modeste. Secrétaire de la section cantonale de Condé-sur-l’Escaut (neuf sections locales), rattachée à la section d’arrondissement de Valenciennes - voir Couteaux Ernest -, il n’entra à la commission administrative de la Fédération socialiste du Nord qu’en 1928. Pierre Delcourt s’exprima par contre avec ardeur lors des campagnes électorales, sachant proposer aux électeurs des thèmes simples adaptés pragmatiquement à la conjoncture générale. Élu maire de Condé en 1919 (il conserva ce mandat jusqu’à sa mort) il entra la même année au conseil général comme représentant du canton de Condé ; réélu à deux reprises, il ne se représenta pas en 1928 afin de permettre l’élection de son ami Proer*. Mais, après le décès de ce dernier en 1930, il reprit facilement son siège face au communiste Musmeaux et fut par la suite reconduit à ce poste jusqu’à sa mort en 1948, avec une lacune correspondant aux années de l’Occupation. Membre de la commission départementale en 1925-1926, il présida cette commission en 1946 et 1947 et occupa les fonctions de premier vice-président du conseil général en 1946-1948.

Battu aux élections législatives de 1924 sur la liste de la Fédération socialiste du Nord conduite par Gustave Delory, il subit un second échec lors des législatives partielles du 12 décembre 1926 pour lesquelles il faisait acte de candidature avec R. Salengro et A. Inghels. L’instauration du scrutin uninominal lui permit d’emporter le siège de député de la 1ère circonscription de Valenciennes à l’occasion des législatives générales d’avril 1928, en devançant au second tour le candidat conservateur, Cuisset ; il fut facilement réélu en mai 1932 l’emportant au deuxième tour sur le communiste Raux et le candidat de droite, Neil.

Pierre Delcourt fit preuve d’une activité débordante au cours des deux législatures qu’il passa à l’Assemblée nationale (1928-1936). Membre de la commission d’assurance et de prévoyance sociales et de la commission du travail, il intervint dans de multiples débats, rapporta plusieurs projets de loi et il fut à l’origine de nombreuses propositions de loi. Dans ses interventions à la tribune, il s’intéressa aux sujets les plus divers (familles nombreuses, pensions des douaniers et des forestiers, organisation du marché du blé, etc.) mais privilégia toujours la défense du monde ouvrier et des petits agriculteurs. Malgré cette intense activité, il fut devancé au premier tour des élections de 1936 par le communiste Lucien Raux de huit voix seulement ; appliquant loyalement les accords de Front populaire, il se désista en faveur de ce dernier qui fut élu. P. Delcourt ne quitta pas pour autant la scène politique. En effet, en juin 1936, il fut nommé chef de Cabinet, chargé du secrétariat particulier, de son ami Roger Salengro*, ministre de l’Intérieur du gouvernement Blum*, et il conserva ces fonctions auprès de Marx Dormoy* qui succéda à Salengro après le suicide de ce dernier. En mars et en avril 1938, il fut désigné comme chargé de mission au cabinet du ministre de l’Intérieur.

Maintenu en fonctions à la tête de la municipalité de Condé pendant l’Occupation, en dépit de son appartenance à la maçonnerie, P. Delcourt se refusa cependant à la collaboration. Le préfet notait à son propos en 1942 lors de la formation de la commission départementale : « N’a rien renié de sa doctrine d’avant-guerre, ne peut être considéré comme acquis à la politique du gouvernement ». Il s’intégra au mouvement de Résistance Libération-Nord à partir de 1942.

Battu lors des élections législatives générales d’octobre 1945 pour lesquelles il figurait sur la liste socialiste dirigée par Eugène Thomas et arrivé en position non éligible à celles du Conseil de la République de novembre 1946, il fut par contre quelques mois avant sa mort désigné comme Conseiller de la République, le 1er mars 1948, en remplacement de Couteaux décédé. Il fut encore chargé d’examiner les comptes du Populaire lors du congrès national de la SFIO de 1948. Dans cette période de l’après-guerre, il s’était surtout consacré à la commission départementale de reconstruction dont il fut le vice-président aux côtés de son ami E. Couteaux*. Il mourut le 13 juillet 1948, foudroyé par une crise d’urémie à l’hôpital psychiatrique d’Armentières dont il assumait la direction depuis 1937.

Pierre Delcourt était chevalier de la Légion d’honneur.

Il s’était marié en mars 1921 avec Louise Murez, qui était la fille de Laure Tabary.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22003, notice DELCOURT Pierre, Anselme, Auguste, Émile par Yves Le Maner, Gilles Morin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 18 novembre 2020.

Par Yves Le Maner, Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat. F/1a/3352, 3636 et 3644 ; F7/13083 ; F/1cII/270 et 347. — Arch. Dép. Nord, M35/8, M37/75, M37/78A, M37/85, M37/90B, M154/78A, M154/195B, M154/200, M154/279 et M595/38B. — H. Ieria, Mémoire de Maîtrise, Lille III, 1974, op. cit. — PS-SFIO, Rapports du congrès de Tours, 1931. — PS-SFIO, Rapports du XXXIIe congrès national, Libairie populaire, 1935. — Rapports de congrès fédéraux du Nord, 1946-1967. — Conseils généraux, élections, résultats officiels, octobre 1931, Paris, J.L.L. D’Artrey directeur. — Le Populaire, 20 mars 1921 et 16 mai 1922. — J. Jolly, Dictionnaire des parlementaires, op. cit.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément