GOSSART Voltaire

Par Daniel Grason

Né le 28 avril 1920 à Bully-lès-Mines (Pas-de-Calais) ; serrurier ajusteur ; militant communiste de Boulogne (Seine, Hauts-de-Seine) ; déporté.

Fils de Léon et de Marie née Coornaert, Voltaire Gossart, célibataire vivait en hôtel au 178 rue Galliéni à Boulogne (Seine, Hauts-de-Seine). De la classe 1940, il ne fit pas de service militaire. Il exerçait sa profession d’ajusteur à l’entreprise Le Matériel Téléphonique (LMT) à Boulogne. Depuis le début de l’année 1940, il était trésorier-adjoint de la section syndicale CGT maintenue.
Il a été interpellé le 1er juillet 1941 par des policiers du commissariat de Boulogne dirigé par le commissaire Saint-Royre. Interrogé dans les locaux du commissariat, il déclara que « depuis six mois » il était le « trésorier-adjoint de la section syndicale CGT du Matériel Téléphonique où je travaille dans l’atelier 637. »
« Il est exact, que depuis quatre ou cinq mois, des tracts communistes circulent dans l’usine. Ces tracts sont ronéotypés. Ils sont pour la plupart intitulés : Le Métallo, « Le Comité Populaire » et La Vie ouvrière. »
« Les tracts que j’ai eu entre les mains m’ont été remis par Samson, secrétaire-adjoint de la section. »
Il affirma qu’il n’avait « pas reçu de tracts d’autres camarades » et il ne savait « pas qui remettait les tracts à [Hippolyte] Samson. » Il assura que celui-ci lui remettait « les tracts en passant à côté de moi, de façon à ne pas attirer l’attention des autres ouvriers. »
« En recevant ces tracts, j’avais pour consigne de les faire circuler. Je les remettais à d’autres camarades d’atelier et leur disant de les faire également circuler. Samson ne m’a jamais remis plus de deux ou trois tracts ronéotypés. »
Le commissaire Saint-Royre et son adjoint Rouchy voulaient en connaître davantage, Voltaire Gossart fut probablement frappé, il répondit : « Je ne suis pas délégué ouvrier et je n’ai pas reçu de consignes particulières pour l’action que nous devions mener parallèlement à l’action syndicale actuelle, mais je comprends très bien que nous devions nous abriter sous l’action syndicale actuelle pour propager les idées syndicales de 1936. »
En présence de Voltaire Gossart les policiers perquisitionnèrent en sa présence la chambre d’hôtel n° 15 du 178 rue Galliéni située au 3e étage, sans résultat.
Emprisonné à la Santé, il comparut le 3 septembre 1941 devant la Section spéciale de la Cour d’appel de Paris, fut condamné à quatre ans d’emprisonnement, et cent francs d’amende pour « diffusion de tracts communistes ».
Il eut un parcours carcéral de deux ans et neuf mois où il fut successivement emprisonné à Fresnes, Melun, Clairvaux puis Chalons. Le 12 mai 1944, il était dans le convoi de 2073 hommes qui partit de Compiègne à destination de Buchenwald. Plus du tiers des déportés de ce convoi moururent, Voltaire Gossart a été immédiatement affecté au kommando de travail de Mühlhausen situé à 80 kilomètres au nord-ouest de Buchenwald. Les détenus travaillaient dans l’usine Junkers à la fabrication de fuselages et de pièces de gouvernes.
Voltaire Gossart rentra de déportation, il n’a pas été auditionné par la commission d’épuration de la police, l’hôtel dans lequel il logeait ayant été détruit lors d’un bombardement. Il fut homologué Déporté interné résistant (DIR).
Le Commissaire divisionnaire de Boulogne Saint-Royre comparut du 29 octobre au 31 octobre 1945 devant la Cour de justice de la Seine en compagnie de l’Inspecteur principal adjoint Rouchy son homme de confiance. Il était reproché notamment à Saint-Royre « De s’être montré brutal au cours des interrogatoires, d’avoir toléré les sévices et les privations de nourriture. Enfin d’avoir encouragé la répression en distribuant de nombreuses gratifications au personnel des brigades spéciales d’intervention. »
Les principaux griefs de Saint-Royre s’adressèrent aux communistes. Il s’exclama « C’est une vengeance communiste, parce que j’ai été commissaire à Boulogne et que je suis entré plusieurs fois en contact avec les grévistes. Ils m’en veulent. » Il fut l’un commissaire les plus acharnés dans la répression anticommuniste. Jean-Marc Berlière écrivit : « Saint-Royre a oublié que lutter contre les communistes revenait, à partir de l’été 1941, à servir l’ennemi : un comble pour un ancien combattant au patriotisme ombrageux. » il fut « condamné à vingt ans de travaux forcés, à l’indignité nationale, à la radiation de la Légion d’honneur. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article220050, notice GOSSART Voltaire par Daniel Grason, version mise en ligne le 3 novembre 2019, dernière modification le 4 novembre 2019.

Par Daniel Grason

SOURCES : AN Z/4/2. – Arch. PPo. BA 2057, BA 1849, KB 92. – Bureau Résistance GR 16 P 263799. – Les policiers français sous l’occupation, Jean-Marc Berlière avec Laurent Chabrun, Éd. Perrin, 2001, pp. 212-215, 263. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004.

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