LÉVÊQUE Albert, Raoul [dit « Roger le Parisien »]

Par André Balent

Né le 27 avril 1908 à Paris (XXe arrondissement), mort à Nîmes (Gard) le 2 mars 1944 exécuté par pendaison par des SS de la division blindée Hohenstaufen ; ouvrier métallurgiste ; résistant du maquis Bir Hakeim (AS) du Languedoc

Albert Lévêque fut connu comme « Roger le Parisien » lorsqu’il intégra le maquis Bir Hakeim de l’Armée secrète (ce surnom figure aussi dans son acte de décès). En effet il naquit à Paris. Il était le fils de Louis, Joseph et de Clarisse, Clémence Mollard. Il exerçait la profession d’ouvrier métallurgiste. On ignore dans quelles circonstances il se retrouva en Languedoc et comment il put prendre contact avec le maquis Bir Hakeim (Voir Capel Jean).
Déjà membre de Bir Hakeim, il se trouvait en février 1944 à La Vacquerie (Hérault) sous le commandement de Paul Demarne. Jean Mallet, venant du mas de Serret (commune de Labastide-de-Virac, Ardèche), s’y trouvait aussi. Le 25 février, ce dernier reçut de Capel l’ordre de regagner, avec un groupe de maquisards, ce mas où était cantonné le groupe maquis principal, ne se doutant pas que, le lendemain, il allait subir une attaque allemande. Le 29, Demarne, Mallet et Marcel de Roquemaurel* prirent la tête de ce groupe et quittèrent La Vacquerie. Ils avaient à leur disposition une camionnette et une automobile de tourisme. Parmi eux, se trouvait un déserteur du maquis, Nougaret, qui avait été repris et que l’on amenait au mas de Serret afin de le juger. Ils ignoraient que les Allemands avaient investi le secteur de Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard), traquant d’autres maquis, notamment celui de René Rascalon (AS). Le convoi en provenance de La Vacquerie fut arrêté par un barrage allemand à l’entrée de Saint-Hippolyte-du-Fort, en provenance de Ganges (Hérault). Le convoi força le barrage en tirant sur les Allemands. Après avoir essuyé une fusillade pendant leur traversée de la ville, les deux véhicules furent immobilisés, l’un à la place centrale, l’autre sous le viaduc du chemin de fer sous l’arche duquel se balançait toujours le cadavre de Fernand Broussous*. Les hommes de Bir Hakeim purent se disperser et se cacher. Toutefois, l’un d’entre eux, Robert Rosse fut abattu. Si le déserteur Nougaret en profita pour s’éclipser et se rendre aux Allemands à qui il donna de précieuses informations sur Bir Hakeim. Albert Lévêque et un autre « biraquin », Fortuné Donati, furent blessés et purent échapper à la chasse à l’homme. À la recherche des maquisards, Les Allemands firent réunir tous les hommes de la commune et demanda au maire, Monpeyssen de lui signaler les étrangers à la commune. Le premier magistrat fit passer les maquisards, mais aussi des Juifs résidant clandestinement dans sa ville, comme étant des concitoyens connus de lui et en règle. Lorsque les Allemands évacuèrent le centre-ville, Lévêque et Donati furent transportés à l’hospice où ils furent soignés par les docteurs Roman et Benkowski. Ils étaient gravement atteints et nécessitaient une opération chirurgicale (pour sa part, Lévêque fut atteint à la cuisse). Aussi les médecins pensèrent qu’il serait plus judicieux de les transporter à l’hôpital de Nîmes. Le maire réquisitionna une ambulance. Les deux « biraquins » furent conduits à Nîmes accompagnés par Sœur Marie-Rose, supérieure de l’hospice des vieillards. Elle fit le nécessaire pour obtenir leur entrée à l’hôpital Gaston-Doumergue. Ils furent pris en charge par le docteur Jean É֤tienne, chirurgien. Bourguignon, infirmier et balayeur de l’hospice de Saint-Hippolyte, pétainiste, s’empressa de communiquer le départ des deux maquisards au chaisier Saumade, le collaborationniste de Bourras qui avait déjà dénoncé Miguel et Jean Ordines aux Allemands.
Le 2 mars 1944, vers 16 heures 30, des Feldgendarmes de la division SS Hohenstaufen pénétrèrent à la salle de premier étage de l’hôpital affecté à la chirurgie. Ils exigeaient qu’on leur remît Donati et Lévêque. Mais le docteur Jean Étienne les convainquit de ne pas amener les deux patients. D’autres SS surgirent quelque temps après et s’emparèrent des deux hommes à qui le médecin eut le temps d’administrer des calmants. Ils enveloppèrent Lévêque et Donati dans leurs couvertures et les menèrent à l’école de la Croix de Fer d’où ils partirent avec d’autres hommes afin d’être pendus. On sut qu’ils le furent au pont du chemin de fer, route d’Uzès. En effet, leur état et leur accoutrement permit de les identifier et de connaître le lieu de leur supplice ce qui ne fut pas le cas des autres pendus. Les quinze hommes furent pendus dans trois endroits différents de Nîmes, aux principales sorties de la ville (routes d’Uzès, 3 ; de Montpellier : avenue Jean-Jaurès à son intersection avec la route de Montpellier, 6 ; de Beaucaire, 6). Les pendus furent hissés sur le toit des camions. Les cordes étaient attachées à des arbres (avenue Jean-Jaurès, alors avenue de la Camargue) ou sous un pont de chemin de fer, les camions reculaient afin de provoquer la mort des suppliciés qui portaient tous une pancarte avec l’inscription : « Ainsi sont traités les terroristes français ».
Les actes de l’état civil de Nîmes n’indiquent pas les lieux exacts des décès. Ils se contentent de signaler simplement l’heure approximative (« vers dix-huit heures »). Les corps auraient dû être exposés pendant 24 heures. Toutefois, l’indignation de la grande majorité de la population nîmoise, incita les forces d’occupation à écourter la durée de l’exposition. Le général Wilhelm Bittrich, commandant de la division Hohenstaufen aurait peu apprécié le principe d’exécutions publiques de « terroristes » par pendaisons. Il fit détacher les cadavres des pendus et les fit enterrer peu après en un lieu inconnu. Le préfet du Gard, le très pro-allemand Chiappe, conscient de l’émoi des Nîmois, fit aussi pression afin de détacher les pendus au plus tôt. Un agriculteur de Jonquières-Saint-Vincent (Gard), dans la vallée du Rhône, Joseph Quiot, surprit des soldats allemands en train d’enterrer des cadavres dans un champ de luzerne. Deux jours plus tard, le propriétaire du champ, Louis Dany vérifia la présence de cadavres. Il prévint la préfecture du Gard. Les cadavres furent exhumés après la Libération.
L’acte de décès d’Albert Lévêque fut inscrit sur le registre de l’état civil de Nîmes le 16 septembre 1944, sur déclaration de Jean Flandin, secrétaire de police à Nîmes. Fortuné Donati fut inscrit sur le registre de l’état civil de Nîmes le 16 septembre 1944, sur déclaration de Jean Flandin, secrétaire de police à Nîmes. Albert Lévêque reçut la mention « Mort pour la France » (décision du ministère des Anciens combattants et victimes de guerre du 14 mai 1946, inscrite en mention marginale de son acte de décès le 31 octobre). Il fut homologué à titre posthume soldat des FFI. Il fut inhumé à Nîmes, au carré mixte du cimetière du Pont de Justice dans le carré 10 D, rang C 2, tombe n° 11. Son nom fut inscrit sur le mémorial du maquis Bir Hakeim où figurent les noms de ses membres tués au combat ou exécutés.

Voir : Nîmes (Gard), Pendaisons publiques, 2 mars 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article220106, notice LÉVÊQUE Albert, Raoul [dit « Roger le Parisien »] par André Balent, version mise en ligne le 5 novembre 2019, dernière modification le 3 janvier 2020.

Par André Balent

SOURCES : Arch. com. Nîmes, acte de décès de Albert Lévêque et mentions marginales. —Gérard Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional 1943-1944. Ardèche, Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Tarn, Nîmes, Lacour Rediviva, 2006, 617 p. [En particulier, pp. 149-150, p. 320]. — Claude Émerique, « Les pendus de Nîmes », in La Résistance dans le Gard, Paris, AERI, CDROM et livret d’accompagnement, 36 p. Paris, 2009. — Aimé Vielzeuf, Bloc-notes 44 (Dans le Gard, en attendant la liberté), Nîmes, Lacour, 1994, 150 + XXXII p. [voir plus particulièrement les pp. 27-29 et 31-33]. — Aimé Vielzeuf, En Cévennes et Languedoc. Au temps des longues nuits, Nîmes, Lacour, 2002, 276 p, le chapitre III, « De l’affaire de Saint-Hippolyte-du-Fort aux pendaisons de Nîmes (28 février-2 mars 1944) », pp. 104-195, plus particulièrement les pp. 168-172. — René Maruéjol, Aimé Vielzeuf, Le maquis Bir Hakeim, nouvelle édition augmentée, préface d’Yves Doumergue, Genève, Éditions de Crémille, 1972, 251 p. [pp. 67-71]. — Site MemorialGenWeb consulté le 23 octobre 2019. — Site MemorialGenWeb consulté le 4 novembre 2019. — Site Mémoire des hommes, consulté le 4 novembre 2019, fiche « Donati Fortuné » (SHD : Vincennes : 16 P 369381 ; non consulté. Il n’y a pas de dossier à Caen).

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