MOCH André [Pseudonyme dans la Résistance : Lagarde]

Par Jean-Luc Marquer

Né le 17 décembre 1917 à Neuilly-sur-Seine (Seine, aujourd’hui Hauts-de-Seine), sommairement exécuté le 12 avril 1944 à Corenc (Isère) ; ancien élève de l’école militaire d’infanterie de Saint-Maixent, sous-lieutenant d’Infanterie en 1940 ; cadre de la SFIO clandestine ; membre de la Résistance, Réseau Buckmaster, sous-réseau Pimento ; Lieutenant au 6ème bataillon de chasseurs alpins reconstitué sur le plateau du Vercors

André Moch était le fils de Jules, Salvador Moch et de Germaine, Yvonne Bickert.
Jules Moch était un homme politique de la troisième et de la quatrième Républiques.
Il fut avant la guerre député SFIO et ministre des transports du gouvernement Blum.
En 1933, André Moch adhéra aux Jeunesses Socialistes, à Valence puis à Paris. Il fut nommé à 17 ans chef adjoint de secteur et engagé dans les actions contre les ligues factieuses.
Il fut admis à l’École Militaire d’Infanterie de Saint-Maixent, promotion "Rhin et Moselle" (1937-1939) ;
En juin 1940, sorti parmi les premiers de sa promotion, il rejoignit le 6e Bataillon de chasseurs alpins au grade de sous-lieutenant.
Durant l’été 1940, officiellement démobilisé à Saintes, il refusa l’armistice. Il prit un emploi civil dans les exploitations forestières et noua ses premiers contacts avec des réseaux de résistance.
En février 1941, il créa le syndicat clandestin des industries chimiques à Toulouse et réalisa ses premiers actes de résistant. Il aida son père, Jules Moch, à gagner clandestinement l’Espagne pour rejoindre ensuite Londres.
En 1942, il entra dans un réseau de résistance « Actions », qui rassemblait en 1944 plusieurs centaines d’hommes dans tout le Sud-Est et dont il devint n° 2. Il mena un grand nombre d’opérations de renseignement, de réceptions de parachutages, de ravitaillements, de sabotages, d’attaques de convois de transport allemands et d’opérations de libération de prisonniers en région Rhône-Alpes ;
Le 21 octobre 1943, il attaqua à Lyon avec une de ses équipes un camion allemand entre le boulevard Berthelot et le fort Montluc, abattit cinq agents de la Gestapo et libéra quinze prisonniers.
En avril 1944, il planifia une opération commando pour extraire son ami François Schaeffer des mains de la Gestapo grenobloise.
Le 12 avril 1944 à Corenc (Isère), vers 12h35, une perquisition eut lieu à la villa "Gariot" au lieu-dit "Bouquéron". La villa abritait André Moch, alias Lagarde, son cousin Jean-Pierre Kahn, la femme de ce dernier, Henriette, leur fille Françoise âgée de quatre mois et un ami en visite, Robert Cahen.
L’opération était conduite par des miliciens grenoblois et des membres de la Gestapo, assistés de soldats allemands. Les assaillants tirèrent plusieurs rafales d’arme automatique puis investirent la maison.
André Moch fut tué, les occupants survivants furent arrêtés et la maison complètement pillée.
La gendarmerie de Saint-Ismier fut priée par les autorités d’envoyer des hommes sur place afin de faire enlever le corps d’un homme tué au cours d’une opération.
Se rendant sur les lieux, les gendarmes trouvèrent deux soldats allemands en faction.
Dans la cuisine, au premier étage de la maison, se trouvait le corps d’un homme. Celui-ci gisait dans une mare de sang et portait un petit trou rond, entrée d’un projectile, sur le côté gauche du front. Ils remarquèrent également des gouttes de sang sur l’appui de la fenêtre.
Il n’avait aucun document d’identité, ceux-ci ayant été emportés par les miliciens.
Ils constatèrent aussi que la maison avait été pillée et qu’elle était vide de tout occupant.
Après avoir fait le nécessaire pour l’enlèvement du corps, Les gendarmes revinrent sur les lieux.
Un adjudant allemand arriva et interrogea les deux soldats.
Selon eux, qui répondaient aux questions sans savoir que les gendarmes présents comprenaient leur langue, dès que les miliciens se furent approchés de la maison, ils tirèrent sans sommation sur un homme qui était apparu à une fenêtre du premier étage et qui fut abattu.
André Moch fut blessé et, comme il l’indiqua en 1951 lors de son procès devant le tribunal militaire de Lyon, le milicien Jean Delubac l’acheva d’une balle de pistolet 7,65 mm dans la tête.
L’acte de décès fut établi pour un inconnu avec le signalement suivant : « Âgé d’environ 30 ans, taille un mètre soixante-dix-sept, cheveux châtains foncés, moustache rasée, yeux marrons, nez vexe visage ovale allongé, ton mat, incisives saillantes, habillé d’un complet noir, chaussures blanches ».
Il fut enterré dans le cimetière de Corenc.
Après la libération de Grenoble, André Moch fut formellement identifié grâce aux photographies prises par les services de la police.
Il obtint la mention "Mort pour la France", fut décoré de la Croix de guerre avec palme, de la médaille de la Résistance avec rosette et élevé au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur.
Son nom figure sur le monument commémoratif érigé à quelques mètres du lieu de l’exécution à Corenc et sur la plaque commémorative aux 26 résistants socialistes morts pour la France, apposée 31 rue Villeroy Lyon IIIème arr..
Robert Cahen et la famille Kahn périrent en déportation.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article220210, notice MOCH André [Pseudonyme dans la Résistance : Lagarde] par Jean-Luc Marquer, version mise en ligne le 8 novembre 2019, dernière modification le 3 mai 2021.

Par Jean-Luc Marquer

SOURCES : Arch. dép. Rhône, Mémorial de l’Oppression : 3808W 412 et 431 — SHD Vincennes : GR 16 P 421979 (à consulter) — AVCC CAen : AC 21 P 93861 (à consulter) — Mémoire des hommes — Mémorial GenWeb — Geneanet — lemonde.fr/archives

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