Chanas (Isère) 8 juin 1944, 29 et 30 août 1944

Par Jean-Luc Marquer

Le 8 juin 1944, un groupe de résistants attaque le garage Rolland, qui a été réquisitionné par les Allemands, au lieu-dit "Le grand chemin" à Chanas (Isère).
Un maquisard est tué, un autre, blessé, meurt de l’absence de soins, un troisième est exécuté sommairement avec un résistant fait prisonnier à Saint-Rambert-d’Albon.
Le 29 août 1944, à Chanas, une colonne allemande qui se repliait fut attaquée par un groupe de résistants. En représailles, les Allemands arrêtèrent et exécutèrent sommairement 18 personnes, 17 civils et un résistant fait prisonnier.
Le 30 août 1944, des soldats allemands qui occupaient la commune exécutèrent sommairement Henri Magaud.

Monument des Guyots, Chanas (Isère)
Monument des Guyots, Chanas (Isère)
Source : Photographie Jean-Luc Marquer

Le jeudi 8 juin 1944, parallèlement à l’attaque de la gare de Saint-Rambert-d-Albon (Drôme), un groupe de résistants appartenant à la compagnie Monot, de l’Armée secrète Drôme Nord fut chargé d’attaquer le garage Rolland situé à Chanas (Isère) au lieu-dit "Le grand chemin".
Ce garage, qui avait été réquisitionné par les Allemands, fut attaqué vers 4h20.
Le Mémorial de l’Oppression conserve le témoignage de Joseph Rolland, propriétaire du garage.

« Il est 4h20, l’alerte sonne à Saint-Rambert (d’Albon), en même temps les coups de feu éclatent suivis par l’explosion des grenades. Ceci dure jusqu’à 8 heures environ. Les coups de feu s’éloignent de plus en plus.
À 8 heures, l’ordre m’est donné de sortir du garage. L’on amène sur une échelle Mayres, blessé, qui doit mourir vers les 13 heures dans mon garage.
En même temps, sur une autre échelle est amené Baron, lui est mort sur le coup.
Frachon est amené 1/4 d’heure après. Il est blessé d’une blessure non mortelle d’après l’autopsie.
Vers 10 heures et quart, Frachon, toujours sur son échelle est amené et chargé sur un camion allemand.
Je ne dois le revoir que le soir.
Vers 7 heures du soir, l’ordre m’est donné de rentrer chez moi en laissant tout ouvert dans la maison.
Enfin à 9 heures du soir environ, un camion rentre dans la cour. Des sanglots arrivent jusqu’à moi dans la maison et je vois descendre Chevrot, de Saint-Rambert, ainsi que Frachon. Ce sont des gens en civil qui les accompagnent, la Gestapo probablement.
À sa descente Frachon est tué à coups de revolver, et c’est au tour de Chevrot. Revolver et mitraillette font leur œuvre de mort.
Le lendemain, je notifie au maire, Monsieur Guillet de venir et un constat de la Gendarmerie est fait, suivi de l’autopsie par le Docteur Bisson, de Saint-Rambert.
Les corps sont alors enlevés de chez moi. »



Le mardi 29 août 1944, un groupe de F.F.I., averti par des prisonniers allemands capturés la veille qu’une colonne ennemie devait passer par la route Chanas-Beaurepaire, se plaça en embuscade dans le quartier de La Batie à Chanas (Isère).
Vers 11h30, il ouvrit le feu sur le premier side-car et tua les deux estafettes qui le montaient. La fusillade éclata entre les résistants et les militaires du convoi qui arriva peu après.
Les premiers furent obligés de se replier dans les bois voisins tandis que les Allemands envahissaient le hameau "des Guyots" situé à proximité.
En représailles de l’attaque dont ils venaient d’être l’objet, ils s’emparèrent comme otages des cultivateurs qui rentraient des champs ou des hommes qu’ils trouvèrent dans les maisons perquisitionnées.
Leurs auto-mitrailleuses patrouillèrent jusque sur le territoire de la commune d’Agnin (Isère) où quelques paysans qui travaillaient paisiblement furent saisis et emmenés.
Au total, dix-sept otages furent ainsi arrêtés. À ce nombre il faut ajouter André Verrier qui avait participé au combat et avait été fait prisonnier.
Tous furent conduits dans la grange de M. Denisot.
Dans l’après-midi, les gens du village entendirent des coups de feu puis des flammes s’élevèrent de la grange Denisot dont les Allemands interdirent l’accès.
Vers 23 heures, Monsieur Blache, lieutenant des pompiers fut requis par l’occupant pour éteindre l’incendie.
Il aperçut devant la maison en feu plusieurs corps qu’il il identifia comme étant ceux de Victor Anselmet. P., Marius Blain, Pierre Marchand, Pierre Massot et Louis Sterle mais il lui fut interdit de les éloigner du brasier.

Ce n’est que le lendemain après le départ des troupes qu’on retrouva onze corps calcinés dans les décombres de la grange. Il manquait encore deux victimes dont les restes furent découverts le 31 août 1944.
Ce même jour, une dix-neuvième victime qui avait disparu depuis le 30 août 1944, Henri Magaud, fut retrouvée enterrée sous quatre-vingt centimètres de terre près de sa maison. Il avait le visage tuméfié et le corps portait des traces de plusieurs balles.


Liste des victimes


8 juin 1944 :
BARON Paul
CHEVROT Justin
FRACHON Gaston
MAYRES André


29 août 1944 :
ANSELMET Victor A.
ANSELMET Victor P.
AUBERT Marius
BELLOTO Agostino
BLAIN Marius
BOURDE Francis
BRUNET Émile
CLÉMARON Lucien
LESPINACHE Léon
MARCHAND Pierre
MASSOT Pierre
MICON André
MOREL Paul
PELUYET Marcel
PONCHON Marius
SAUVAGEON Francis
STERLE Louis
VERRIER André


30 août 1944 :
MAGAUD Henri

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article220572, notice Chanas (Isère) 8 juin 1944, 29 et 30 août 1944 par Jean-Luc Marquer, version mise en ligne le 25 novembre 2019, dernière modification le 26 novembre 2019.

Par Jean-Luc Marquer

Monument des Guyots, Chanas (Isère)
Monument des Guyots, Chanas (Isère)
Source : Photographie Jean-Luc Marquer

SOURCES : Arch. dép. Rhône, Mémorial de l’Oppression : 3808W 417, 446 et 447 — BERGER Jean-Daniel, Comme un essaim de guêpes... Résistance et guérilla en R1, secteur VI Rhône-Isère : en 2 volumes : Tome 1, Juin 1940-juin 1944, Tome 2, Juin-septembre 1944, Impressions Modernes (Guilherand-Granges), 2001

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément