DELOCHE Robert

Par René Lemarquis, Claude Pennetier

Né le 20 novembre 1909 à Lyon IIe arr. (Rhône), mort le 12 mai 1988 à Antibes (Alpes-Maritimes) ; ouvrier fourreur puis permanent communiste ; secrétaire adjoint de la section coloniale du PCF ; résistant ; maire de Joinville-le-Pont (Seine, Val-de-Marne) de 1945 à 1953 ; exclu du PCF en 1952 puis réintégré en 1975.

Robert Deloche et le général de Gaulle
Robert Deloche et le général de Gaulle
Fourni par Guy Deloche, fils de Robert Deloche. Reproduit dans Roger Belbéoch, Je n’ai fait que mon devoir, Robert Laffont, 2007.

Fils naturel de Marie Deloche, couturière, Robert Deloche fit ses études primaires jusqu’à treize ans, obtint le certificat d’études et continua pendant deux ans à l’école supérieure. Après son apprentissage de fourreur, il quitta Lyon en 1928 et travailla quelques mois dans une société de fourrures, place de la République à Paris. L’année suivante, manœuvre dans quelques scieries, il retrouva un emploi dans la fourrure rue de Vaugirard, en novembre 1929. A-t-il travaillé en 1928 comme commis de bibliothèque au bureau d’éditions de l’Humanité et en 1929 au service de propagande du PC ? Il n’en dit rien dans son autobiographie de 1933. Engagé volontaire en 1929 pour deux ans, il fit son service militaire au Maroc au 2e spahis et en sortit brigadier, et connaissant un peu la langue arabe. À son retour, il habita chez sa mère, 4 bis avenue Curti dans le quartier du Parc à Saint-Maur-des-Fossés jusqu’en 1935.

Robert Deloche adhéra au Parti communiste à son retour de l’armée, en mai 1932, et appartint à la cellule 1306 de Saint-Maur (Rayon de Charenton). Venant de quitter son entreprise (Siegel, 105 Boulevard Ney), il s’inscrivit au chômage à Saint-Maur. Chargé par sa cellule de militer dans le Comité de chômage de Champigny-sur-Marne, il en fut trésorier puis secrétaire. Il était également secrétaire du Comité de lutte contre la guerre et le fascisme. Il « monta » assez rapidement puisqu’il fut délégué, en janvier 1933, à la conférence régionale de l’Est-Parisien et travaillait à la commission d’agit-prop du Rayon. Il suivit un Cercle d’études marxiste ainsi qu’une école régionale de quinze jours.

Quoique chômeur, Robert Deloche restait lié à son milieu professionnel. Il avait été élu, en février 1933, trésorier adjoint du syndicat unitaire de la fourrure. Il participa, comme syndicaliste, à la grève de la fourrure aux Galeries Lafayette en mai 1933 et fut arrêté pour distribution de tracts et prise de parole. Il devint à cette date membre du bureau fédéral du Syndicat unitaire de l’habillement. Il était membre en 1933 du SRI (Secours rouge international), du SOI (Secours ouvrier international), du CDH (Comité de défense de l’Humanité), des AUS (Amis de l’Union soviétique). La commission des cadres le jugea (en 1933) « très intelligent, à développer ». Une note ajoutait « Bio demandée par Maurice [Thorez] ».

Il était membre du Comité de Saint-Maur de lutte contre la guerre et le fascisme. Avec Jean Chaumeil des JC, Mattei et Daniel Renoult*, Robert Deloche représenta la région Paris-Est du PC le 29 juillet 1934 lors de la rencontre avec Gaston Carré*, Favier* et Verrot*, délégués de la fédération SFIO de Seine-et-Marne, au siège du Parti socialiste, 9 rue Victor Massé, Paris (IXe arr.). Cette rencontre avait pour but d’organiser le Front commun en Seine-et-Marne ; l’accord fut réalisé.

À partir de 1935, Robert Deloche vécut à Joinville-le-Pont (5 rue du Canal) avec Marguerite Kundmann (née le 23 novembre 1914 à Paris, XIIIe arr.) avec laquelle il avait eu une fille, Hélène, le 28 août 1935 (Paris, XVIIIe arr.). Ils se marièrent en septembre 1939 et se séparèrent vers 1950. La Région communiste Paris-Est l’avait chargé de diriger la liste communiste aux élections municipales des 5 et 12 mai 1935. Selon l’Humanité, la liste recueillit 690 voix de moyenne au premier tour et 1 152 au second grâce au désistement des socialistes ratant de quelques dizaines de voix le succès ; eut deux élus, Robert Deloche et Paul Rouhaud*. Deloche était membre du bureau de la Région Paris-Est en 1936. Le Parti communiste le présenta aux élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936 dans la 3e circonscription de Sceaux (Bry-sur-Marne, Champigny-sur-Marne, Nogent-sur-Marne, Le Perreux-sur-Marne). Il recueillit au premier tour 3 900 voix sur 20 467 inscrits (19,1 %) et 18 228 votants, mais le socialiste SFIO Gaston Allemane le devançait avec 4 825 voix. Le désistement communiste permit l’élection d’Allemane au second tour avec 9 807 voix contre 8 367 à Goy, député « républicain » sortant.

Robert Deloche fit une tournée de propagande en Algérie en 1934 puis au Maroc en juillet-août 1936. Devenu secrétaire adjoint de la section coloniale du Parti communiste français en octobre 1936, il fut envoyé, à la fin 1936, en Algérie pour « suivre » le Parti communiste algérien qui venait de se constituer en octobre 1936. Il succédait à Jean Chaintron dit Barthel. La police signala sa participation active à la campagne pour les élections des membres du conseil général d’Alger en juillet 1938. Il fut élu membre du bureau du Parti communiste algérien au deuxième congrès réuni en septembre 1937. Au congrès du PCF tenu à Arles du 25 au 29 décembre 1937, Robert Deloche fut rapporteur de la commission coloniale. Il revint en France, dans le courant de l’année 1938, travailler à la section coloniale mais le Parti communiste l’envoya encore faire des tournées en Algérie en 1939.

Robert Deloche semble avoir appliqué avec un excès de fermeté la nouvelle politique du PCF en matière coloniale, politique qui accordait la priorité à l’union avec la France dans la lutte contre le fascisme et la guerre, au détriment de l’objectif d’indépendance. Ses articles publiés par les Cahiers du bolchevisme et La Lutte sociale concentraient les attaques sur les mouvements nationalistes, critiquant le Parti populaire algérien de Messali Hadj et le Néo-Destour tunisien (reportage sur la Tunisie paru dans La Lutte sociale de mai-juin 1938). Son comportement, de surcroît, fut décrit, à tort ou à raison, comme autoritaire tant à l’égard des intellectuels (exclusion d’Albert Camus) que de ses camarades algériens à la tête du PCA (Parti communiste algérien).

À propos du Pacte germano-soviétique, il affirma dans un questionnaire de 1945 : « Toujours justifié la position de l’URSS ». Mobilisé le 27 août 1939 avec le grade de brigadier au 18e groupe de reconnaissance de corps d’Armée, il participa à la bataille de Dunkerque, fut replié sur Douvres. Selon la mémoire familiale, il aurait pris contact avec des représentants du Parti communiste en Angleterre qui lui auraient demandé de revenir en France. Après être passé par la Bretagne, il s’installa chez ses beaux-parents à Pontault-Combault (Seine-et-Marne), rue de la Concorde. Le conseil de préfecture l’avait déchu de son mandat municipal le 9 février 1940 pour appartenance au Parti communiste. La police l’arrêta le 4 août 1941 à son poste de travail aux Établissements Chenard et Walker de Gennevilliers. Les Brigades spéciales le torturèrent. Il fut interné au camp de Châteaubriant (Loire-Inférieure). Transféré à la suite d’une tentative d’évasion à celui de Voves (Eure-et-Loir), il s’évada dans la nuit du 18 au 19 juillet 1942 et devint clandestin. La police arrêta sa mère et sa fille pour faire pression sur lui. Roger Belbéoch qui fit de la résistance sous ses ordres évoque sa personnalité avec admiration (Je n’ai fait que mon devoir, op. cit Il était à la Libération commandant des FTP et responsable de la région Paris-Est sous le nom de commandant Vila. Son nom apparaît dans Paris brûle-t-il ? quand André Carrel demande au commandant Vila d’aller à Joinville empêcher les Allemands de faire sauter le pont. Le père de Roger Belbéoch mourut le 25 août dans cette opération armée.

Le 20 août 1944, à la tête d’un commando FTP, il investit la mairie de Joinville-le-Pont. Il fut reçu par le général de Gaulle pour obtenir le départ des troupes américaines du champ de courses de Vincennes, succès qui lui valut la reconnaissance du monde hippique. Désigné président de la délégation spéciale de Joinville-le-Pont à l’automne 1944, Robert Deloche fut élu conseiller municipal en avril 1945 (9 communistes et apparentés, 3 CGT, 11 socialistes, 4 modérés), puis maire communiste le 26 octobre 1945. Nommé conseiller général de Saint-Maur en 1945, il fut élu conseiller du premier secteur de la Seine de 1945 à 1951. Deloche assurait le secrétariat de la Région communiste Paris-Est. Il oeuvra particulièrement pour la défense du cinéma français qui avait à Joinville un de ses plus importants site de studios.

Les conditions de son départ des fonctions électives de cette forte personnalité demeurent obscures. Il démissionna du conseil général pour « raisons de santé » en novembre 1951. Le Parti communiste prononça son exclusion, en décembre 1952, pour « suffisance fractionnelle » et pour avoir fait montre « d’un train de vie au-dessus de ses moyens ». La famille se souvient d’un conflit à propos des indemnités d’élu, Deloche jugeant qu’on ne lui laissait pas assez d’argent pour vivre. Il accepta de donner sa démission de la première magistrature municipale ; celle-ci ne fut acceptée par le préfet qu’en mars 1953. Les rumeurs entretenues sur une mauvaise gestion des finances municipales masquaient-elles un conflit politique ? Ces accusations étaient abusives ; il ne s’était nullement enrichi pendant ses mandats. Sa mise à l’écart conduisit à la perte du canton et de la ville par le PCF. Amélie Trayaud ne lui succéda que pendant un an.

Divorcé, il se remaria le 31 décembre 1958 à Arbois (Jura) avec Madeleine Demandre, née en 1921, institutrice et légitima son fils, Guy, né en février 1954 à Vincennes. Il déclarait alors la profession de contrôleur domanial pour le compte de la société CAPAG dirigée par Louis Ducatel (celui qui sera candidat radical-socialiste indépendant aux élections législatives de 1969) ; il suivait les achats de terrains pour le passage des pipe-line. Sans qu’on en connaisse exactement le chronologie, il reprit contact avec ses amis algériens qui avaient rallié le FLN et rendit des services comme l’encaissement de l’impôt du FLN auprès des travailleurs algériens de son entreprise. Ces liens anciens et récents expliquent l’appel à venir épauler le pouvoir algérien après l"indépendance.

Robert Deloche fut, en 1962, membre du cabinet du ministre de l’Agriculture, Amar Ouzegane, dans le premier gouvernement de l’Algérie indépendante. Il resta en Algérie avec sa famille jusqu’en 1971. Revenu en France, d’abord dans un hôtel à Joinville-le-Pont, il vit avec plaisir son fils adhérer au PCF en septembre 1971. Il vécut à Saint-Maur-des-Fossès dans l’appartement de fonction de sa femme et fut réintégré au PCF en 1975 ; Georges Marchais lui remit personnellement sa carte. Il prit sa retraite dans le Midi de la France.

Son nom, donné par la municipalité Guy Gibout à un stade qu’il avait fait construire, fut retiré par une municipalité de droite. Un carrefour porte son nom. Il fut inhumé au cimetière de Joinville-le-Pont.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22095, notice DELOCHE Robert par René Lemarquis, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 22 août 2017.

Par René Lemarquis, Claude Pennetier

Robert Deloche et le général de Gaulle
Robert Deloche et le général de Gaulle
Fourni par Guy Deloche, fils de Robert Deloche. Reproduit dans Roger Belbéoch, Je n’ai fait que mon devoir, Robert Laffont, 2007.

SOURCES : Arch. PPo. 89, rapport du 11 mars 1941. — Arch. Paris, DM3 et Versements 10441/64/2 n° 65 et 10451/76/1. — Arch. Ass. Nat., résultats électoraux. — Arch. comité national du PCF. — Arch. Fédération communiste du Val-de-Marne. — Arch. Com. Joinville-le-Pont. — RGASPI : 495.270.1327 : Autobiographie du 27 juin 1933. — Arch. Jean Maitron, fiche R. Deloche. — Conseillers municipaux et généraux, 1871-1956, Hôtel de ville, 1957. — Compte rendu du IIe congrès fédéral (Seine), 6-8 juin 1947, 38 p. (avec une photographie de Deloche). — L’Humanité, mai 1935. — Cahiers du Bolchevisme, n° 4-5, 20 mai 1937. — La Lutte sociale. — Interviews d’Amar Ouzegane et Ben Ali Boukort par Jean-Louis Planche (1976-1977). — Le Monde, 2-3 décembre 1984, 18 mai 1988. — Les Nouvelles du Val-de-Marne, 20 mai 1988. — Roger Belbéoch, Je n’ai fait que mon devoir. 1940-1944 : un Juste dans les rangs de la police, Robert Laffont, 2007. — Notice Robert Deloche par Jean Maitron et Claude Pennetier dans le DBMOF. — Témoignage de son fils, Guy Deloche, conseiller municipal de Saint-Maur-des-Fossès.

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