LEVRAULT Jacques

Par Michel Thébault

Né le 25 novembre 1922 à Le Vigeant (Vienne), décapité après condamnation à mort le 3 décembre 1943 à Wolfenbüttel (Allemagne) ; lycéen à Poitiers (Vienne) ; résistant, réseau Renard.

Jacques Levrault était le fils de Roger, Georges Levrault, âgé de 32 ans, cheminot et de Marthe Gauvrit âgée de 23 ans. Son père, né le 25 mai 1880 à Migné-Auxances (Vienne) fut mobilisé le 2 août 1914. Il combattit dans l’infanterie, fut cité à l’ordre du régiment et décoré de la Croix de guerre avec étoile de bronze. Le 12 février 1919 il fut mis à disposition de la Compagnie des chemins de fer d’Orléans. D’abord cheminot à Tours, il épousa au Vigeant (Vienne) le 6 août 1921 Marthe Gauvrit (née le 30 décembre 1898 au Vigeant), fille d’un couple d’instituteurs et petite fille d’instituteur. Jacques leur fils aîné naquit au Vigeant en 1922 comme son frère cadet Michel en 1928. Un troisième fils Pierre naquit à Jaunay-Clan (Vienne) en 1930. En 1936, lors du recensement, la famille vivait 17, rue Maillochon près de la gare où Roger Levrault était sous-chef visiteur au service du matériel.

Jacques Levrault après sa scolarité primaire et un passage par l’EPS de Poitiers entra au lycée de garçons de Poitiers, le lycée Henri IV, où il fit sa scolarité secondaire. Brillant élève, il se passionna pour l’étude des civilisations d’Extrême-Orient, attiré en particulier par le bouddhisme (Jean Henri Calmon. La chute du réseau Renard. Poitiers 1942 Op. cit.). Il y était lors de l’année scolaire 1941 - 1942 élève en classe de première B2. Il fit partie de tout un groupe d’élèves (avec les fils de Louis Renard, Pierre Bernanose, Clément Peruchon …) manifestant très tôt une volonté de Résistance au gouvernement de Vichy et à l’occupant. L’historien Jean-Marie Augustin (Collaborations et épuration dans la Vienne 1940-1948. Op. cit p. 61) signale dans le journal « L’avenir de la Vienne » du 24 janvier 1942, une lettre ouverte au Proviseur du Lycée de Poitiers. Rédigée par le colonel Georges Bataille, sous le pseudonyme Ronchonot, membre alors du Mouvement social révolutionnaire (MSR) et ensuite du PPF. Elle dénonçait nommément des élèves du lycée et en particulier Jacques Levrault accusé « de chercher à faire pénétrer ses idées gaullistes dans la masse de ses camarades ». Suite à la dénonciation, le conseil de discipline du lycée fut saisi et Jacques Levrault exclu pour une semaine. Jacques Levrault et son père Roger étaient entrés en résistance rejoignant le réseau de Louis Renard, l’un des premiers réseaux de Résistance. Louis Renard, avoué à Poitiers, y avait créé un réseau d’inspiration gaulliste, actif sur le secteur de Poitiers dans les domaines de la propagande (« Le Libre Poitou »), de la collecte de renseignements sur l’occupant et des filières de passage de la ligne de démarcation. Le réseau était en 1941 et début 1942 en cours de constitution et d’organisation. Jacques Levrault participa à la mise en place de réseaux d’évasion pour les aviateurs alliés et en particulier, en avril 1941, à l’exfiltration d’aviateurs anglais victimes d’un atterrissage forcé à Maillé, à quelques kilomètres de Poitiers. Avec son camarade Clément Peruchon, il participa également à des missions de recherche de terrains de parachutage (en particulier le relevé d’un terrain près de Ligugé). Son père, Roger Levrault était, lui, agent de renseignement ferroviaire pour le réseau.

À la suite d’excès de zèle manifestes tant de l’administration des PTT que de la police française et du préfet, tous désireux au moment de la signature des accords Oberg/Bousquet de prouver leur pleine collaboration avec l’Allemagne, le réseau fut démantelé à la fin de l’été 1942. Les premières arrestations et les renseignements obtenus permirent à la SIPO-SD d’arrêter Jacques Levrault le 9 octobre 1942. Il fut incarcéré avec tout le groupe Renard, dans la section allemande de la prison de Pierre-Levée à Poitiers. Il fut avec 28 de ses compagnons transféré à la prison de Fresnes le 12 février 1943.

Ils furent ensuite déportés vers Trèves le jeudi 18 février dans un transport NN parti de la gare de l’Est ; les déportés furent placés dans des wagons de voyageurs aménagés en wagons cellulaires, accrochés au train Paris-Berlin. Sur les 39 hommes déportés dans ce transport, se trouvaient les 29 membres du réseau Renard. Après une journée de voyage, le transport parvint en gare de Trêves. Le lendemain ils prirent un autre train en direction de Reinsfeld, à 7 kilomètres du SS-Sonderlager Hinzert où ils durent se rendre à pied. Le 19 avril 1943, les rescapés du réseau Renard furent transférés à la « prison de prévention » de Wolfenbüttel (Basse-Saxe, Allemagne) pour être jugés. Fin mai, onze d’entre eux dont Jacques Levrault reçurent notification écrite d’une accusation portée contre eux pour complot contre l’Allemagne et devant conduire à un procès devant le tribunal du peuple (Volksgericht). Le tribunal du peuple était divisé en 6 sénats ou chambres. L’un d’entre eux vint siéger les 12 et 13 octobre 1940 à Wolfenbüttel. A l’issue d’une procédure uniquement à charge, les dix accusés restant après la mort de Georges Duret en prison, et Jacques Levrault parmi eux, furent condamnés à mort le 13 octobre 1943 pour le motif suivant : « membre d’un groupement gaulliste en relation avec l’ennemi et portant atteinte à la sûreté des troupes d’occupation ». Jacques Levrault et Clément Peruchon furent de plus accusés d’espionnage, ce qui entraînait automatiquement la peine de mort. Ils furent décapités le 3 décembre 1943 entre 18 heures 30 et 18 heures 40 dans un bâtiment de la prison.

Jacques Levrault obtint la mention mort pour la France et mort en déportation. Il fut fait à titre posthume Chevalier de la Légion d’honneur. Son nom figure sur le monument commémoratif du réseau Renard au cimetière de Chilvert à Poitiers qui comprend 11 plaques, celles des dix condamnés à mort et celle de Georges Muret.

Son père Roger Levrault agent de renseignement ferroviaire dans le Réseau Renard, chef de secteur du réseau d’évasion d’aviateurs alliés Marie-Odile, fournisseur de faux-papiers aux réfractaires du STO et distributeur de journaux de la Résistance fut arrêté en gare de Poitiers par la Sipo-SD le 5 janvier 1944. Il fut déporté par le convoi parti de Compiègne le 27 avril 1944 et arrivé à Auschwitz le 30 avril 1944. Transféré à Buchenwald, puis à Flossenburg, il y décéda le 24 décembre 1944.

Jacques et Roger Levrault furent faits chevaliers de la Légion d’honneur à titre posthume par décret du 30 mars 1949 (J.O du 3 avril 1949). Une rue de Poitiers porte leurs deux noms.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article221060, notice LEVRAULT Jacques par Michel Thébault, version mise en ligne le 11 décembre 2019, dernière modification le 25 mai 2020.

Par Michel Thébault

SOURCES : Arch. Dép. Vienne (état civil, registre matricule, recensement 1936) — SHD Vincennes GR 16 P 370125 et SHD Caen AC 21 P 74455 (à consulter) — Jean Henri Calmon La chute du réseau Renard. Poitiers 1942. Le S.S., le préfet et le résistant, Geste éditions, 2015 — Jean-Marie Augustin Collaborations et épuration dans la Vienne 1940-1948 Geste Éditions 2014 — site internet VRID (Vienne, Résistance, Internement, Déportation) — Mémoire des hommes — Mémorial genweb — État civil.

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