DELORD Robert, Jean-Baptiste

Par Gilbert Beaubatie, Jean-Pierre Besse

Né le 26 avril 1920 à Brive (Corrèze), mort en action le 31 mars 1944 au-lieu dit Bellevue, près de Thenon (Dordogne) ; ouvrier peintre en bâtiment ; militant communiste et résistant en Corrèze puis en Dordogne ; capitaine FTP.

Fils d’un cultivateur, Robert Delord, en raison de son activité politique, ne resta qu’un an et deux mois à la Banque populaire de Brive. Devenu secrétaire départemental des Jeunesses communistes, il fit en même temps son apprentissage de peintre en bâtiment, aux Quatre-Routes (Lot), chez un artisan, ami de la famille.

Le 19 août 1940, au cours d’une réunion de militants communistes qui se tint aux grottes de Lamourou, à proximité de Brive, à laquelle participa Pierre Georges, il accepta de rétablir les contacts. Il se mit d’abord en quête d’une ronéo et de papier, de charbon de bois et de craie, de peinture rouge, afin de pouvoir écrire sur les murs et fabriquer des tracts. Puis, son métier de peintre en bâtiment l’autorisant à se déplacer fréquemment, il se mit à sillonner, souvent à vélo, le département. Il lui arriva même de changer, momentanément, de métier : bûcheron en Haute-Corrèze, plâtrier à Marcillac-la-Croisille, « pour masquer le but réel de son séjour ». Il multiplia les contacts, s’en alla trouver Pierre Boucheteil à Saint-Mexant (voir Armand Boucheteil, Fernand Chadal à Tulle, Félix Lestang à Bugeat, Jean-Baptiste Champseix à Beaumont... Jean-Baptiste Delord participa aux activités des JC clandestines avec Édouard Valéry et Germain Auboiroux. Il insistait pour que soient collectés de l’argent, des tickets de rationnement, et si possible des armes. Mais le 8 novembre 1940, au retour d’une « virée  » à Marcillac-la-Croisille, où, avec Joseph Ban, il avait décidé de constituer un comité d’aide aux prisonniers de guerre, il fut arrêté. Le lendemain, les lecteurs du Petit Gaillard, apprirent ainsi qu’« après les nombreuses inscriptions qui étaient faites sur les murs depuis un certain temps, de nombreux tracts furent distribués dans les boîtes aux lettres ou jetés dans les jardins, notamment un numéro de L’Avant-Garde, reproduit à la ronéo, Jeunes Filles de France et Les Camps de Jeunesse ». Robert Delord fut transféré à Saint-Paul-d’Eyjeaux (Haute-Vienne), condamné à trois ans de prison et à 100 francs d’amende, et privé de ses droits civiques et politiques pendant dix ans par le tribunal correctionnel de Brive le 19 mai 1941 peine confondue avec une peine analogue prononcée par le tribunal de Tulle le 9 février 1941.

Il fut successivement interné au camp de Saint-Germain-les-Belles (Haute-Vienne) puis à la Centrale d’Eyssses. Le 23 août 1943, il fut conduit un camp disciplinaire des chantiers de jeunesse à Murat, d’où il s’évada un mois plus tard avec une vingtaine de camarades. Le commissaire spécial des renseignements généraux de Brive avait pourtant prévenu les autorités. Robert Delord "est un militant communiste convaincu, un propagandiste actif et dangereux" "partisan de l’action directe". Et d’assurer enfin qu’il n’avait rien renié de ses idées, qu’il était un "individu extrêmement dangereux" susceptible "d’obéir aveuglément au premier mot d’ordre".

Il reprit ses activités clandestines, rejoignit les maquis FTP de la Creuse et se vit confier le commandement d’une compagnie avec le grade de capitaine. En mars 1944, il fut nommé commissaire aux effectifs en Dordogne en remplacement d’André Bonnetot nommé responsable aux opérations à l’inter-région. Quelques jours après son arrivée dans le département, accompagné de Samson Roche, chef de détachement et de six autres résistants, alors qu’ils cherchaient à gagner la région de Born et de Blis, il aperçut des Allemands en train d’exercer une surveillance au lieu dit Bellevue sur la route d’Ajat près de Thenon.

Les FTP ouvrirent le feu mais les Allemands ripostèrent à la mitrailleuse. Deux FTP furent tués dont Robert Delord ; un troisième, blessé, fut exécuté derrière la mairie de Thenon. Les trois corps furent ensuite brûlés dans une ferme située au lieu-dit La Besse.

Il fut homologué capitaine FFI en décembre 1945.

Sur la route de Périgueux, à un kilomètre de Thenon, une stèle rappelle le souvenir des trois FTP. En novembre 1944, à Thenon, fut organisée une cérémonie en l’honneur des trois maquisards tués au combat. Les restes de Robert Delord furent ramenés à Brive le 17 novembre 1944 et déposés à la permanence du PC, transformée en chapelle ardente. Le lendemain, des obsèques civiles, sans fleurs ni couronnes, furent célébrées.

Son nom a été donné à une rue de Brive le 15 février 1945. Une plaque apposée au n°3 rappelle qu’ici "ce jeune commandant a vécu et qu’il mourut à l’âge de 24 ans". Le 15 août 1974, à l’occasion du trentième anniversaire de la ville la libération de la ville de Brive, il fut fait citoyen d’honneur de la Ville par Jean Charbonnel et son conseil municipal.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22107, notice DELORD Robert, Jean-Baptiste par Gilbert Beaubatie, Jean-Pierre Besse, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 6 décembre 2020.

Par Gilbert Beaubatie, Jean-Pierre Besse

SOURCES : AVCC, Caen — Archives du Centre Edmond Michelet.— Jacques Lagrange, Dictionnaire de la Résistance, Dordogne, Edition Pilote 24, 2007.— Note de Françoise Germane et Christian Leblanc.

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