LUKAWSKI Jean

Par André Balent

Né le 28 août 1924 à Triel [Triel-sur-Seine] (Seine-et-Oise / Yvelines), mort à Nîmes le 2 mars 1944 pendu publiquement par des Feldgendarmes de division blindée SS Hohenstaufen ; tourneur ; résident du Centre d’accueil polonais (1943-1944) de Lasalle (Gard)

Jean Lukawski était le fils d’Anna Lukawski. Il est né de père inconnu. Jusqu’en 1940 au moins, il résidait dans sa localité de naissance, en Seine-et-Oise. Il exerçait le métier d’ouvrier tourneur (en région parisienne et/ou à Lasalle ou à proximité ?).
Nous ignorons son parcours avant son arrivée au Centre d’accueil polonais de Lasalle. Le 28 février 1944, un groupe de Feldgendarmes SS de la Panzerdivision Hohenstaufen depuis peu cantonnée à Nîmes se détacha de la colonne puissamment armée (des blindés dont deux chars Tigre) qui disposait d’informations précises et fiables. Elle était chargée de « nettoyer » les Cévennes de la présence des maquis d’obédiences diverses qui s’y étaient formés. Ce groupe se dirigea vers la bourgade de Lasalle. Ils savaient qui interpeler parmi les résistants français. Elle avait aussi l’intention d’opérer des arrestations au Centre d’accueil polonais. Sans doute les Allemands avaient été informés par des collaborationnistes locaux de l’intention qu’avaient nombre de Polonais d’intégrer le maquis de l’Armée secrète formé initialement à l’Aire de Côte par René Rascalon. Entre 8 et 10 heures, installés à la gendarmerie, les SS rassemblèrent environ quarante personnes dont quatre Polonais alors présents au Centre d’accueil de Lasalle (Voir Jan Jankowski). Vers 16 heures, toutes les personnes interrogées à la gendarmerie furent libérées, sauf les quatre Polonais, Mme Monteux et sa mère sous le prétexte qu’elles auraient été juives. Embarqués dans un camion, les six résidents de Lasalle furent conduits à Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard) où les personnes capturées à Driolle (Voir Jean Ordines) montèrent dans le véhicule. Transportés à Nîmes au quartier Vallongue, ils furent séparés. Les femmes furent transportées à Marseille à la prison des Baumettes. Les hommes capturés à Driolle, sauf Broussous déjà pendu à Saint-Hippolyte-du-Fort furent regroupés avec les otages capturés à Ardaillers (commune de Valleraugue, Gard) (Voir, par exemple Louis Carle) et à Lasalle. Plus tard, ils furent rejoints par les deux maquisards de Bir Hakeim blessés dans un affrontement avec les Allemands à Saint-Hippolyte-du-Fort et capturés à l’hôpital de Nîmes. Le 2 mars 1944, certains otages furent séparés des quinze hommes destinés à la pendaison alors que tous avaient été regroupés à l’école de la Croix de Fer, rue Bonfa, réquisitionnée par les Allemands. Le même jour, ils furent pendus à Nîmes, en trois lieux différents de la ville. Un témoin, le pâtissier Faucher, dont la maison faisait face à la cour de l’école put observer la scène. Le lieutenant SS Ernst Güttmann, Feldgendarme, chef du détachement cantonné à l’école de la Croix-de-Fer — et qui avait participé, les jours précédents, à l’expédition dans les Cévennes —, assista au départ des hommes destinés à la pendaison dirigea, le lendemain, le peloton d’exécution de SS qui massacra quinze villageois du hameau des Crottes (Ardèche). Les quinze hommes furent pendus dans trois endroits différents de Nîmes, aux principales sorties de la ville (routes d’Uzès, 3 ; de Montpellier : avenue Jean-Jaurès à son intersection avec la route de Montpellier, 6 ; de Beaucaire, 6). Les pendus furent hissés sur le toit des camions. Les cordes étaient attachées à des arbres (avenue Jean-Jaurès, alors avenue de la Camargue) ou sous un pont de chemin de fer, les camions reculaient afin de provoquer la mort des suppliciés qui portaient tous une pancarte avec l’inscription : « Ainsi sont traités les terroristes français ».
Les actes de l’état civil de Nîmes n’indiquent pas les lieux exacts des décès. Ils se contentent de signaler simplement l’heure approximative (« vers dix-huit heures »). Les corps auraient dû être exposés pendant 24 heures. Toutefois, l’indignation de la grande majorité de la population nîmoise, incita les forces d’occupation à écourter la durée de l’exposition. Le général Wilhelm Bittrich, commandant de la division Hohenstaufen aurait peu apprécié le principe d’exécutions publiques de « terroristes » par pendaisons. Il fit détacher les cadavres des pendus et les fit enterrer peu après en un lieu inconnu. Le préfet du Gard, le très pro-allemand Chiappe, conscient de l’émoi des Nîmois, fit aussi pression afin de détacher les pendus au plus tôt. Un agriculteur de Jonquières-Saint-Vincent (Gard), dans la vallée du Rhône, Joseph Quiot, surprit des soldats allemands en train d’enterrer des cadavres dans un champ de luzerne. Deux jours plus tard, le propriétaire du champ, Louis Dany vérifia la présence de cadavres. Il prévint la préfecture du Gard. Les cadavres furent exhumés après la Libération.
L’acte de décès de Jean Lukawski fut inscrit sur le registre de l’état civil de Nîmes le 16 septembre 1944, sur déclaration de Jean Flandin, secrétaire de police à Nîmes. Jean Lukawski fut déclaré « mort pour la France ». Cette mention (note du ministère des Anciens combattants et des victimes de guerre du 16 août 1949 fut transcrite en marge de l’acte de décès de Jean Lukawski le 20 août 1944. En 1954, Georges Salan, un des principaux cadres de la Résistance gardoise, écrivit par erreur — à moins qu’il ne s’agisse d’une coquille typographique ? — dans sa brochure sur les pendus de Nîmes que Jean Lukawski avait 60 lors de son exécution ; Cette erreur fut reproduite par la suite par d’autres auteurs. Il fut inhumé à Nîmes, au cimetière Pont-de-Justice, dans le carré 10 D, rang C 2, tombe n° 2. Son nom figure (« « Lukawski » J. ») sur le monument aux morts de Triel-sur-Seine.

Voir : Nîmes (Gard), Pendaisons publiques, 2 mars 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article221151, notice LUKAWSKI Jean par André Balent, version mise en ligne le 13 décembre 2019, dernière modification le 5 janvier 2020.

Par André Balent

SOURCES : Arch. com. Nîmes, acte de décès de Jean Lukawski. — Gérard Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional 1943-1944. Ardèche, Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Tarn, Nîmes, Lacour Rediviva, 2006, 617 p. [p. 149]. — Claude Émerique, « Les pendus de Nîmes », in La Résistance dans le Gard, Paris, AERI, CDROM et livret d’accompagnement, 36 p. Paris, 2009. — (Georges Salan), Les Pendus de Nîmes, Nîmes, Mouvement de libération nationale, fédération Gard-Lozère, Imprimerie artistique, 1954, 48 p.[pp. 2, 18-22], — Aimé Vielzeuf, Bloc-notes 44 (Dans le Gard, en attendant la liberté), Nîmes, Lacour, 1994, 150 + XXXII p. [voir plus particulièrement les pp. 27-29 et 31-33]. — Aimé Vielzeuf, En Cévennes et Languedoc Au temps des longues nuits, Nîmes, Lacour-Rediviva, 2002, 275 p. [pp. 127-133, p. 152]. — Site MemorialGenWeb consulté le 13 décembre 2019.

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