VILNER Anna [née KURYCKA Chana, épouse FLIOR, puis BRUDNY, dite]

Par Zoé Grumberg

Née le 25 septembre 1912 à Vilno (Vilnius, Empire russe, aujourd’hui Lithuanie), morte le 19 mai 2003 à Créteil (Val-de-Marne) ; institutrice, éducatrice ; militante communiste en Pologne puis en France ; résistante dans la sous-section juive de la MOI et l’UJRE (1942-1944) ; directrice de la CCE (1949-1974).

Anna Vilner, sur scène, dans un patronage de la CCE du XIe arr., au cours des années 1950, vraisemblablement entre 1950 et 1952.

Originaire d’une famille juive de Vilno, Chana Kurycka était la cinquième d’une fratrie de sept enfants et la première fille. Avant la Première Guerre mondiale, sa famille était aisée : le père travaillait avec l’Allemagne et pratiquait notamment le commerce de fourrure avec le Canada. Sa mort de phtisie, dans les années 1930, provoqua la chute du niveau de vie familial. Chana Kurycka fréquenta le Real Gymnasium de Vilno, un lycée d’avant-garde en yiddish où elle suivait aussi des cours d’hébreu. Elle devint ensuite institutrice, après avoir obtenu son diplôme de l’École normale d’instituteurs. Sa famille, plutôt croyante, sympathisa avec le communisme. Dans son questionnaire biographique de 1952, Anna décrivit ses parents et ses frères comme « sympathisants » même si son père y est aussi qualifié de « croyant » et l’un de ses frères de « sioniste ». Elle rejoignit la jeunesse communiste polonaise en 1932, son père savait qu’elle militait auprès de paysans mais ne lui en aurait pas parlé, ce qu’elle analysa comme une approbation. Chana Kurycka devint agent de liaison entre le Comité central de la jeunesse communiste et le Parti communiste polonais.

Au tout début des années 1930, deux frères aînés quittèrent Vilno pour l’Afrique du sud, l’un après l’autre. Chana quitta la ville à son tour en 1936 avec l’accord du Comité central de la jeunesse communiste, et rejoignit ses frères qui lui avaient envoyé l’argent pour le billet. En Afrique du sud, elle donna des cours de yiddish. Elle se maria avec un sujet britannique et rejoignit l’Angleterre en septembre 1939. Ce mariage blanc lui permit d’obtenir la « nationalité britannique (sud-africaine) », sous le nom de Chana Flior, comme elle l’écrivit dans son questionnaire biographique.

En novembre 1939, elle se rendit en France pour étudier et rejoindre son compagnon, Jacques Brudny, rencontré à Vilno avant son départ. Elle arriva à Caen (Calvados) où Brudny était étudiant en chimie, juste après la déclaration de guerre. Le consulat britannique voulut la rapatrier, ce qu’elle refusa. En juillet 1940, le couple franchit la ligne de démarcation et rejoignit Lyon (Rhône). À la fin de l’année 1941, elle entra en contact avec la section juive de la MOI clandestine. En août 1942, elle fut arrêtée dans l’hôtel où elle résidait à Lyon et envoyée dans un camp de transit à 15km de la ville, avec 1100 personnes, pour être déportée. Après avoir demandé avec insistance à pouvoir sortir, elle fut libérée après quatre jours par un « inspecteur de la Préfecture » qui aurait joint le consulat qui protégeait alors les sujets britanniques. Le lendemain, en se rendant au consulat, elle aurait toutefois constaté que celui-ci n’avait pas été prévenu de son cas.

À la suite de cette arrestation, elle essaya de retourner en Afrique du sud, en vain. Le couple qu’elle formait avec Jacques Brudny s’engagea alors dans la Résistance : lui dans la Résistance française (il finit la guerre dans les maquis du Vercors), elle dans la Main-d’œuvre immigrée. Dans les organisations juives communistes clandestines, elle travailla sous la direction de Rayski, Youdine et Edouard Kowalski-Tcharny « dans la technique » en 1942, puis sous la direction de Jacques Ravine et Sophie Schwartz en 1943. Elle rejoignit l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide (UJRE) à partir de sa création en 1943. D’avril à mai 1944, elle devint agent de liaison du Comité général de défense (CGD) de sous la direction d’Henri Adam Braun et d’Israel Hirszowski dit Jacobi. Henri Braun la chargea notamment de la rédaction et de la confection de matériaux illégaux édités au nom du CGD dont il était secrétaire. Elle faisait aussi la liaison avec la Direction des groupes de combats juifs de la MOI. D’après Henri Braun, « sa conduite était parfaite, prudente mais pleine de dévouement et de courage ». À partir de juillet 1944, elle dirigea un groupe de combat constitué de jeunes juifs.

Après la Libération, elle participa à la recherche de documents sur les FTPF juifs et voyagea pour cela dans le Sud-ouest de la France. En octobre 1944, elle retourna à Paris où elle travailla à la Naye Prese avant de rejoindre la Commission Centrale de l’Enfance (CCE), dont elle devint secrétaire générale en 1948. Ses contacts en Afrique du Sud la conduisirent à s’y rendre afin de lever des fonds pour la CCE en 1947-48 et en 1952. Elle n’adhéra officiellement au PCF qu’en 1949. Elle militait dans la cellule Jean Poulmarch de la section des Lilas (Seine, Seine-Nord-Est), où elle résidait avec Jacques Brudny, devenu son mari, et leur fille Michelle-Irène. Jacques Brudny militait dans la même cellule et en fut le secrétaire. En mai 1954, le secteur juif envisagea qu’Anna devienne membre de la commission de travail du parti parmi les Juifs, mais cette promotion reçut un avis défavorable de la Section de montée des cadres.

Les Brudny voyaient souvent, après la guerre, la famille Jacobi, puis les Pludermarcher (Louba était une directrice de colonies et de patronages de la CCE, Boris travaillait quant à lui avec l’œuvre de Secours aux Enfants, l’OSE). Jacques Brudny, qui était yiddishiste et fut un des rédacteurs du Pariser Tsaytshrift, était aussi un ami très proche du dramaturge, poète et avocat Henri Slovès, dont il fut l’exécuteur littéraire. Anna Vilner, qui parlait six langues, resta engagée jusqu’en 1994. Elle quitta la direction de la CCE en 1974 ou 1975 mais continua à être une membre active de l’UJRE et administra la Presse Nouvelle. Dans les années 1990, elle s’occupa du versement d’une partie des archives de la CCE au Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) – l’essentiel avait déjà été versé, dans le fonds David Diamant, au Musée de la Résistance nationale de Champigny-sur-Marne et aux archives du PCF. Elle participa aussi à la clôture de la Naye Prese en 1993.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article221176, notice VILNER Anna [née KURYCKA Chana, épouse FLIOR, puis BRUDNY, dite] par Zoé Grumberg, version mise en ligne le 14 décembre 2019, dernière modification le 19 novembre 2021.

Par Zoé Grumberg

Anna Vilner, sur scène, dans un patronage de la CCE du XIe arr., au cours des années 1950, vraisemblablement entre 1950 et 1952.

SOURCES : Arch. Comité national du PCF, questionnaires biographiques du 2 avril 1952. — Entretiens avec sa fille, Michelle-Irène Brudny le 21 février 2018, le 9 mars 2018 et le 28 juin 2018.

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