DELORME Alexis

Par Michel Launay, André Vessot

Né le 21 mars 1905 à Sourcieux-les-Mines (Rhône), mort le 1er mars 1980 à Lyon IIIe arr. (Rhône) ; ouvrier métallurgiste ; militant CFTC puis CFDT, secrétaire général de l’Union départementale CFTC du Rhône, formateur à l’École normale ouvrière du Sud-Est, rédacteur de La voix sociale du Sud-Est ; résistant.

Cliché transmis par Pierre Ducret

Fils de Jean Antoine Delorme et de Jeanne Marie Ducret, Alexis Delorme naquit à Sourcieux-les-Mines (Rhône). Son père et sa mère exploitaient une petite propriété de deux hectares : ils faisaient un peu de blé, possédaient une vigne de modeste dimension et élevaient deux vaches. Tous les deux étaient d’une stricte obédience catholique et leur engagement politique, quand il y avait lieu de le manifester, était plutôt à droite.
Le 21 février 1912 son père mourut à Bron (Rhône) et les difficultés furent grandes pour la famille. Alexis, âgé de sept ans, suivait les cours primaires à l’école laïque du village voisin. À onze ans sa mère l’envoya à l’école libre de l’Arbresle (Rhône) où il obtint son Certificat d’études primaires. Peu attiré par la terre, il entra en apprentissage, aidé par sa mère qui avait vendu sa petite exploitation et était venue s’installer à Caluire près de Lyon.
Il effectua trois années d’apprentissage (1919-1922), d’abord en serrurerie, puis en installation électrique chez François Sage à Saint-Rambert-l’Île Barbe (Rhône). Son apprentissage terminé il trouva un emploi à Lyon-Vaise chez Moret père et fils (1923-1924), entreprise de métallurgie. Il fut d’abord manœuvre, puis, successivement, aide-étireur, étireur au banc, aide-mécanicien. Le soir il suivait des cours à Lyon à la Société d’ Enseignement Professionnel du Rhône (dessin, technologie des métaux, ornement au marteau). Puis il prit des emplois dans de petites entreprises de serrurerie : Salignat à Lyon-Vaise (1924-1927), Lemasson à Caluire (1928-1933). En 1934, après une période de chômage il retrouva du travail aux ascenseurs Gervais jusqu’en 1935 où il fut licencié pour « compression de personnel ». En fait son chef d’atelier lui avait dit : « Ici, il ne faut pas s’occuper d’action syndicale ».
Alexis Delorme avait adhéré à la CFTC en juillet 1925 et, en même temps, à la Jeunesse syndicale chrétienne, création de la CFTC. Elle avait pour but de permettre à de jeunes syndicalistes ou à des apprentis non encore syndiqués mais très attirés par la centrale chrétienne, de la mieux connaître. C’est cette JSC qui entra en concurrence avec la Jeunesse ouvrière chrétienne en 1927. Il fut de ceux qui furent formés par les syndicats chrétiens de la région Lyonnaise où Maurice Guérin était la personnalité la plus influente. Il participa aux séances récréatives au cours desquelles les pièces syndicalistes chrétiennes signées Maurice Guérin furent jouées, telles « Ceux qui rachètent » ou « La Trouée », drames sociaux.
Il participa de façon très active à l’École normale ouvrière (ENO) du Sud-Est, installée à La Rivette (Caluire) et qui fut, chronologiquement, la seconde à être implantée en France, après celle du Nord et avant l’École normale confédérale de Paris. Son rôle dans la formation, fut très important, signe de reconnaissance de ses qualités, par la CFTC qui accordait une place essentielle à ce domaine.
En 1929, Alexis Delorme devint membre du Conseil syndical du Syndicat de la métallurgie CFTC puis, en avril 1935, à la suite de son licenciement, il devint permanent en tant que secrétaire général de l’UD du Rhône. Il fut secrétaire de rédaction de La voix sociale, journal de l’Union régionale CFTC du Sud-Est, de 1936 à 1959.
Mobilisé en 1939, Alexis Delorme, se retrouva prisonnier. Libéré assez rapidement pour raison de santé, il reprit son poste de secrétaire général de l’UD (où Benoit Mayoud l’avait remplacé) jusqu’à ce que les organisations syndicales soient dissoutes par le Gouvernement de Vichy. Contrainte à la clandestinité, l’Union départementale transforma son ENO et son service de loisirs en associations indépendantes « Rencontres » et « Arts et joie » qui lui serviront de camouflage pour lutter contre le nazisme, contre le régime de Vichy et sa charte du travail corporatiste. « Rencontres » abrita les réunions qui assurèrent la vie syndicale à Lyon mais également la liaison des organisations de la zone Sud.
Après la joie de la Libération, en 1945, de nouvelles charges apparurent avec la reconstruction du mouvement syndical et les difficultés économiques. Alexis Delorme prit part aux vifs débats qui traversèrent la CFTC à propos de la guerre d’Algérie et de la déconfessionnalisation et resta à la tête de l’Union départementale jusqu’en novembre 1959. Début 1960, Raoul Duclos qui fut secrétaire général de l’Union régionale CFTC du Sud-Est, rendit hommage à son action : « Notre ami Alexis Delorme faisait partie de l’équipe qui en 1935 prit en mains, sous l’impulsion de Louis Naillod, les destinées de l’Union départementale et, à travers les événements de 1936 et de 1939 à 1945, seul permanent, la conduisit au développement et à la notoriété qu’elle connait aujourd’hui dans notre département. La voix sociale, grâce à lui, survécut à toutes les difficultés de cette période pleine de risques et ne cessa de paraître jusqu’à ce jour … ». Alexis Delorme occupa ensuite un emploi aux ASSEDIC du Rhône d’avril 1960 à juin 1970. Après 1964 il poursuivit son engagement dans la CFDT.
Devenu retraité, il fut le principal artisan du Bulletin des anciens travailleurs, supplément de La Voix de la CFDT. Relevé dans ses écrits : « Au syndicat, j’ai appris la solidarité … nous avons besoin les uns des autres … pour développer une action efficace en faveur des travailleurs retraités ». Quand Georges Forestier abandonna, en 1975, sa charge de président de l’Association des anciens travailleurs CFDT, Alexis Delorme accepta de le remplacer.
Par ailleurs, Il fut membre de la Société de médecine du travail et membre du Conseil départemental de la Croix-Rouge française.
Il fut fait chevalier de la légion d’honneur en 1955 ; Benoit Mayoud lui remit cette distinction.
Alexis Delorme s’était marié le 7 avril 1934 avec Adélaïde Marthe Morera. Ils eurent deux enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article221204, notice DELORME Alexis par Michel Launay, André Vessot, version mise en ligne le 21 décembre 2019, dernière modification le 15 janvier 2020.

Par Michel Launay, André Vessot

Cliché transmis par Pierre Ducret
Alexis Delorme et Louis Naillod en réunion (La Voix Sociale)
Alexis Delorme et Louis Naillod en réunion (La Voix Sociale)

SOURCES : Arch. Dép. Rhône. — Arch. Union départementale CFDT du Rhône (CFTC et CFDT). — La Voix Sociale, janvier 1960. — Arch. Alexis Delorme : certificats de travail et manuscrit de ses souvenirs. — Journal officiel de la République française, 9 juillet 1955 (décret du 10 juin 1955).

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