DIMITRIJEVIĆ-NEŠKOVIĆ Nada [Née DIMITRIJEVIĆ Nada]

Par Hervé Lemesle

Née le 14 août 1907 à Sarajevo (Autriche-Hongrie, Bosnie-Herzégovine actuelle), morte le 6 avril 1941 à Belgrade (Yougoslavie, Serbie actuelle) ; médecin ; émigrée en Autriche, militante du Parti communiste ; volontaire en Espagne républicaine ; internée en France en 1939.

À Paris, en septembre 1937, avant son départ en Espagne (source : Politika, UŠB)

Cadette des trois filles du médecin serbe Lazar Dimitrijević, Nada Dimitrijević fit après le lycée des études de médecine à Vienne (Autriche), Zagreb puis Belgrade, où elle fit la connaissance d’un autre étudiant en médecine serbe, Blagoje Nešković (1907-1984), qui devint son époux, diplômé en 1934 et adhérent du Parti communiste de Yougoslavie (KPJ) en 1935. Titulaire d’un doctorat et admise dans le KPJ l’année suivante, Nada Dimitrijević fut employée à l’hôpital de Belgrade et s’impliqua dans le syndicat des médecins, le Secours rouge et la cellule des médecins du parti avec d’autres futurs volontaires en Espagne républicaine, dont Gojko Nikoliš (1911-1995) et Vladimir Popović (1914-1972). Elle prit part à des manifestations antifascistes, diffusa du matériel de propagande clandestin et soutint des ouvriers du bâtiment en grève. La maison familiale devint alors un lieu de réunion pour les militants communistes, parmi lesquels le futur dirigeant du comité de Vojvodine Žarko Žrenjanin (1902-1942), le publiciste Veselin Masleša (1906-1943), le futur cadre de la Yougoslavie titiste Moma Marković (1912-1992) qui fut arrêté en Autriche sur la route de l’Espagne, et Branko Krsmanović (1915-1941) qui parvint lui à y arriver.

Le couple Nešković partit début septembre 1937 pour l’Espagne avec des passeports les autorisant à aller à Paris pour visiter l’Exposition internationale des « Arts et des Techniques appliqués à la Vie moderne », qui s’y tint du 25 mai au 25 novembre. Leur voyage fut financé grâce des fonds envoyés depuis la capitale française par les dirigeants du KPJ en exil Josip Broz dit Walter à l’époque (1892-1980) et Sreten Žujović dit Crni (1899-1976), et transmis par un autre cadre resté au pays, Milovan Đilas (1911-1995). Avant de partir en Espagne, Nada Dimitrijević envoya une carte à ses parents : « Je m’en vais loin et je ne reviendrai pas avant longtemps. Ne déplorez pas s’il m’arrive quelque chose ». Sa sœur Vera, interviewée en 1975 par une journaliste du quotidien belgradois Politika, précisait : « Nous savions qu’elle était partie en Espagne, mais elle ne nous a rien écrit pendant deux longues années. Elle ne voulait pas nous mettre en danger ni que notre mère s’inquiète ».

Arrivés à Albacete mi-septembre 1937, Nada Dimitrijević et Blagoje Nešković furent affectés au service de santé de la base des Brigades internationales (BI) avec le grade de lieutenant, elle dans l’hôpital n°1, lui comme chef de la commission médicale. En janvier 1938, il partit dans le bataillon Đaković de la 129e BI, fut promu capitaine et contusionné en mai ; après une hospitalisation de deux mois, il prit la direction de l’hôpital de Dénia au sud de Valence. Suite au transfert de la base des BI en Catalogne consécutive à la percée franquiste en avril 1938 en Aragon, Nada Dimitrijević travailla à l’hôpital de Vic au nord de Barcelone. Considérée comme une bonne professionnelle active politiquement, elle fut admise dans le Parti communiste d’Espagne (PCE) en 1938, même si l’on déplorait son « faible niveau politique ». Cette appréciation, très stéréotypée dans les caractéristiques concernant les volontaires, est curieuse dans son cas, car elle avait déclaré dans sa biographie avoir lu Le Manifeste du Parti communiste, Le Capital et L’Anti-Dühring, et l’on reconnaissait que son mari avait une bonne connaissance du marxisme.

Après la Retirada, Nada Dimitrijević fut internée à Rieucros (Lozère) et Blagoje Nešković à Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales), à Gurs (Basses-Pyrénées) puis au Vernet (Ariège), où il fut très actif comme médecin et comme militant. La mère de Nada Olga Dimitrijević vint lui rendre visite à Rieucros, et la maison familiale belgradoise devint un centre pour l’envoi de colis aux vétérans yougoslaves internés en France. Sa sœur Vera se remémorait : « Il y avait des discussions sur le contenu des colis. "Pourquoi nous envoyez-vous des gâteaux ? Envoyez des haricots, de la farine de maïs et du lard". Mais comment s’opposer au désir de ma mère de lui envoyer des petits pains dont elle raffolait ?! ».

Le couple parvint à quitter les camps et embarqua pour la Yougoslavie le 18 septembre 1940 à Marseille, en compagnie d’autres vétérans d’Espagne : Alfred Bergman (1901-1941), Borka Demić (1903-1989), Dragoslav Jovanović (1915-1982), Živorad Jovanović (1904-1942), Branislav Milenković (1907-1965), Gojko Nikoliš, Ivan Trpin (1910-1984), Ivo Vejvoda (1911-1991), Pavao Vrdoljak (1905-1993), Ljubomir Živković (1917-1942). Arrêtés à leur arrivée à Split le 24 septembre, ils furent transférés à Zagreb. Les ressortissants de Croatie (Bergman, Nikoliš, Vejvoda, Vrdoljak) et de Slovénie (Trpin) furent assignés à résidence, les autres déportés dans le camp de Bileća en Herzégovine mais libérés début novembre, suite à une décision du tribunal de Celje (Slovénie) déclarant inconstitutionnelle l’ordonnance du 15 décembre 1939 qui autorisait l’internement sans jugement de « ceux qui troublent l’ordre public ».

Rentré à Belgrade, le couple Nešković reprit son activité militante, Blagoje devenant membre du Comité provincial serbe du KPJ. Nada Dimitrijević périt le 6 avril 1941 avec un autre vétéran d’Espagne, Gerhard Vajs (1914-1941), lors du bombardement de la capitale yougoslave par la Luftwaffe, qui marqua le début de la Seconde Guerre mondiale dans les Balkans et déboucha rapidement sur un dépeçage du pays par ses voisins. Blagoje Nešković devint en septembre 1941 secrétaire du Comité provincial du KPJ, et à la Libération l’un des principaux cadres de la Yougoslavie titiste, jusqu’à son éviction du Bureau politique en 1952, car il reprochait à Tito de ne pas avoir été plus conciliant avec Staline en 1948. Il avait refait sa vie avec une jeune partisane qu’il avait rencontré dans la clandestinité, Branislava Perović (1920-2008), et reprit son activité professionnelle interrompue à son départ pour l’Espagne, devenant un oncologue réputé.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article221245, notice DIMITRIJEVIĆ-NEŠKOVIĆ Nada [Née DIMITRIJEVIĆ Nada] par Hervé Lemesle, version mise en ligne le 17 décembre 2019, dernière modification le 6 janvier 2022.

Par Hervé Lemesle

À Paris, en septembre 1937, avant son départ en Espagne (source : Politika, UŠB)

SOURCES : Archives d’Etat de Croatie (HDA, Zagreb), 1360.4.114, rapport de la police de Split du 1er octobre 1940. – RGASPI (Moscou), 545.6.1525, caractéristique n°235 du 26 mars 1941 et 545.277 dossier personnel biographie du 1er juin 1938 (Nada Dimitrijević) ; 545.6.1528, caractéristique n°772 du 10 mai 1941 (Blagoje Nešković). – Archives de Yougoslavie (AJ, Belgrade), 724.Šp.VIII-N15 dossier personnel, questionnaire sans date (Blagoje Nešković). – Slavoljub Cvetković, « Bilećki koncentracioni logor » [Le camp de concentration de Bileća], in Dragoslav Janković (dir.), Istorija XX veka. Zbornik radova II, Belgrade, Kultura, 1961, pp. 267-307. – Milovan Đilas, Memoir of a Revolutionary, New York, Harcourt Brace Jovanovich, 1973, p.275. – Slobodanka Ast, „Naše Španjolke 1936-1939. 8 Putujem daleko...“ [Nos Espagnoles. Je m’en vais loin], Politika, 15 mai 1975. – Gojko Nikoliš, Korijen, stablo, pavetina (memoari) [Les racines, le tronc, le lierre (mémoires)], Zagreb, Sveučilišna naklada Liber, 1981. – Vera Gavrilović, « Organizacija sanitetske službe u Španskom ratu. Jugoslavenski dobrovoljci sanitetski radnici » [L’organisation du service de santé dans la guerre d’Espagne. Les volontaires yougoslaves impliqués dans ce service] in Ljubo Boban (éd.), Španjolska 1936-1939 [L’Espagne], Zagreb, Globus, 1986, p.173. – Anija Omanić, « Žene učesnice u Španskom ratu sa područja bivše Jugolavije » [Les femmes des territoires de l’ancienne Yougoslavie engagées dans la guerre d’Espagne] in Č. Kapor, Za mir i progres u svijetu [Pour la paix et le progrès dans le monde], Sarajevo, SUBNOR BiH, 1999, pp.135 et 139. – Avgust Lešnik et Ksenja Vidmar Horvat, « The Spanish Female Volunteers from Yugoslavia as Example of Solidarity in a Transnational Context », The International Newsletter of Communist Studies, vol. XX/XXI (2014/2015), n°27-28, p.45. – Ingrid Schiborowski et Anita Kochnowski (éd.), Frauen und der spanische Krieg 1936-1939. Eine biografische Dokumentation, Berlin, Verlag am park, 2016, p.132, version actualisée en ligne.

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