HABULIN Marija, ou Maja [dite HABUNEK Maja, HLEBEC ou HOLBEC Marija, Pile ou Pilje, Ilse, Yvonne en France]

Par Hervé Lemesle

Née le 5 novembre 1912 à Poznanovec près de Zabok dans le Zagorje croate (Autriche-Hongrie, Croatie actuelle), morte en 1941 dans le Zagorje (Etat indépendant de Croatie) ; employée ; émigrée en Autriche et en France ; militante du Parti communiste ; volontaire en Espagne républicaine, internée en France.

Née dans une fratrie d’origine paysanne de trois enfants, dans un village situé au nord de Zagreb, fille de Josip et Dora Habulin, Marija Habulin fréquenta l’école élémentaire à Poznanovec et le lycée à Zagreb pendant quatre ans, puis une école de commerce, durant laquelle elle s’engagea dans le mouvement ouvrier, adhérent au Secours rouge en 1932. Elle fut ensuite employée dans une compagnie d’assurance de Zagreb de 1933 à 1935, tout en militant dans la commission culturelle du syndicat des employés de banque et au Parti communiste de Yougoslavie (KPJ) à partir de 1934, comme son frère Franc, mécanicien, et sa sœur Jelka, infirmière. Elle fut cooptée dans l’appareil technique du parti, participant au travail difficile et périlleux de diffusion dans toute la Yougoslavie des informations et du matériel de propagande transmis par la direction en exil à Vienne, où elle s’installa l’année suivante. Elle intégra le Centre technique du Comité central du KPJ, dont le secrétaire général était alors Josip Čižinski dit Milan Gorkić (1904-1937). Lorsque le CC du KPJ fut transféré à Paris en 1936 afin de fuir la répression croissante en Autriche et surtout de faciliter l’acheminement des volontaires vers l’Espagne républicaine, Marija Habulin suivit le mouvement et devint la codeuse du CC. Elle suivit un cours politique pendant deux mois en 1937 et sa formation théorique était apparemment assez poussée, si l’on en croit sa biographie rédigée en 1938 en Espagne, dans laquelle elle déclarait avoir lu des œuvres de Marx, Engels, Lénine et Staline.

Arrivée en Espagne en septembre 1937 alors que Milan Gorkić avait été rappelé à Moscou et liquidé comme espion et que les luttes de fraction faisaient rage pour sa succession, Marija Habulin fut d’abord secrétaire de la commission historique des Brigades internationales dirigée par un autre Yougoslave, Veljko Ribar dit Karl Anger (1897-1966). Elle servit ensuite dans le service de santé à Albacete, puis après le transfert de la base des BI en Catalogne en avril 1938 à Mataró sur la côte au nord de Barcelone – où travaillaient Adela Bohunicki (1905-1978), Liza Gavrić (1907-1974), Lea Kraus (1914-1985) –, et finalement à S’Agaró près de Gérone suite à la démobilisation des BI en septembre dans l’hôpital que dirigeait Braina Rudina (1906-1973) et où Liza Gavrić était infirmière et Kornelija Sende-Popović médecin (1914-1941). Toutes les appréciations la concernant soulignaient son zèle professionnel et son activité politique, elle fut donc admise dans le Parti communiste d’Espagne (PCE) en 1938.

Après la Retirada durant laquelle elle fut « désorientée » aux dires de Braina Rudina, Marija Habulin fut internée dans un camp en France mais ne perdit pas sa combativité. Dans un texte destiné à ces concitoyens yougoslaves appelant à « l’aide matérielle et morale aux femmes antifascistes espagnoles » et publié en 1971, elle évoquait sans en préciser le lieu exact la salle de 40 femmes et enfants espagnols malades dont elle avait la charge et qu’elle décrivait en ces termes :

« Les mères, les sœurs et les enfants des héros de l’armée du peuple espagnol qui ont résisté pendant deux ans et demi aux chars italiens et aux avions allemands, unis par la volonté et la foi en leur force. 40 femmes qui ont compris dès le début le but et le sens de la grande lutte, ont crié "No Pasaran !" aux premiers tirs près de Madrid, ont travaillé jour et nuit dans les usines de munition, ont lutté contre la non-intervention, se sont formées pour travailler dans les hôpitaux en un an, toujours prêtes à se sacrifier dans l’intérêt de leur patrie, ont fui pour échapper aux fascistes après la trahison des "démocrates", se sont retrouvées dans une maison piteuse de réfugiés, s’imaginaient autrement la France tellement désirée après les jours difficiles de la retraite ».

Les journées « longues et tristes » étaient égayées par des sorties possibles dans un bois voisin, mais les autorités entourèrent la bâtisse de barbelés et imposèrent le couvre-feu à 21 heures pour économiser le pétrole. La nouvelle de la reddition de Madrid fin mars 1939 provoqua des pleurs dans la chambrée, mais une femme affirma que la lutte allait continuer car « le sang des innocents versé donne une force incroyable et invincible ». Elle concluait son texte en se déclarant « convaincue que le peuple espagnol vaincra en surmontant les défaites et les trahisons ».

Rentrée en Yougoslavie dans des circonstances que les archives disponibles ne permettent pas de retracer, Marija Habulin poursuivit son activité antifasciste et fut fusillée dans sa région natale par les ustaši après leur prise de pouvoir en Croatie en avril-mai 1941.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article221249, notice HABULIN Marija, ou Maja [dite HABUNEK Maja, HLEBEC ou HOLBEC Marija, Pile ou Pilje, Ilse, Yvonne en France] par Hervé Lemesle, version mise en ligne le 17 décembre 2019, dernière modification le 23 mars 2022.

Par Hervé Lemesle

ŒUVRE : « Borba se nastavlja » [La lutte continue], in Čedo Kapor et alii, Španija 1936-1939 [L’Espagne], Belgrade, Vojno-izdavačko zavoda, 1971, vol.4, pp.266-268.

SOURCES : Archives de la Préfecture de police de Paris, 77W1443 liste de 379 volontaires yougoslaves. – RGASPI, 495.277, dossier personnel biographie du 25 mai 1938 et questionnaire de démobilisation du 13 novembre 1938 ; 545.6 caractéristique n°359 du 15 avril 1941. – Ivan Očak, Gorkić. Život, rad i pogibija [Gorkić. Vie, travail et massacre], Zagreb, Globus, 1988. – Anija Omanić, « Žene učesnice u Španskom ratu sa područja bivše Jugolavije » [Les femmes des territoires de l’ancienne Yougoslavie engagées dans la guerre d’Espagne] in Č. Kapor, Za mir i progres u svijetu [Pour la paix et le progrès dans le monde], Sarajevo, SUBNOR BiH, 1999, pp.135 et 138. – Avgust Lešnik et Ksenja Vidmar Horvat, « The Spanish Female Volunteers from Yugoslavia as Example of Solidarity in a Transnational Context », The International Newsletter of Communist Studies, vol. XX/XXI (2014/2015), n°27-28, p.45. – Ingrid Schiborowski et Anita Kochnowski (éd.), Frauen und der spanische Krieg 1936-1939. Eine biografische Dokumentation, Berlin, Verlag am park, 2016, p.133. — Notes Daniel Grason.

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