KUČERA Tereza

Par Hervé Lemesle

Née en 1907 à Bačka Topola en Vojvodine (Autriche-Hongrie, Serbie actuelle) ; couturière ; émigrée en Uruguay ; militante du Parti communiste ; volontaire en Espagne républicaine.

Issue d’une famille ouvrière d’origines hongroises, Tereza Kučera fréquenta pendant quatre ans l’école élémentaire dans sa ville natale située entre Novi Sad et Subotica, puis fit de 1922 à 1925 un apprentissage de couturière. N’ayant pas trouvé d’employeur en Yougoslavie, elle émigra en 1928 en Uruguay et trouva du travail dans une petite usine de couture à Montevideo. Elle y fit la connaissance d’un autre ressortissant yougoslave, le cordonnier serbe Kosta Lutkić (1899-1991), natif lui aussi de Vojvodine, qui avait été mobilisé en 1917 dans l’armée austro-hongroise, participé en 1919 à la Commune hongroise et émigré en 1923 en Argentine avant de gagner cinq ans plus tard la capitale uruguayenne. Tereza Kučera et Kosta Lutkić lièrent une profonde amitié mais ne se marièrent apparemment pas. Elle adhéra en 1932 au Parti communiste d’Uruguay (PCU), écrivant plusieurs articles sur le travail des couturières dans l’organe du Parti Justicia, et milita dans les « organisations de masse » gravitant autour du PC : le syndicat des ouvriers du textile, le Secours rouge, le club culturel hongrois. Elle prit part à de nombreuses grèves et manifestations, fut arrêtée trois fois mais jamais condamnée. Dans sa biographie rédigée en 1938 à Barcelone, elle déclarait avoir lu Lénine et le rapport de Dimitrov au VIIe Congrès de l’Internationale communiste en juillet 1935 définissant la nouvelle ligne de Front populaire antifasciste. Kosta Lutkić militait également dans le PCU depuis son arrivée à Montevideo et dirigea la section yougoslave du parti. Il devint en 1936 le secrétaire de l’association yougoslave Bratsvo [Fraternité], qui fut à l’origine de nombreuses initiatives en faveur de la République espagnole : des conférences avec des marins yougoslaves débarqués avec des exemplaires de l’organe du Parti communiste de Yougoslavie (KPJ) Proleter [Le prolétaire] et de revues soviétiques, des fêtes et des expositions avec les émigrés d’origine espagnole, un comité de coordination des organisations antifascistes yougoslave, polonaise, tchécoslovaque, hongroise, bulgare, russe, ukrainienne.

Kosta Lutkić et Tereza Kučera furent les premiers volontaires émigrés à partir d’Uruguay pour l’Espagne ; le voyage fut long et difficile à cause de son coût et de l’hostilité des Etats traversés à l’envoi de volontaires dans le cadre de la politique dite de « non-intervention ». Ils se rendirent à Buenos-Aires fin 1937 et y embarquèrent pour Anvers, d’où ils rejoignirent Paris et arrivèrent en avril 1938 en Catalogne. Suite à une lettre de Kosta Lutkić envoyée d’Espagne à Montevideo, d’autres émigrés se portèrent volontaires et attendirent la venue d’un bateau belge, mais la démobilisation des Brigades internationales intervint entre-temps. Tereza Kučera fut affecté dans un hôpital près de Gérone, Kosta Lutkić dans le bataillon Divisionario rattaché à la 45e division. Il s’y montra courageux pendant la dernière offensive républicaine sur l’Ebre durant l’été 1938, et était considéré comme un bon cadre, admis dans le Parti communiste d’Espagne (PCE).

Le devenir de Tereza Kučera reste à ce jour une énigme : est-elle morte en Espagne, est-elle parvenue à passer en France et a-t-elle survécu à la Seconde Guerre mondiale ? Il faudrait consulter les archives hongroises pour répondre à ces questions. Le seul fait établi est qu’elle n’est pas rentrée en Uruguay, sinon Kosta Lutkić l’aurait sûrement mentionné dans son témoignage. Après avoir été interné à Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales) et à Gurs (Basses-Pyrénées), ce dernier parvint en effet à regagner fin 1940 Montevideo, où il poursuivit son activité antifasciste, se mobilisant en faveur de ses camarades encore internés en France puis du mouvement des partisans de Tito à partir de 1941 ; il retourna en 1948 dans sa Vojvodine natale où il finit ses jours.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article221255, notice KUČERA Tereza par Hervé Lemesle, version mise en ligne le 17 décembre 2019, dernière modification le 4 janvier 2022.

Par Hervé Lemesle

SOURCES : RGASPI (Moscou), 495.277, dossier personnel biographie du 9 mai 1938 ; 545.6 caractéristiques n°561 (Tereza Kučera) et 629 (Kosta Lutkić) des 5 et 7 mai 1941. – Archives de Yougoslavie (AJ, Belgrade), 724.ŠpVIII-L11, dossier personnel questionnaire et autobiographie de Kosta Lutkić du 20 septembre 1949. – Kosta Lutkić, « Sjećanje na poginule drugove » [Souvenirs de camarades décédés], in Čedo Kapor, Španija 1936-1939 [L’Espagne], Belgrade, Vojno-izdavačko zavoda, 1971, vol.3, pp.501-502. – Stanko Kordić, « Jugoslovensko društvo "Bratstvo" iz Montevidea za Španske republike » [L’association yougoslave "Fraternité" de Montevideo en faveur de la République espagnole], ibidem, vol.5, pp.371-374. – Avgust Lešnik et Ksenja Vidmar Horvat, « The Spanish Female Volunteers from Yugoslavia as Example of Solidarity in a Transnational Context », The International Newsletter of Communist Studies, vol. XX/XXI (2014/2015), n°27-28, p.46. – Ingrid Schiborowski et Anita Kochnowski (éd.), Frauen und der spanische Krieg 1936-1939. Eine biografische Dokumentation, Berlin, Verlag am park, 2016, p.134, version actualisée en ligne.

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