SENDE-POPOVIĆ Kornelija [Née SZENDE Kornelija, dite POPOVIĆ Neli ou Nelly]

Par Hervé Lemesle

Née le 29 août 1914 à Bácsalmás près de Subotica (Autriche-Hongrie, Hongrie actuelle), morte le 19 septembre 1941 à Jajinci près de Belgrade (Serbie) ; étudiante en médecine, membre des Jeunesses communistes ; volontaire en Espagne républicaine ; internée en France puis en Serbie, fusillée par les Allemands.

Fille du médecin juif Ferdinand Szende natif de Tuzla (Bosnie orientale) et de Selma Kraus, Kornelija Sende grandit avec sa sœur Nora qui devint modiste à Apatin, une petite ville située sur le Danube près de Sombor en Vojvodine, province devenue yougoslave à la fin de la Première Guerre mondiale quand ses parents s’y installèrent. Elle y fréquenta l’école primaire puis le lycée jusqu’en 1928, et passa son baccalauréat en 1932 à Sombor ; elle était une très bonne élève, se distinguant dans les matières scientifiques et dans les langues, maîtrisant outre le hongrois et le serbo-croate, l’allemand et le français. À Sombor, elle fit partie du mouvement scout sioniste et socialiste Hachomer Hatzaïr [La jeune garde] puis se rapprocha du mouvement communiste. Elle entama ensuite des études de médecine à Zagreb et les poursuivit à partir de 1935 à Belgrade, où elle épousa son collègue serbe Vladeta Popović (1914-1941), surnommé Pinecki à cause de sa ressemblance avec un boxeur célèbre ; il militait depuis 1934 dans la Ligue de la jeunesse communiste de Yougoslavie (SKOJ) avec deux autres volontaires en Espagne républicaine, Nada Dimitrijević-Nešković (1907-1941) et Gojko Nikoliš (1911-1995). Kornelija Sende s’impliqua dans la direction de l’association luttant contre la tuberculose, fit des traductions pour le Secours rouge et lut les classiques du marxisme, dont Le ManifestE de Marx et Engels et les Œuvres choisies de Lénine. Certains auteurs ont affirmé qu’elle avait adhéré au Parti communiste de Yougoslavie (KPJ) en 1937 avant son départ en Espagne, mais elle ne mentionna pas son appartenance au Parti dans sa biographie rédigée en juin 1938 à S’Agaró.

Passés par Paris, avec un passeport légal, Kornelija Sende et Vladeta Popović arrivèrent fin novembre 1937 à Albacete et travaillèrent comme médecins stagiaires à Madrid, puis furent séparés. Elle fut affectée à Villanueva de la Jara où Lea Kraus (1914-1985) était infirmière, puis, après l’évacuation des services de santé des Brigades internationale en avril 1938 en Catalogne, elle intégra le personnel soignant de l’hôpital de S’Agaró dirigé par la Lettone Braina Rudina (1902-1973). Son époux partit quant à lui en février 1938 dans une unité combattante, le bataillon Đaković de la 129e BI, qui se retrouva au Levant suite à la déroute des troupes républicaines en Aragon ; du fait de ses contacts avec des éléments démoralisés, il fut renvoyé en mai 1938 à l’arrière et travailla dans l’hôpital de Dénia où servaient les époux Aleksandar et Dobrila Mezić (1909-1953). L’activité de Kornelija Sende et Vladeta Popović en Espagne fut jugée satisfaisante et ils furent admis dans le Parti communiste d’Espagne (PCE), mais on déplorait le manque d’expérience professionnelle de la première, sa naïveté et les reflets de son éducation bourgeoise dans le travail politique.

Kornelija Sende quitta sans doute la Péninsule avec des blessés et malades évacués avant la Retirada, car elle était présente début 1939 à Paris, où elle écrivit une déclaration adressée au Comité central du KPJ, dans laquelle elle admit avoir manqué de recul avec les autres volontaires à son arrivée en Espagne ; elle se disait prête à retourner en Yougoslavie pour y terminer ses études et transmettre son expérience ibérique. On considéra en haut lieu qu’elle devait faire ses preuves pour intégrer le KPJ, et la suite de son itinéraire prouva qu’elle se donna corps et âme, au point de perdre la vie pour la cause. Arrêtée à Paris en avril 1939 et internée à Saint-Zacharie (Var), elle tomba malade et fut autorisée à rentrer au pays mais capturée à la frontière fin septembre 1939. Libérée un mois après, on l’assigna à résidence à Apatin chez ses parents ; elle poursuivit toutefois son activité militante à Apatin et Belgrade, où son époux, libéré de Gurs en juillet 1939 car confondu avec un autre vétéran autorisé à sortir, Vladimir Popović (1914-1972), était devenu membre de l’appareil technique du Comité provincial du KPJ chargé d’imprimer et de diffuser du matériel de propagande. Kornelija Sende fut incarcérée à trois reprises de janvier à mars 1940, de juillet à décembre 1940 et de janvier à mars 1941, puis de nouveau assignée à résidence à Apatin. Elle brava encore une fois l’interdiction de séjour dans la capitale serbe, s’impliquant avec son mari dans la mobilisation du parti contre l’occupation allemande à partir d’avril 1941. Vladeta Popović tomba dans les mains de la police après l’attaque allemande contre l’URSS le 22 juin ; torturé, il n’avoua pas la présence d’une imprimerie clandestine dans la maison où on l’avait arrêté, et fut fusillé le 17 juillet dans un faubourg de la ville. Kornelija Sende fut prise le 7 août ; après avoir subi elle aussi les sévices des interrogateurs, sans avouer son nom ni son activité militante, elle fut transférée le 28 août dans le camp de concentration de Banjica et passée par les armes le 19 septembre dans le premier groupe de 20 femmes liquidées sur ordre de l’occupant. Les exécutions s’intensifièrent dans toute la Serbie les semaines suivantes, suivies par des déportations de plus en plus massives de juifs ; sur les 62 membres de cette confession résidant à Apatin avant la guerre, dix uniquement survécurent, dont le père de Kornelija Sende, qui continua à soigner ses patients, quelque-soit leur nationalité.

Après la libération, les dépouilles de Vladeta Popović et de son épouse furent transférées dans le nouveau cimetière de la ville de Belgrade, et inhumées dans l’allée des patriotes fusillés de 1941 à 1944. Tous les ans le 1er octobre, les autorités civiles, militaires et religieuses serbes rendent encore hommage aux 60 à 80 000 victimes des massacres de Jajinci, sur le site du mémorial inauguré en 1964.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article221262, notice SENDE-POPOVIĆ Kornelija [Née SZENDE Kornelija, dite POPOVIĆ Neli ou Nelly] par Hervé Lemesle, version mise en ligne le 17 décembre 2019, dernière modification le 4 janvier 2022.

Par Hervé Lemesle

Cérémonie en présence de diplomates français à Jajinci en octobre 2017.

SOURCES : RGASPI (Moscou), 495.277, dossiers personnels biographie du 6 juin 1938 (Kornelija Sende) et questionnaire de démobilisation du 14 décembre 1938 (Vladeta Popović) ; 545.6.1529, caractéristiques n°870 (Kornelija Popović) et 875 (Vladeta Popović) du 26 mai 1941. – Archives de Yougoslavie (AJ, Belgrade), 724.Šp.Ib10, déclarations au CC KPJ à Paris début 1939 ; 724.Šp.Ic10 appréciation sans date ; Šp.X1b1 Liste de la police de Belgrade en 1940.– Jovan Marjanović, Srbija u Narodnooslobodilačkoj borbi - Beograd. [La Serbie dans la lutte de libération des peuples. Belgrade], Belgrade, Prosveta et Nolit, 1964. – Collectif, Žene Srbije u NOB [Les femmes de Serbie dans la lutte de libération des peuples], Belgrade, Nolit, 1975. . – Slobodanka Ast, „Naše Španjolke 1936-1939. 8 Putujem daleko...“ [Nos Espagnoles. Je m’en vais loin], Politika, 15 mai 1975. – Marko Perić, „Jevreji iz Jugoslavije. Španski borci“ [Juifs de Yougoslavie. Combattants espagnols], Zbornik jevrejski istorijski muzej, n°3, Belgrade, 1975, p.48. – Jaša Romano, Jevreji Jugoslavije 1944-1945. Žrtve genocida i učesnici Narodnooslobodilaškog rata [Les juifs de Yougoslavie. Les victimes du génocide et les participants à la Guerre de libération nationale], Belgrade, Republička zajednica nauke Srbije, 1980, p.480. – Jaša Romano, Jevreji Jugoslavije 1941-1945. Žrtve genocida i učesnici Narodnooslobodilačkog rata [Les juifs de Yougoslavie. Les victimes du génocide et les participants à la guerre de libération des peuples], Belgrade, Jevrejiski istorijski muzeum, 1980. – Gojko Nikoliš, Korijen, stablo, pavetina (memoari) [Les racines, le tronc, le lierre (mémoires)], Zagreb, Sveučilišna naklada Liber, 1981, pp.93 et 253. – Vera Gavrilović, « Organizacija sanitetske službe u Španskom ratu. Jugoslavenski dobrovoljci sanitetski radnici » [L’organisation du service de santé dans la guerre d’Espagne. Les volontaires yougoslaves impliqués dans ce service] in Ljubo Boban (éd.), Španjolska 1936-1939 [L’Espagne], Zagreb, Globus, 1986, pp.177-178. – Arno Lustiger, « Shalom Libertad ! ». Les Juifs dans la guerre d’Espagne 1936-1939, Paris, Editions du Cerf, 1991, p.243. – Sećanje kao opomena : Kornelija Sende Popović i Vladeta Popović Pinecki [Souvenir en guise d’avertissement], Novi Sad, Istorijski Muzej Vojvodina, 1992. – Lazar Udovički, Španija moje mladosti. Pismo mojoj deci [L’Espagne de ma jeunesse. Lettre à mes enfants], Belgrade, Čigoja štampa, 1997, p.146. – Anija Omanić, « Žene učesnice u Španskom ratu sa područja bivše Jugolavije » [Les femmes des territoires de l’ancienne Yougoslavie engagées dans la guerre d’Espagne] in Čedo Kapor, Za mir i progres u svijetu [Pour la paix et le progrès dans le monde], Sarajevo, SUBNOR BiH, 1999, p.135. – Avgust Lešnik et Ksenja Vidmar Horvat, « The Spanish Female Volunteers from Yugoslavia as Example of Solidarity in a Transnational Context », The International Newsletter of Communist Studies, vol. XX/XXI (2014/2015), n°27-28, pp.47-48. – Ingrid Schiborowski et Anita Kochnowski (éd.), Frauen und der spanische Krieg 1936-1939. Eine biografische Dokumentation, Berlin, Verlag am park, 2016, p.135, version actualisée en ligne. – Tomislav Šimunović, « Kornelija Sende Popović, Španski borac i revolucionar iz Apatina » [Combattante espagnole et révolutionnaire d’Apatin], Radio Dunav, 26 février 2018 en ligne.

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