SNEEMAN Marija [ŠNEEMAN ou SCHNEIMANN Marija]

Par Hervé Lemesle

Née le 18 mars 1896 à Bačka Palanka en Vojvodine (Autriche-Hongrie, Serbie actuelle) ; couturière, émigrée en Autriche, Hongrie, Roumanie, Allemagne et Tchécoslovaquie ; volontaire en Espagne républicaine.

Retracer l’itinéraire de Marija Šneeman reste à ce jour délicat, tant la documentation disponible est lacunaire et contradictoire.

Issue d’une famille juive de nationalité hongroise ou allemande, Marija Šneeman fit dans sa jeunesse un apprentissage de couturière et travailla jusqu’en 1928 dans sa région natale puis dans différents pays d’Europe centrale avant de s’établir à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine), où elle épousa l’Allemand natif d’Augsbourg Georg Steinbacher (1898- ?). Ce dernier, militant syndical et membre du Parti communiste d’Allemagne (KPD) depuis 1923, s’était réfugié en Yougoslavie sans doute pour fuir les persécutions nazies, mais aussi peut-être parce qu’il avait rompu avec le mouvement communiste stalinien. Le couple partit en effet pour l’Espagne à pied en passant par l’Autriche, la Suisse et la France sans prendre contact avec l’organisation mise en place par l’Internationale communiste pour acheminer les volontaires vers la Péninsule ibérique.

Les sources divergent sur la date d’arrivée de Marija Šneeman et son mari en Espagne. Les historiens allemands Werner Abel et Enrico Herbert affirment que Georg Steinbacher arriva dès juillet 1936 et s’enrôla dans la colonne Durruti avant de rejoindre la centurie Thälmann et la 11e BI, mais cette version est peu vraisemblable si l’on prend en considération la façon dont il fit le voyage et sa présence ultérieure en Catalogne. Selon la caractéristique rédigée en mai 1940 à Moscou par le dirigeant du KPD Wilhelm Pieck dit Gustav (1883-1960), Georg Steinbacher était arrivé en janvier 1937 et avait combattu dans le bataillon anarchiste Rocho de choque. Cela est plus plausible et corroboré par la caractéristique concernant son épouse écrite en mai 1941 par le jeune cadre du Parti communiste de Yougoslave (KPJ) Veljko Vlahović (1914-1975), indiquant que Steinbacher avait passé un seul mois sur le front d’Aragon et avait ensuite travaillé comme mécanicien dans une usine de Barcelone. Le seul fait établi est que le couple fut arrêté en juin 1937 dans la capitale catalane pour avoir caché Peter Blachstein (1911-1977), un journaliste socialiste de gauche allemand ayant adhéré au Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM). D’après Arno Lustiger, qui reprenait les données recueillies en Yougoslavie dans les années 1960 par le vétéran d’Espagne Marko Perić né Velimir Drechsler (1914-2000), Marija Šneeman et son époux furent liquidés par les services du NKVD, or il s’avère qu’ils furent libérés – Pieck l’affirmait s’agissant de Georg Steinbacher – puisque l’on trouve des informations les concernant après l’Espagne.

Le devenir de Marija Šneeman reste énigmatique ; Martin Sugarman prétend qu’elle décéda pendant la Seconde Guerre mondiale, sans préciser le lieu, la date et les circonstances précises de sa mort. Celui de Georg Steinbacher est mieux connu ; arrivé en France pendant la Retirada, il fut interné sur les plages du Roussillon puis à Gurs (Basses-Pyrénées), où il se porta volontaire dans la 215e Compagnie de travailleurs étrangers (CTE). Il tenta de passer en juin 1940 en Suisse mais fut arrêté, détenu dans la forteresse de Besançon (Doubs) et livré le mois suivant aux autorités allemandes, qui le maintinrent en captivité à Augsbourg avant de l’interner en mars 1941 à Dachau. Transféré à Buchenwald, il intégra ensuite en novembre 1944 un commando de travail en Thuringe, où il fut libéré par les Américains en avril 1945. Il revint dans sa ville natale, reprit sa carte au KPD en 1946 et exerça le métier de limonadier. Il adressa en 1950 via le consulat yougoslave de Munich une lettre de soutien au Comité centrale du KPJ contre les accusations du Kominform, qualifiées de « sales calomnies », signée « Salud compañeros » ; il y justifiait sa position en évoquant ses bons souvenirs avec les Yougoslaves dans leur pays et en Espagne, et le bon traitement des prisonniers allemands capturés par les partisans de Tito de 1941 à 1945. Quant à Peter Blachstein, il parvint à rentrer en France en janvier 1938 et s’établit deux mois après en Scandinavie et à partir de 1947 à Hambourg ; resté membre de l’aile gauche du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD), député au Bundestag à partir de 1949, il fut nommé en 1968 ambassadeur de RFA à Belgrade, mais fut contraint dès l’année suivante de mettre fin à ces fonctions pour des problèmes de santé.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article221264, notice SNEEMAN Marija [ŠNEEMAN ou SCHNEIMANN Marija] par Hervé Lemesle, version mise en ligne le 17 décembre 2019, dernière modification le 4 janvier 2022.

Par Hervé Lemesle

SOURCES : RGASPI (Moscou), 545.6.365, caractéristique n°2815 du 5 mai 1940 (Georg Steinmacher) ; 545.6.1530 caractéristique n°1052 du 31 mai 1941 (Marija Šneeman). – Archives de Yougoslavie (AJ, Belgrade), CK SKJ-IX/86, lettre de Georg Steinbacher au CC KPJ en 1950. – Marko Perić, „Jevreji iz Jugoslavije. Španski borci“ [Juifs de Yougoslavie. Combattants espagnols], Zbornik jevrejski istorijski muzej, n°3, Belgrade, 1975, pp.48-49. – Arno Lustiger, « Shalom Libertad ! ». Les Juifs dans la guerre d’Espagne 1936-1939, Paris, Editions du Cerf, 1991, p.243. – Avgust Lešnik et Ksenja Vidmar Horvat, « The Spanish Female Volunteers from Yugoslavia as Example of Solidarity in a Transnational Context », The International Newsletter of Communist Studies, vol. XX/XXI (2014/2015), n°27-28, p.48. – Werner Abel et Enrico Hilbert, « Sie werden nicht durchkommen ». Deutsche an der Seite der Spanischen Republik und der sozialen Revolution, vol.1, Lich-Hessen, Verlag Edition AV, 2015, pp. 69-70 et 491. – Ingrid Schiborowski et Anita Kochnowski (éd.), Frauen und der spanische Krieg 1936-1939. Eine biografische Dokumentation, Berlin, Verlag am park, 2016, p.135, version actualisée en ligne. – Martin Sugarman, Against Fascism – Jews who served in The International Brigade in The Spanish Civil War, juillet 2016, p.103, en ligne . – Robert Niebuhr, The Search for a Cold War Legitimacy : Foreign Policy and Tito’s Yugoslavia, 2018, Leyden, Brill, p.58.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément