DELPLACE Maurice, Émile

Par Jacques Girault

Né 14 mars 1914 à Toulon (Var), mort le 8 décembre 2000 à Toulon ; instituteur, puis directeur de collège ; syndicaliste ; militant communiste ; maire de La Garde (Var, 1958-1959 et 1962-1997), conseiller général (1967-1992).

Son père, originaire du Nord de la France, avait refusé d’entrer à l’École polytechnique par antimilitarisme (Var-Matin, 9 décembre 2000). Devenu professeur de mathématiques à l’École primaire supérieure Rouvière de Toulon, militant actif de la Ligue des droits de l’Homme dont il fut un des créateurs dans la ville, il mourut à la fin de la Première Guerre mondiale. Sa mère, veuve avec deux enfants, prit la direction de l’école des Sourds et Muets de Toulon et créa des colonies de vacances dans le département. Pupille de la Nation, Maurice Delplace, après une scolarité à l’école primaire supérieure Rouvière, entra à l’École normale d’instituteurs de Draguignan en 1932 (promotion « Lou Mistraou »). Il milita, en 1933, dans le groupe de jeunes socialistes suivi par le député Auguste Reynaud* passé alors au Parti socialiste de France.
À sa sortie de l’École normale, Delplace effectua son service militaire à partir d’octobre 1935 dans un régiment de chasseurs alpins, et le termina comme sergent-chef. Nommé instituteur à Solliès-Pont en 1937, il y demeura jusqu’à la fin de la guerre. Bien que n’ayant pas reçu les premiers sacrements religieux, il se maria religieusement en août 1937 à Toulon. Le couple eut trois enfants.
Delplace vota au premier tour des élections législatives de 1936 pour le candidat USR et reporta son suffrage au deuxième tour sur Michel Zunino, maire socialiste SFIO de La Garde. Partisan de l’intervention pendant la guerre d’Espagne, il se détacha de l’influence qu’exerçait sur lui le Parti socialiste SFIO pour se rapprocher du Parti communiste. Il devint membre du conseil syndical de la section départementale du Syndicat national des instituteurs, le 18 novembre 1937, et le demeura jusqu’à la guerre.
Mobilisé en 1939, Delplace, chef de section de mitrailleuses, cité pour son action militaire, fait prisonnier à La Motte-Beuvron (Loir-et-Cher) le 19 juin 1940, s’évada. Il retrouva son poste d’instituteur et dut affronter le maire de la commune qui voulait obtenir son déplacement. Il fit hisser le drapeau tricolore lors du sabordage de la flotte. Après avoir laissé sa famille dans le Gard, il participa à la Résistance (Armée secrète et Front national) à partir d’octobre 1943. Son attitude dans les FFI lui valut d’être mentionné en exemple dans Le Var libre (10 septembre 1944). Il participa notamment à la libération de Solliès-Pont, fit partie du comité local de Libération et collabora souvent à La Provence libre.
Delplace fut alors nommé directeur d’école à Saint-Tropez à partir d’octobre 1944. Vice-président du comité local des FFI, il adhéra au Parti communiste français. Il donnait des cours dans les écoles des sections communistes et, en 1953, était membre du comité varois des combattants de la paix et de la liberté.
Il retrouva à la Libération sa place au conseil syndical et au bureau de la section départementale. Responsable de SUDEL jusqu’en 1951, membre de la commission de rédaction du bulletin, il y signa plusieurs articles historiques, sur les activités de SUDEL et aussi, en octobre-novembre 1948, sous le titre « Les mineurs et nous » un appel à la solidarité avec les mineurs grévistes. Il prononça dans l’année scolaire 1947-1948, sous l’égide du SNI et de la FEN, une conférence sous le titre "Religion, laïcité et politique actuelle", publiée dans un ouvrage collectif. Élu suppléant à la commission administrative paritaire départementale (octobre 1948), il vota, avec la majorité du conseil, le 2 juin 1949, une motion revendiquant l’autonomie et demandant la « reconstruction d’une CGT démocratique ». Quatre mois plus tard, candidat pour le renouvellement du conseil sur la liste « d’unité d’action et CGT », il était battu et à nouveau défait en décembre 1949. Membre de la commission pédagogique de la section syndicale, il collabora en novembre 1951 à L’Éducateur varois, mensuel de la FEN-CGT. Il y décrivait « l’exposition artistique et artisanale » qu’il avait dirigée avec la coopérative scolaire « Le bon grain » dans son école de La Garde. Souvent, il donnait pour ce journal des chroniques décapantes posant certaines questions concernant l’école sous le titre « Propos d’Ursule Ronchon », « femme de service syndiquée ». Sa dernière intervention syndicale fut sa candidature au conseil syndical, en janvier 1954, sur la « liste d’union et d’action présentée par les cégétistes ». Il resta adhérent du syndicat jusqu’à sa retraite.
Directeur de l’école de garçons de La Garde à partir de la rentrée 1946, Delplace fit inscrit en première position dans le département pour devenir principal de collège en 1969. Mais non licencié, il fut nommé sous-directeur du collège d’enseignement secondaire de La Garde qui venait d’être créé par transformation du collège d’enseignement général qu’il dirigeait.
Deplace avait des activités politiques croissantes dans cette commune dont le maire était l’ancien député socialiste SFIO Zunino, devenu député communiste. Il animait notamment la section locale de l’association France-URSS et avait des responsabilités départementales.
En octobre 1947, Delplace devenait conseiller municipal et quatrième adjoint de La Garde sur la liste communiste (57, 7 % des suffrages exprimés). Il signait dans L’Éducateur varois, en février 1952, en tant qu’adjoint au maire chargé de l’éducation, un article sur les « heures supplémentaires (études, cantines) effectuées par les instituteurs ». En 1953, réélu (54,3 %), il devenait deuxième adjoint au maire. Après le décès du maire Zunino, il lui succédait le 24 mai 1958 avec une voix de majorité. Le premier adjoint Sezionale*, socialiste unitaire, prit la tête d’une liste concurrente lors du renouvellement en 1959. La liste « Union de la gauche », conduite par Delplace n’arrivait qu’en deuxième position à l’issue du premier tour (1 119 voix sur 3 629 inscrits) et était battue au deuxième tour, Delplace conservant son siège de conseiller municipal alors que Sezionale n’était pas élu. La municipalité de droite (UNR et indépendants) ne parvenait pas à gérer de manière équilibrée la commune. Devant l’accroissement des déficits, le Préfet prononçait la dissolution en mai 1962. La liste de gauche conduite par Delplace l’emportait aux élections générales du début juin 1962 et il retrouvait le siège de maire qu’il ne devait plus quitter jusqu’en septembre 1997, son adjoint communiste Yvon Robert lui succédant. Les résultats furent inégaux pour les listes d’union de la gauche sous sa direction (54,6 % des voix en 1965, 55,1 % en 1971, 58,1 % en 1977, 51,4 % au deuxième tour de 1983, 56,3 % au premier tour de 1989, 52,8 % au deuxième tour de 1995).
La commune connut une grande mutation sous sa direction (construction d’écoles, de collèges, d’un lycée, de crèches, d’un centre culturel, d’une bibliothèque, du théâtre du Rocher, d’équipements sportifs, dont une patinoire, d’une zone industrielle et artisanale, édification sur son territoire de l’université refusée par la municipalité de Toulon entre autres). Un plan d’urbanisme, élaboré en 1974, organisa le développement de la commune. Par l’intermédiaire d’une société gardéenne d’économie mixte (SAGEM) depuis 1978, initiative pionnière dans le Var, mais contestée alors par le Parti communiste, la municipalité contrôlait ces réalisations. Il ne parvint pas toutefois à empêcher, en 1978, la fermeture de l’entreprise métallurgique Sudacier qui employait près de 500 personnes. Délégué départemental pour la formation des personnels communaux, il obtint du ministre de l’Intérieur, la construction de locaux dans sa commune. À divers moments, il s’éleva pour défendre la personnalité de sa commune pour qu’elle ne devienne pas une commune-dortoir dans l’agglomération toulonnaise.
La presse donnait, en 1997, des informations sur la crise qui traversait la municipalité dont le point d’orgue fut l’annulation, par la majorité (32 voix sur 35), le 27 mars 1997, de la convention qui liait la mairie à l’Association gardéenne des loisirs éducatifs présidée bénévolement par sa fille, professeur. Par une lettre au Préfet, début juillet 1997, Delplace annonçait son intention de quitter ses fonctions de maire à partir du 1er septembre tout en restant conseiller municipal. Le 16 janvier 1999, il donnait sa démission du groupe des élus de la gauche plurielle du conseil municipal et s’en expliquait par lettre ouverte. Dès lors une tension grandissante opposa Delplace, sa famille, et la municipalité communiste. La presse annonçait, après son décès, que le maire allait proposer que le groupe scolaire du nouveau quartier de la Planquette porte son nom. Lors du vote favorable du conseil municipal, la famille réfutait cette décision « prise sans son accord préalable » (Var matin, 16 décembre 2000), version contestée plus tard par la famille. Lors du deuxième tour des élections municipales, le 18 mars 1991, la liste de droite, comprenant sa fille Yvonne Chabot, l’emporta sur la liste d’Union de la gauche conduite par le maire sortant Yvon Robert.
Delplace, candidat communiste pour le conseil général, dans le quatrième canton de Toulon (Est de la ville et quatre communes dont La Garde), arrivait en deuxième position, le 4 juin 1961, avec 2 163 voix sur 15 129 inscrits, et 3 123 voix au deuxième tour, battu par le conseiller sortant de droite. Le 24 septembre 1967, à nouveau en lice, il précédait le conseiller sortant avec 3 266 voix sur 21 366 inscrits et l’emportait au deuxième tour, avec 5 133 voix contre deux adversaires, dont le conseiller général de droite sortant. Il faisait partie de la commission des travaux. Trois ans plus tard, il siégeait à la commission des finances. Le nouveau découpage créait le canton de La Valette ; Delplace conservait son mandat les 23 et 30 septembre 1973, avec 4 190 voix au premier tour, puis 5 850 voix sur 19 685 inscrits au deuxième tour. Il devenait alors un des quatre secrétaires de l’assemblée départementale et continuait à siéger à la commission des finances. Il était aussi membre de l’Office départemental d’éducation et de loisirs qui gérait des colonies de vacances et des classes de neige, de la commission culturelle et de la commission de l’enseignement primaire. S’ajoutaient diverses responsabilités au sein de l’assemblée départementale (Promovar, vice-présidence du comité de lutte contre la tuberculose et les maladies respiratoires, conseil d’administration du lycée agricole d’Hyères, du centre universitaire - d’où il fut évincé pour des raisons politiques entre 1990 et 1994 -, délégué départemental du centre de formation des personnels communaux). Il conserva son siège au conseil général en 1979 (6 368 voix puis 8 889 voix au deuxième tour) et en fut le vice-président. Réélu en 1985, il ne se représenta pas en 1992.
Delplace fut le suppléant de Golési, candidat du Parti communiste, dans la troisième circonscription de Toulon aux élections législatives de novembre 1962. Dans les propositions de candidatures pour les élections de 1967, le Parti communiste envisagea de le représenter comme suppléant de Jacques Pizard* puis modifia son choix, plaçant Delplace en position de titulaire. Ainsi pendant quatre consultations, candidat communiste dans cette circonscription au premier tour, il devint candidat de la gauche pour le deuxième tour. Le 5 mars 1967, dans la troisième circonscription de Toulon regroupant les deuxième, troisième, quatrième et cinquième cantons de la ville, il obtint 12 676 voix et 18 840 au deuxième tour sur 73 170 inscrits. Le 1er juillet 1968, il recueillit 12 098 voix et 17 850 voix le dimanche suivant sur 72 684 inscrits, largement battu à nouveau par le candidat UNR. Le 4 mars 1973, il obtint 15 512 voix sur 80 582 inscrits et 27 773 voix au deuxième tour. La presse notait qu’il améliorait ses résultats et qu’il bénéficiait « d’un certain succès personnel ». Enfin, le 12 mars 1978, il obtint 18 711 voix sur 96 361 inscrits et 34 299 voix, le dimanche suivant.
Delplace avait dans les années 1980 pris à diverses reprises des distances à l’égard de la fédération communiste du Var sans toutefois quitter le PCF. Ses interventions dans la presse marquèrent ces oppositions : articles dans Var-Matin, « Marchais doit partir » (16 mai 1986), « Le Parti communiste face à son destin » où il se définissait « ni reconstructeur, ni rénovateur » mais « homme libre », préconisant un « retour sur Marx » (19 janvier 1990). Alors qu’il n’apparaissait parmi les premiers signataires de divers courants qui traversèrent la vie du Parti, il signa un nouvel article « Le Parti se meurt, sauvons le Parti » (16 novembre 1990) et fit partie des 83 signataires d’un texte « Réflexions de communistes varois » lancé avant la conférence fédérale des 8-9 décembre 1990. Il s’affirmait proche des refondateurs, de Charles Fiterman et se définissait comme « communiste critique ». Un an plus tard, la presse le présentait comme un des dirigeants varois du Mouvement de la gauche progressiste. Plus tard, le secrétaire national Robert Hue vantait son « itinéraire exceptionnel ».
Delplace, pianiste (il inaugura les orgues de l’église et donna un concert public dans les années 1980), depuis les années 1960, appartenait à l’Académie du Var depuis 1953, composant notamment des ouvrages ou articles historiques. Il ouvrit notamment une chronique « Pages d’histoire varoise » dans le mensuel départemental de la FEN-CGT, L’Éducateur varois, en octobre 1953, en relatant le « fameux procès de la belle Cadière (1730-31) ». Son action dans le domaine culturel dans sa commune (il était notamment le conservateur adjoint du musée Jean Aicard) tranchait tout comme le dynamisme qu’il avait su impulser aux activités économiques. À la fin de sa vie, il composait les pages d’un ouvrage appelé à être publié de façon posthume sous le titre « La Garde ma ville » ainsi que ses billets périodiques, jusqu’en 1997, dans L’Hebdo signés « Ursule Ronchon », personnage qu’il avait créé dans L’Éducateur varois, dans les années 1950. Les 23 et 24 novembre 1996, avec d’autres municipalités varoises de gauche, avec l’accord de la fédération communiste du Var, il accueillait, au nom de la municipalité de La Garde, un « forum du livre en liberté » qui s’opposait au salon du livre organisé à Toulon sous les auspices de la municipalité Front national. Le quotidien Le Monde dans un article en première page louait cette initiative et rehaussait l’article d’un portrait de Delplace.
Lors de ses obsèques, conformément à sa volonté écrite, aucun discours ne fut prononcé. La presse locale accorda une grande place à la disparition du « lion » comme titrait Var-Matin (9 décembre 1990).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22132, notice DELPLACE Maurice, Émile par Jacques Girault, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 2 février 2018.

Par Jacques Girault

ŒUVRE : Vettius, pièce en quatre actes, Toulon, imprimerie Cabasson, 1941 ; "Religion, laïcité et politique actuelle", in Examen critique de quelques problèmes du XXe siècle de la littérature, l’art, la musique, la science, la morale, SNI-FEN, sections du Var, 1948, p. 107-119 ; La Garde ne meurt... Histoire d’un village varois, Toulon, imprimerie du Sud-Est, s.d. [1954], 136 p. réédité, s.l.n.d. [1981], 150 p. ; Le Var Histoire et histoires, Imprimerie Hémisud, 1998, 173 p.

SOURCES : Arch. Nat., F7 15371. — Arch. Dép. Var, 1477 W 52 (dossier Goïbas). — Arch. Com. La Garde. — Arch. Parti communiste français. — Presse locale, nationale, syndicale. — Renseignements fournis par l’intéressé, sa famille et la mairie de La Garde. — Sources orales.

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