DELPONT Pierre

Par André Balent

Né le 15 avril 1911 à Pia (Pyrénées-Orientales), mort le 25 avril 1975 à Amélie-les-Bains (Pyrénées-Orientales) ; instituteur jusqu’en 1944 puis officier d’active (1944-1961) ; militant socialiste ; résistant ; commissaire de la République ; président de la Cour martiale des Pyrénées-Orientales à la Libération ; chef du dépôt de prisonniers de l’Axe n° 162 à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) d’octobre 1944 à février 1946.

Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), dépôt n° 162 de prisonniers de l’Axe (entre octobre 1944 et février 1946). Au centre, avec un calot, le chef de bataillon Pierre Delpont (1911-1975) passant en revue des prisonniers de guerre allemands et autrichiens
Archives privées André Balent

Au mois de novembre 1930, Pierre Delpont était secrétaire des Jeunesses socialistes SFIO de Pia. Il siégeait également à la commission administrative du Cri socialiste, le tout nouveau hebdomadaire de la SFIO catalane (encore que cet organe de presse fût, comme son prédécesseur, Le Cri Catalan, la propriété de Jean Payra*). En juillet 1931, Pierre Delpont qui était toujours secrétaire des JS de Pia fut élu, le 1er mai, au comité fédéral mixte des Jeunesses socialistes SFIO des Pyrénées-Orientales. Lors du congrès fédéral extraordinaire du 27 septembre 1931, il fut reconduit dans ses fonctions de membre de la commission du journal fédéral.
À l’automne 1931, il fut appelé sous les drapeaux. De retour du service militaire, il fut nommé instituteur à Opoul, village viticole des Corbières catalanes où la droite était bien implantée (la tradition bonapartiste y demeurait vivace, y compris dans les années 1930). Une section socialiste SFIO y fut créée en février 1933, avec une trentaine de membres. Pierre Delpont en fut élu secrétaire (secrétaire adjoint : L. Calmon ; trésorier : Audouy ; trésorier adjoint : L. Castany). En juillet 1933, il fut élu membre adulte du comité fédéral mixte des Jeunesses socialistes SFIO des Pyrénées-Orientales. Pendant l’été 1933, il se maria civilement avec Paulette Espinet, une sténodactylo domiciliée à Montauban (Tarn-et-Garonne). Le 16 septembre 1934, il représenta la section de Pia au congrès cantonal de la SFIO de Perpignan-Ouest.
À partir de 1935, Pierre Delpont intégra le groupe des opposants à Jean Payra*, favorables à la « Bataille socialiste », qui s’étaient rassemblés, au plan départemental, dans un « Groupe d’études et d’action socialistes des Pyrénées-Orientales » et qui avaient créé un organe de presse, En Avant. De nombreux instituteurs, parmi lesquels Ferdinand Baylard, Jean Canal, Dominique Parsuire* participaient à cette tentative oppositionnelle qui fut couronnée de succès lors du congrès fédéral du 2 juin 1935. Pierre Delpont qui était, sans doute depuis octobre 1934, instituteur à Saint-Paul-de-Fenouillet, fut alors élu à la CAF sur la liste présentée par la « Bataille socialiste ». Mais Jean Payra et ses partisans, mis en minorité, n’acceptèrent pas les décisions de ce congrès fédéral. Ce ne fut que lors d’un nouveau congrès (8 septembre 1935) qu’ils finirent par aboutir à un modus vivendi avec les militants de la tendance « Bataille socialiste » qui, d’ailleurs devait bientôt se scinder avec l’apparition au plan local de la Gauche révolutionnaire. Au congrès du 8 septembre 1935 Pierre Delpont fut réélu à la CAF. Il resta membre de cette instance jusqu’au congrès fédéral du 24 mai 1936 qui l’élut à la commission fédérale des conflits (en qualité de représentant de la Gauche révolutionnaire ?).
De 1935 à 1939, Pierre Delpont milita à Saint-Paul-de-Fenouillet. I1 fut secrétaire de la section socialiste SFIO de cette localité (il l’était en novembre 1937 et le fut encore jusqu’à l’été ou l’automne de 1938). Il représenta la section SFIO de Saint-Paul-de-Fenouillet au conseil fédéral du 7 février 1937. Sa section avait voté le texte de la « Bataille socialiste ». Mais, à l’issue des débats, Pierre Delpont se rallia, au nom de sa section, au texte soumis au vote par les sections socialistes SFIO de la circonscription de Céret. En avril 1937, il fut élu secrétaire du comité local de Front populaire de Saint-Paul-de-Fenouillet. Lorsque, les 18 mars et 21 avril 1938, la section de Saint-Paul-de-Fenouillet vota un « ordre du jour » de solidarité en faveur de la Gauche révolutionnaire (problèmes posés par la Fédération de Paris et soumis aux débats préparatoires du congrès national de Royan) était-elle inspirée par son secrétaire, Pierre Delpont ? Ce dernier aurait-il rejoint les rangs pivertistes ? En tout cas, dans les colonnes du Socialiste des Pyrénées-Orientales du 26 août 1937, il réagit publiquement aux conséquences des tragiques événements de mai 1937 à Barcelone, en des termes que n’auraient pas reniés Marceau Pivert et ses amis. Il s’élevait notamment contre « la sauvage et illégitime répression qui menace les adhérents de la FAI et du POUM » et condamnait les procès montés de toutes pièces contre ces hommes « qui n’étaient que [...] de véritables mascarades destinées à discréditer, devant le prolétariat, des militants éprouvés de la classe ouvrière ».
Au congrès fédéral du 29 mai 1938 il représentait la section de Saint-Paul-de-Fenouillet. Celle-ci disposait de trois mandats. Deux d’entre eux furent portés sur le texte de la GR, le troisième était une abstention. Il semble donc qu’à la veille du congrès de Royan, Pierre Delpont s’était rallié aux thèses pivertistes et que la section dont il était le secrétaire les ait adoptées majoritairement. Dans l’intervention qu’il fit devant le congrès fédéral, il s’éleva contre la politique de la majorité du parti qui a « couvert » le gouvernement dans sa « politique de capitulations ». Il reprochait également au gouvernement de Front populaire de n’avoir « pas fait son devoir vis-à-vis de l’Espagne républicaine ». Autant de thèmes familiers aux partisans de Marceau Pivert. À l’issue de ce congrès fédéral, la Gauche révolutionnaire recueillit, dans les Pyrénées-Orientales 38 mandats, sur un total de 286, 175 allant à la motion dite des « Pyrénées-Orientales » et 71 se portant sur le texte de la Bataille socialiste. Sur 74 présents à ce congrès et ayant émis un vote positif (7 sections étaient absentes ou se sont abstenues lors du vote d’orientation), 8 portèrent la totalité, ou la majorité de leurs mandats sur le texte de la Gauche révolutionnaire : Saint-Paul-de-Fenouillet, Claira, Formiguères, Marquixanes, Palau-del-Vidre, Rivesaltes, Salses et Vernet-les-Bains. Une autre section (Bourg-Madame) partagea ses mandats entre le texte des « Pyrénées-Orientales » et celui de la GR. À l’issue de ce congrès, Pierre Delpont fut élu membre titulaire de la CAF et délégué au congrès national de Royan.
Suivit-il Marceau Pivert dans la scission en adhérant au PSOP ? En tout cas, en novembre 1938, il était démissionnaire de ses fonctions de la section socialiste SFIO de Saint-Paul-de-Fenouillet et fut remplacé par François Dimon.
Mobilisé en septembre 1939, Pierre Del pont fut fait prisonnier par les Allemands. Libéré dans le courant de 1942, il retrouva un poste d’instituteur à Tautavel (Pyrénées-Orientales). Il entra dans la résistance fin 1942, début 1943. Il devint l’adjoint d’Auriol, militant de Maury qui était le chef de l’AS des MUR pour le secteur de l’Agly. Il s’occupait plus particulièrement du groupe de Tautavel. La Gestapo l’arrêta en avril 1943 lorsque Louis Torcatis*, menacé également d’une arrestation, réussit à quitter le département. Transféré à Montpellier (Hérault), il bénéficia d’un non-lieu et put retrouver son poste d’instituteur à Tautavel. Il demeura inactif quelque temps puis se manifesta à nouveau au printemps 1944, il récupéra des armes destinées à l’AS, parachutées à Salvezines (Aude) qu’il entreposa à Tautavel alors qu’elles étaient destinées à être envoyées à Perpignan. Il exerça alors des jeunes du village au maniement des armes. Le 10 août 1944 les seize jeunes entraînés par Pierre Delpont furent arrêtés par les miliciens. Le curé du village fut plus tard condamné pour les avoir dénoncés : cet épisode est relaté par Jean Larrieu dans la Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale (1978) et dans sa Chronologie des années noires (1994).

À la rentrée scolaire de 1944, Pierre Delpont ne réintégra pas l’enseignement. Officier (chef de bataillon), issu des rangs des FFI, il devint chef du camp de prisonniers de guerre allemands et italiens (Dépôt des prisonniers de guerre de l’Axe n° 162), partie du camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) où furent internés au même moment vichyssois notoires et collaborateurs divers. Les prisonniers de guerre ne bénéficièrent pas des conventions de Genève. Certains furent employés au déminage des plages de la côte méditerranéenne proche. Beaucoup mal nourris, cachectiques moururent (plusieurs centaines entre août et novembre 1945) et furent enterrés dans un cimetière aménagé à proximité des lieux de captivité. Delpont resta à la tête du dépôt de prisonniers allemands, autrichiens et italiens jusqu’en février 1946.

En sa qualité de commandant FFI, il fut intégré, avec le même grade dans l’armée. lI fut affecté en premier lieu au 18e régiment de tirailleurs sénégalais à Montpellier (Hérault). En 1946, il fut affecté à Diego-Suarez (Madagascar) puis, en 1949, à Tizi-Ouzou (Algérie). Puis, pendant la guerre d’Indochine, il fut envoyé au Cambodge. En 1953, il revint en France, à Montauban (Tarn-et-Garonne) d’où sa femme était originaire. Il partit en Afrique Noire en 1956 et prit sa retraite en 1961 avec le grade de commandant. Il demeura à Montauban jusqu’en 1964 puis vécut à Amélie-les-Bains (Pyrénées-Orientales) où il mourut.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22138, notice DELPONT Pierre par André Balent, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 24 mai 2021.

Par André Balent

Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), dépôt n° 162 de prisonniers de l’Axe (entre octobre 1944 et février 1946). Au centre, avec un calot, le chef de bataillon Pierre Delpont (1911-1975) passant en revue des prisonniers de guerre allemands et autrichiens
Archives privées André Balent

SOURCES  : Le Cri socialiste, hebdomadaire de la fédération socialiste des Pyrénées-Orientales (1930-1936). — Le Socialiste des Pyrénées-Orientales, hebdomadaire de la fédération socialiste des Pyrénées-Orientales (1936-1938). — En Avant, organe du Groupe d’Études et d’Action socialistes des Pyrénées-Orientales, 12 juin 1935. — Notice DBMOF, par André Balent. — Gérard Bonnet, Les Pyrénées-Orientales dans la guerre. Les années de plomb 1939-1944, Écully, Horvath, 1992, p. 165. — Ramon Gual, Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, II b, De la résistance à la Libération, Prades, Terra Nostra, 1998. — Beate Husser, Histoire du camp militaire Joffre de Rivesaltes, Paris, Liénart, Mémorial du camp de Rivesaltes, 2014, 87 p. [p. 64-67]. — Jean Larrieu, « L’épuration judiciaire dans les Pyrénées-Orientales », Revue d’histoire de la 2e Guerre mondiale, octobre 1978, p. 29-45. — Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, I, Chronologie des années noires, Prades, Terra Nostra, 1994, p. 185 et 335-336. — Témoignages de Marcel Mayneris, ancien secrétaire fédéral administratif de la SFIO et ancien animateur du groupe En Avant (6 octobre 1982,10 juillet 1983).

ICONOGRAPHIE : Ramon Gual, Jean Larrieu, op. cit., 1998, p. 809, p. 901.

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