QUATREMAIRE Jacqueline, Lucienne, Adrienne

Par Daniel Grason

Née le 18 octobre 1918 à Igé arrondissement de Mortagne-au-Perche (Orne), morte le 15 juin 1943 à Auschwitz (Pologne) ; militante syndicaliste CGT, communiste ; résistante.

Fille unique d’Henri et de Germaine Duhec, Jacqueline Quatremaire alla à l’école primaire dans son village natal, puis poursuivit jusqu’au brevet qu’elle obtint. Ses parents vinrent en Région parisienne en 1934, son père fut élu en 1936 maire communiste de Noisy-le-Sec (Seine, Seine-Saint-Denis). En 1936 elle fut sténodactylo au Syndicat des produits pharmaceutiques à la Bourse du Travail rue du Château d’Eau à Paris (Xe arr.).
Elle adhéra aux Jeunes filles de France en 1937 à Noisy-le-Sec, puis au Parti communiste. Son père Henri a été élu en 1936 maire communiste de Noisy-le-Sec. Pendant l’Occupation allemande, elle devint agent de liaison entre les membres de l’appareil technique et politique qui imprimaient et diffusaient les tracts de l’organisation clandestine.
Dès le début mars 1942 onze inspecteurs de la BS1 filèrent les militantes et militants impliqués dans l’impression et la diffusion de tracts et journaux édités par le parti communiste clandestin. Ils suivirent Arthur Tintelin, au fil des semaines ils identifièrent femmes et hommes qui contribuaient à l’édition et à la diffusion de la propagande clandestine, les policiers poursuivirent les filatures jusqu’au 16 juin 1942 où un vaste coup de filait permit l’interpellation d’une soixantaine de résistantes et résistants.
Agent de liaison, Renée Quatremaire était rétribuée 1200 francs par mois, elle fit partie des militantes et militants qui contribuèrent à l’organisation et à la diffusion de la propagande clandestine. Elle vécut 25 bis rue Dussoubs puis 44 rue Tiquetonne dans le IIe arrondissement de Paris, et enfin 45 boulevard Exelmans dans le XVIe arrondissement.
Les policiers notèrent que le 7 avril 1942 elle rencontrait deux militantes non identifiées dans une rue de Saint-Maur (Seine, Val-de-Marne). Elle emprunta ensuite le métro, déjeuna dans un restaurant au 5 boulevard Saint-Martin dans le Xe arrondissement, puis rentra à son domicile de la rue Dussoubs.
Elle sortit de chez elle à 9heures 10 le 9 avril, elle se rendit par le métro au pont de Neuilly. Elle traversa le pont, s’engagea rue Arago à Puteaux et à l’angle de l’avenue de la Défense elle était rejointe par une dame Petitjean, qui demeurait 14 rue Morand (XIX arr.) et dont la mère habitait 48 rue Roque de Fillol. Toutes deux discutèrent en marchant et se séparèrent rue Bellini, il était 11 heures.
Elle quitta son domicile le 11 avril à 8heures 45 et par le métro se rendit à la station Bérault. Elle rencontra à l’angle de l’allée des Plateaux à 9heures 30 la femme Petitjean. Elles parcoururent ensemble des rues de Saint-Mandé, échangèrent des documents, et se séparèrent à 9heures 50.
Jacqueline Quatremaire marcha quelques centaines de mètres, une jeune femme blonde l’aborda, un policier la surnomma « Saint-Mandé ». Elles marchèrent lentement et échangèrent des documents dans le bois de Vincennes, vers 10heures 20 elles se séparèrent. Jacqueline Quatremaire s’engouffra dans le métro à la station Saint-Mandé Tourelles.
Elle sortit le 17 avril de son domicile à 9heures porteuse d’un paquet de 25 centimètre sur 40. Elle se rendit à la station Tolbiac par le métro. À pied elle emprunta la rue de Tolbiac et rentra à 9heures 40 dans l’église Saint-Anne de la Maison Blanche où elle a été rejointe par la femme Petitjean. Toutes deux sortirent de l’église à 10heures 25 et à pied allèrent 10 rue Martin Bernard où Jacqueline Quatremaire remettait son paquet à Petitjean. Toutes se quittèrent place d’Italie et regagnèrent leur domicile par le métro.
Elle quitta le 44 rue Tiquetonne le 24 avril à 8heures 10. Elle portait une valise en cuir gris. Elle se rendit à son ancien domicile 25 bis rue Dussoubs. Elle ressortit à 8heures 30 et alla prendre le métro à la station Louvre. Elle descendit à la porte de Neuilly, traversa le pont en courant, et à 9 heures rencontra rue Saint-Germain à Puteaux Madeleine Doiret qui demeurait à Ivry-sur-Seine.
Toutes deux montèrent jusqu’au rond-point de la Défense et redescendirent jusqu’au pont de Neuilly où elles se séparèrent. Jacqueline Quatremaire emprunta l’avenue de la Défense et y rencontra la femme Petitjean, toutes deux parcourent quelques centaines de mètres dans les rues de Puteaux puis reprirent le métro au pont de Neuilly.
Elle quitta son domicile le 27 avril vers 15heures. Par le métro elle se rendit à Champ-Elysées-Clemenceau et à pied se rendit chez sa tante concierge 6 avenue Delcassé dans le XVIe arrondissement. Il était alors 15heures 40. Elle ressortit vers 17heures et alla reprendre le métro au même endroit et descendit à la station Saint-Michel. Elle s’installa à la terrasse du café La Boule d’Or et à 17heures 40 elle était rejointe par Madeleine Dechevassine demeurant 14 avenue des Capucines à Villeneuve-le-Roi (Seine, Val-de-Marne). Vers 18 heures, les deux femmes se séparèrent.
Jacqueline Quatremaire quitta son domicile le 29 avril à 13heures 40, par le métro elle se rendit quai de la Râpée. Elle effectua quelques achats dans le quartier et à pied alla jusqu’au Pont-Neuf où elle rencontra Madeleine Doiret. Toutes deux firent le va et vient sur le pont en discutant pendant un quart d’heure environ allèrent consommer au café Corona à l’angle du quai et de la rue du Louvre et échangèrent des documents.
Le 30 avril Jacqueline Quatremaire quitta son domicile à 13heures 45 et par le métro se rendit à la station Billancourt. À pied elle gagna la place Marcel-Sembat, rencontra à 14heures 30 la femme nommée Saint-Mandé par les policiers.
Toutes deux déambulèrent dans les rues de Boulogne et allèrent consommer dans un café situé face au métro Billancourt. Elles sortirent vers 15 heures et se séparèrent. Jacqueline Quatremaire se rendit à pied rue du Vieux Pont de Sèvres où elle rencontra la femme nommée Boulet par les policiers et qui demeurait 31 boulevard de Grenelle dans le XVe arrondissement. Toutes deux discutèrent et allèrent à pied jusqu’au boulevard Victor où elles se séparèrent. Jacqueline Quatremaire remonta le boulevard Victor et au métro Balard était rejointe par Jacqueline Doiret. Elles parlèrent quelques instants et se séparèrent.
Le 4 mai la femme Petitjean quitta son domicile 14 rue Morand à 9heures 30. Elle prend le métro à Parmentier et descendit à Robespierre. À 10 heures elle rencontra avenue de Paris à Montreuil Jacqueline Quatremaire. Elles revinrent à pied jusqu’à la porte de Montreuil où elles se séparèrent.
Le 16 mai une femme nommée Boulet par les policiers rencontra Jacqueline Quatremaire à proximité des magasins du Louvre, elle remettait un paquet à Boulet. Elles se séparèrent au métro Tuileries à 15heures 40.
Porte des Lilas le 18 mai vers 16heures 30 la femme Boulet rencontra Jacqueline Quatremaire avenue Pasteur aux Lilas. Elles se parlèrent dans des rues désertes, puis elles reprirent le métro à la même station vers 17 heures 30. Elle descendit à la station Châtelet et à pied se rendit à la Brasserie Dupont boulevard Saint-Michel. Elle était rejointe à 18heures par la femme Dechevassine demeurant 14 avenue des Capucines à Villeneuve-le-Roi. Elles restèrent quinze minutes dans le débit, puis descendirent le boulevard Saint-Michel où elles prirent le métro. Elles se séparèrent à la station Père-Lachaise.
Le 22 mai en début de matinée la femme surnommée Boulet rencontra Jacqueline Quatremaire à l’angle des rues de l’Oratoire et de la rue de Rivoli (Ier arr.). Toutes deux allèrent à pied jusqu’au métro Saint-Paul, où elles prirent la direction Vincennes. À la porte de Montreuil Jacqueline Quatremaire descendit de la rame, sortit, alla square du Périgord où elle échappa à la surveillance policière. À 17heures nouvelle rencontre des deux femmes à la station de métro Sablons, elles allèrent à pied jusqu’à la porte Maillot où elles empruntèrent le métro. À la station Concorde Boulet descendit de la rame, alla jusqu’à Denfert-Rochereau où elle emprunta la ligne de Sceaux. À 18 heures 15, elle arriva à Bourg-la-Reine où elle rencontra avenue du Petit-Chambord une femme nommée Petitjean. Dans les rues de Bourg-la-Reine, les deux femmes discutèrent et se séparèrent avenue Houdan, elle regagna ensuite son domicile.
Le 23 mai, Boulet rencontra Jacqueline Quatremaire à la station Tuileries vers 15heures. Elles gagnèrent la place de la Concorde où elles se séparèrent. Quant à Quatremaire, elle se rendit par le métro à Issy-les-Moulineaux, où elle descendit à la station Petits-Ménages. À pied, elle se rendit à Clamart où elle fut perdue dans les rues de la localité.
Lors de son arrestation le 17 juin 1942 dans le XVe arrondissement, elle présenta une carte d’identité au nom de Michèle Dambreville. Lors de la perquisition domiciliaire les inspecteurs de la BS1 saisissaient une brochure intitulée « Le Nouvel Ordre Européen ou Le miroir aux alouettes », ainsi qu’une machine à écrire utilisée par l’organisation.
Détenue après son interrogatoire au fort de Romainville, déportée le 24 janvier 1943 depuis Compiègne dans un convoi de 230 femmes à destination d’Auschwitz. Matricule numéro 31641, affectée au Revier (infirmerie), elle contracta la phtisie et en mourut le 15 juin 1943. Sur 230 femmes déportées de ce convoi 181 moururent (78,7%), 49 qui avaient été transférées à Ravensbrück puis à Mauthausen pour certaines d’entre-elles rentrèrent.
Germaine Quatremaire, mère de Jacqueline déposa plainte le 3 octobre 1945 devant la commission d’épuration de la police. Elle déclara notamment elle « a été arrêtée le 17 juin 1942 pour activité politique clandestine par plusieurs inspecteurs. »
« Elle a été conduite à la Préfecture de Police et transférée au Dépôt quelques jours plus tard. Elle a été remise aux Autorités allemandes au début du mois d’août de la même année. »
« Elle a été déportée au camp d’Auschwitz le 21 janvier 1943, Madame Mauvais [épouse de Léon Mauvais], une de ses camarades de déportation, m’a informé que ma fille était décédée en mai 1943. Toutefois, je n’ai aucune nouvelle officielle de son décès. »
« J’ignore si ma fille a été victime de sévices pendant son séjour aux brigades spéciales. »
« Une perquisition effectuée à son domicile au moment de son arrestation, il a été saisi, une machine à écrire, et une documentation concernant le parti communiste, de plus il a été dérobé une certaine quantité de denrées alimentaires dont deux colis, l’un destiné à mon mari et l’autre à moi. »
Elle porta plainte contre les inspecteurs qui arrêtèrent sa fille. Elle les considérait « comme responsable de sa mort et de sa déportation, ainsi que contre ceux qui se sont rendus coupables de vol à son préjudice. »
Jacqueline Quatremaire a été homologuée au titre de la Résistance intérieure française (RIF), et Déportée internée résistante (DIR).
Son nom a été gravée sur la plaque commémorative à l’intérieur de la Bourse du Travail rue du Château-d’Eau : « À la Mémoire des dirigeants de Syndicats tombés dans les combats contre le nazisme pour la libération de la France – Lorsqu’on ne tuera plus ils seront bien vengés et ce sera justice. » Paul Eluard.
Une école de Villetaneuse en Seine-Saint-Denis a été baptisée du nom de Jacqueline Quatremaire. Son nom a été gravé sur le monument aux morts de Noisy-le-Sec.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article221461, notice QUATREMAIRE Jacqueline, Lucienne, Adrienne par Daniel Grason, version mise en ligne le 22 décembre 2019, dernière modification le 28 mai 2021.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. 221W 3, GB 38 (rapports de filatures), 77 W 5349-294402. – Bureau Résistance GR 16 P 494 415. – [Charlotte Delbo->21985, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 2002. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Résistantes et résistants en Seine-Saint-Denis, Un nom, une rue, une histoire, AMRN 93 Éditions de l’Atelier, 2004.Site internet GenWeb.

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