PHILIPPE Auguste [PHILIPPE François, Auguste]

Par Didier Bigorgne

Né le 29 mai 1863 à Saint-Menges (Ardennes), mort en juin 1917 à Paris (Seine) ; ouvrier tisseur ; coopérateur, militant socialiste et de la Ligue des droits de l’homme ; maire de Saint-Menges (1896-1914) et conseiller général (1907-1917) ; secrétaire de la Fédération des Ardennes de la Ligue des droits de l’homme (1912-1914) ; membre du conseil d’administration de la Fédération nationale des coopératives de consommation (1914-1917).

Auguste Philippe était le fils de Jean-Baptiste Philippe, ouvrier tisseur, et de Marie Jeanne Moutarde, ouvrière tisseuse. Il exerça aussi le métier de tisseur à Saint-Menges, un village proche de Sedan, dans lequel il travailla jusqu’à la Première Guerre mondiale.

Membre de la chambre syndicale des ouvriers et ouvrières en tissus et des industries similaires de Saint-Menges et des environs qui s’affilia à la Fédération des Travailleurs socialistes des Ardennes le 6 juillet 1890, Auguste Philippe militait au cercle d’études sociales Le Phare de Saint-Menges. Celui-ci qui avait également rejoint la Fédération des Travailleurs socialistes des Ardennes la suivit à la FTSF jusqu’à la scission du congrès de Châtellerault (9-14 octobre 1890), puis au POSR jusqu’à la fin de l’année 1897, enfin au PSF à partir de 1901, et au Parti socialiste SFIO avec l’unité en 1905.

Auguste Philippe fut d’abord un élu local. Aux élections municipales de mai 1892, il fut élu sur la liste du POSR qui remporta la victoire à Saint-Menges, et devint premier adjoint. Au scrutin de mai 1896, il conduisit à son tour la liste de son parti à un nouveau succès : il fut alors élu maire de Saint-Menges. Reconduit dans sa fonction après chaque élection municipale, il exerça son mandat jusqu’en 1914.

Pendant ces années, Auguste Philippe participa à de nombreux congrès d’élus socialistes, départementaux et nationaux. Il présida le premier congrès départemental des conseillers municipaux socialistes des Ardennes le 7 février 1897 à Mohon. Il fut délégué aux 2ème et 3ème congrès départementaux qui se tinrent successivement le 13 juin 1897 à Nouzon et le 20 mars 1898 à Charleville. Enfin, il représenta la municipalité de Saint-Menges aux 3ème et 6ème congrès nationaux des conseillers municipaux socialistes de France et des colonies qui se déroulèrent respectivement à Paris (12-15 juillet 1895) et à Fumay (30 octobre-1er novembre 1898). Malgré sa fonction de maire, Auguste Philippe resta un militant fort actif au sein de la Fédération des Travailleurs socialistes des Ardennes. En effet, il fut son délégué au congrès des organisations socialistes de Paris qui se déroula du 3 au 8 décembre 1899 à la salle Japy : il y représenta le cercle d’études sociales Le Phare de Saint-Menges, ainsi que les syndicats des métallurgistes de Sedan et de Bourg-Fidèle.

Auguste Philippe fut candidat à plusieurs élections dans le canton de Sedan-Nord avant d’en devenir son conseiller général. Le 28 juillet 1895, il fut éliminé au premier tour à l’élection pour le conseil d’arrondissement en recueillant 1080 voix sur 4278 inscrits et 3058 votants. Les 21-28 juillet 1901, il brigua le siège de conseiller général : il obtint 1153 voix sur 4440 inscrits et 3367 votants au premier tour, il échoua au scrutin de ballottage en rassemblant 1616 suffrages sur 3397 votants. Finalement, il fut élu conseiller général le 4 août 1907 : il recueillit 1273 voix sur 4488 inscrits et 3208 votants au premier tour, et l’emporta avec 1481 voix sur 3432 votants au second tour. Il fut réélu dés le premier tour, le 3 août 1913, avec 1641 voix. Au conseil général des Ardennes, il siégea dans la cinquième Commission, dite de l’Agriculture.

Le groupe d’études sociales Le Phare de Saint-Menges, sous l’impulsion d’Auguste Philippe était souvent en opposition avec celui de Sedan La Sentinelleplus modéré. Très combattif, Auguste Philippe, que ses camarades dépeignaient « avec ses gros yeux rouges » et surnommaient « le loup de Saint-Menges », déclarait ne vouloir que des vraies voix socialistes lors de ses luttes électorales. Cet argument amena le Parti socialiste SFIO à le préférer au député sortant Elysée Lassallequi s’alliait régulièrement avec les radicaux, pour le représenter aux élections législatives dans l’arrondissement de Sedan. L’intransigeance d’Auguste Philippe lui coûta cher. En 1910, il arriva en tête au premier tour avec 6146 voix sur 17 820 inscrits ; avec 7158 voix au scrutin de ballottage, mais il fut devancé de 543 voix par le candidat de droite, en raison d’un mauvais report des voix radicales. Le scénario se répéta en 1914. Toujours en tête au premier tour avec 5075 voix, il réunit 5599 suffrages au scrutin de ballottage et échoua de 446 voix face au candidat radical qui s’était maintenu.

Auguste Philippe représenta son parti, à deux reprises, aux élections sénatoriales. Le 3 février 1907, il obtint 127 voix au premier tour, puis 197 voix au second tour. Le 7 janvier 1912, il recueillit 118 voix sur 825 inscrits et 821 votants.

Auguste Philippe fut un coopérateur de premier rang. En 1891, il fut à l’origine de la création de la société coopérative de consommation L’Union des Travailleurs de Saint-Menges, puis d’une boulangerie coopérative. Les deux sociétés fusionnèrent et donnèrent naissance à la Maison du Peuple dont il exerça la présidence jusqu’en 1908. En novembre 1905, il avait assisté à Nantes au congrès national de la Bourse des coopératives socialistes : il y fut élu membre des la commission des statuts chargée de constituer le Magasin de Gros. Le 1er novembre 1912, il fut délégué au congrès de la Confédération des coopératives socialistes ouvrières ; il portait les mandats de différentes coopératives ardennaises : Les Economes d’Hargnies, L’Union ouvrière de Floing, La Comète de Daigny et La Maison du Peuple de Saint-Menges. Il fut finalement élu au conseil d’administration du Magasin de Gros unifié. Réfugié à Paris pendant la Première Guerre mondiale, il devint membre du conseil d’administration de la Fédération nationale des coopératives de consommation en remplacement d’un administrateur mobilisé.

Dans le même temps, Auguste Philippe milita à la Ligue des droits de l’homme. En 1906, il était membre du Comité de la section du Nord des Ardennes. Il devint secrétaire de la Fédération ardennaise en 1912. Il assuma aussi de nombreuses responsabilités à partir de 1907. Il était président de la société de secours mutuels de Saint-Menges, administrateur de la mutualité scolaire du canton de Sedan-Nord et vice-président de la commission départementale du Travail.

Aujourd’hui, une rue du village de Saint-Menges porte le nom d’Auguste Philippe.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article221601, notice PHILIPPE Auguste [PHILIPPE François, Auguste] par Didier Bigorgne, version mise en ligne le 29 décembre 2019, dernière modification le 29 décembre 2019.

Par Didier Bigorgne

SOURCES : Arch. Com. de Saint-Menges. — Arch. de la Fédération des Travailleurs socialistes des Ardennes. — Le Socialiste Ardennais, 1896 à 1914. — DBMOF, notice de Jean Gaumont, Henri Manceau et Justinien Raymond.— Etat civil de Saint-Menges et de Paris.

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