PRAT Henri, Albert, Eugène [pseudonyme dans la résistance : Sinfer 571]

Par Eric Panthou

Né le 25 mars 1906 à Pau (Basses-Pyrénées, devenues Pyrénées-Atlantiques), supposé fusillé le 4 février 1944 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ; journaliste ; résistant au sein des Forces françaises combattantes (FFC) membre du Réseau Gallia.

Fils de Joseph et de Madeleine, née Sabel, Henri Prat devint journaliste à Clermont-Ferrand. Il se maria à Jurançon le 4 février 1932 avec Renée Maret et habitait 9 rue du Port à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Le couple recueillit en 1938 une enfant née en 1935
Sous l’Occupation, il était rédacteur au quotidien conservateur régional L’Avenir du Plateau central, journal ouvertement soutien à Pétain et Laval. Il était également rédacteur au Journal des Débats.

Au cours des années 1941-1942, il fit part à plusieurs reprises au lieutenant-colonel Claude Bernard de son intention de prendre une part active à la Résistance. Le docteur Claude Bernard lui promit de l’engager au moment opportun. Sa femme confirme qu’il a agi dès 1941 pour la Résistance.
Impatient d’agir, Henri Prat signale à Claude Bernard en 1943 qu’il a pris contact avec le Service de Renseignement Gallia par l’intermédiaire du capitaine Birochau. Ce dernier était un militaire de carrière du 4ème d’Artillerie de Clermont-Ferrand qui était resté dans cette ville après que les Allemands aient occupé la caserne. Il refusa les postes qui lui furent proposés à Vichy, pris alors contact avec le colonel Boutet qui initia les premiers réseaux de Résistance au sein de l’armée dans la région. On conseilla à Birochau de se faire embaucher au journal L’Avenir du Plateau central où il devint journaliste sportif. C’est ainsi qu’il connut Henri Prat et aussi que Birochau entra en contact avec le Réseau Gallia qui bientôt lui demanda d’imprimer affiches et tracts.
Birochau et Prat ont alors des discussions politiques et dans un premier temps, leurs désaccords amènent Birochau à ne pas proposer son intégration au sein du réseau Gallia. Au bout de plusieurs mois, Prat se déclara convaincu par la position de Birochau. Celui-ci en informa son supérieur, Gaston Lalliat, ancien adjudant-chef du 4ème d’Artillerie où avait également servi Birochau. On décida d’attendre encore un peu puis en juin Prat put signer un engagement comme agent de liaison.

Il voulut alors abandonner son poste au journal mais on le convainquit que sa position au sein d’un journal collaborateur pouvait être précieux pour le service de renseignement. Il était notamment chargé de remettre des articles reçus par les deux journaux pour qui il travaillait, en particulier les articles rejetés par la censure allemande. Il remettait ces textes à son supérieur du Service de renseignement, un dénommé Gaston.
Par ailleurs, il s’intéressait plus particulièrement aux installations allemandes de la Base aérienne d’Aulnat, dans la banlieue clermontoise. Il a ainsi demandé à Claude Bernard de lui fournir toute la documentation possible sur les fabrications effectuées pour les Allemands à l’Atelier industriel de l’Air (AIA) à Aulnat : nombre et numéros des moteurs, lieu et dates des expéditions, plan détaillé et situation des ateliers.
Pour confirmer l’arrivée à destination des informations qu’il pouvait recueillir, Henri Prat faisait passer un message à Claude Bernard via Radio Londres disant : Le Colibri est un oiseau rare.
Prat travaillait avec un réseau d’écoute installé à Chamalières. Il était considéré comme un bon élément. Il a notamment pu établir des plans de la base d’Aulnat, envoyés à Londres.

Vers fin octobre 1943, Henri Prat contacta Claude Bernard pour lui demander de suspendre toute activité car Gaston Lalliat alias Gaston lui avait signalé que l’agent Raymond Pinard, ex sous-officier du 4ème Régiment d’artillerie, mort en déportation (SHD GR 16 P 478630), avec qui Prat avait été mis en rapport, venait d’être arrêté par le SD.
Henri Prat dévoile alors à Claude Bernard son indicatif d’agent de renseignements : Sinfer 571.

Le 4 novembre, il fut convoqué par le Bureau de la Censure allemande, rue Blatin, à Clermont-Ferrand. Croyant qu’il allait être interrogé sur un article paru dans le quotidien régional, il s’y rendit sans méfiance. Il alerta néanmoins Birochau en lui disant qu’il préférait se rendre à la convocation plutôt que de devoir prendre le maquis et obliger sa femme à fuir. Il confia son revolver à Birochau et lui donna rendez-vous le soir même.
On ne le revit jamais.
Selon Birochau, qui n’a aucune certitude à ce sujet, il aurait été arrêté suite à dénonciation par une des personnes du réseau d’écoute.
Birochau obtint du directeur du Journal des Débats qu’il appelle la Censure allemande. Celle-ci assura que Prat était venu pour une raison insignifiante et en était ressorti libre. Mais finalement, le directeur de la Censure précisa que c’est le SD qui lui avait demandé de convoquer Prat et que celui-ci fut appréhendé à sa sortie par le SD. Il fut alors emmené à la prison allemande du 92ème RI de Clermont-Ferrand.
Madame Prat ayant publiquement dans les locaux du journal à Birochau d’intervenir pour faire libérer son mari, ce dernier prit peur et partit sa cacher avec sa famille à Courpière (Puy-de-Dôme) pendant un mois, avant de revenir et d’être repris au journal. Henri Prat n’avait pas parlé.

Selon plusieurs témoignages, imprécis, notamment celui de Georges Mathieu, membre de la Gestapo française, Henri Prat serait mort à l’hôpital de Vichy après y avoir été transféré car souffrant de tuberculose. Dans une autre version, faite à la veuve de Prat, Mathieu affirma que son mari avait été fusillé à la prison allemande du 92ème RI à Clermont-Ferrand dans les premiers jours de février 1944. Son corps n’a cependant jamais été retrouvé.

Le colonel Claude Bernard affirma que Prat ne souffrait pas de tuberculose ; en revanche il souffrait d’une déformation thoracique et crachait régulièrement du sang ce qui explique qu’il a sans doute dû essayer de faire croire à une maladie grave pour faciliter sa libération ou son évasion. Il est avéré que durant son incarcération, il fit demander à sa femme qu’elle fournisse des radios qu’il avait faites récemment. Un prisonnier, médecin, témoigna l’avoir vu cracher du sang dans un mouchoir. Fin février 1944, un soldat allemand rapporta quelques effets personnels d’Henri Prat à son épouse, déclarant qu’il avait été déporté. Un témoignage, non confirmé, affirma même qu’il avait été vu en Tchécoslovaquie au moment de la Libération. Dans certains documents du Réseau Gallia, il est indiqué comme déporté politique à Buchenwald. Sa femme fit ainsi des démarches pour savoir quand le convoi ramenant son mari arriverait en France. Il avait été censé déporté de Compiègne le 17 janvier 1944. Plusieurs documents vont dans ce sens.
L’hypothèse retenue par Claude Bernard est celle d’une hospitalisation à Vichy et d’une exécution suite à une possible tentative d’évasion.

Il fut considéré comme agent de liaison P2, avec le grade le sous-lieutenant, avec dates d’engagements du 10 juin 1943 à février 1944.

Dans un jugement du 14 mai 1946 le tribunal civil de Clermont-Ferrand a déclaré qu’il était mort entre le 1er et le 4 février 1944.
Il a été reconnu "Mort pour la France", membre des forces françaises combattantes (FFC), reçu le 1er décembre 1953 le titre d’Interné-Résistant (DIR).
Il a reçu le titre de Chevalier de la Légion d’Honneur le 8 juin 1957.

Son nom n’apparaît sur aucun document commémoratif.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article221611, notice PRAT Henri, Albert, Eugène [pseudonyme dans la résistance : Sinfer 571] par Eric Panthou, version mise en ligne le 30 décembre 2019, dernière modification le 16 avril 2021.

Par Eric Panthou

SOURCES : AVCC Caen, AC 21 P 134434 et AC 21 P 527702. Dossiers Henri Prat .— SHD Vincennes, GR 16 P 490065 et GR 28 P 4 79 775 et GR 28 P 11 93. Dossiers Henri Prat (nc) .— Base Léonore : dossier 19800035/185/24110.

Version imprimable Signaler un complément