DEBUNNE Georges.

Par Mateo Alaluf

Hofstade (aujourd’hui commune de Zemst, pr. Brabant flamand, arr. Hal-Vilvorde), 2 mai 1918 – Bruxelles ( Région de Bruxelles-Capitale), 22 septembre 2008. Instituteur, militant syndical socialiste, secrétaire général de la Centrale sénérale des services publics (CGSP), de la Fédération générale des travailleurs de Belgique (FGTB), président de la Confédération européenne des syndicats (CES), petit-fils d’Auguste Debunne, neveu d’Oscar Debunne.

Georges Debunne, fils de Lucien Debunne (1897-1985), fonctionnaire, est issu d’un milieu socialiste militant.Son grand-père, Auguste Debunne (1872-1972), ouvrier chaisier, pionnier du mouvement socialiste dans l’extrême ouest de la Flandre occidentale, a été bourgmestre de Menin (Menen, pr. Flandre occidentale, arr. Courtrai-Kortrijk) et député de l’arrondissement de Courtrai et son oncle, Oscar (1921-2006), bourgmestre d’Alost (Aalst, pr. Flandre orientale, arr. Alost) et député de l’arrondissement du même nom.

Après avoir terminé ses études secondaires à Menin, Georges Debunne obtient en 1937 son diplôme d’instituteur à l’Institut Charles Buls à Bruxelles. Diplômé de la section française, ce parfait bilingue se présente également devant la section flamande du jury central. Après son service militaire, en 1938, il entame une carrière d’instituteur à l’École moyenne de Hal avant d’être à nouveau mobilisé en 1939.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il tente de rejoindre Dunkerque pour se rendre en Angleterre, Georges Debunne est fait prisonnier après la capitulation de l’armée belge le 28 mai 1940. Il est libéré deux jours plus tard, comme tous les prisonniers flamands, sur ordre d’Hitler. À cette époque, il baigne dans une atmosphère marquée par l’espoir soulevé par les mouvements sociaux et la grève générale de 1936. Le climat d’inquiétude suscité par la montée rexiste et le nationalisme flamand, la déception engendrée par la rupture du gouvernement belge, à laquelle le Parti ouvrier belge (socialiste) participe, avec l’Espagne républicaine, « l’hypocrisie », selon ses mots, de la politique de neutralité affichée par la Belgique et enfin la « vrai guerre » et la « débandade » de la défaite qui l’a suivie sont autant d’étapes de la formation de sa personnalité.
Désigné à son retour à l’Athénée d’Alost, la carrière d’enseignant de Debunne prend fin à la rentrée scolaire de 1942-1943. Pour échapper au travail obligatoire, il vit alors de travaux divers avant d’être employé à la Corporation nationale de l’agriculture et de l’alimentation.

À la Libération, Georges Debunne participe à la fondation d’une section « Ravitaillement » du Syndicat général des services publics en tant que délégué syndical. Poussé par Henri Janssen*, instituteur issu lui aussi de l’Institut Charles Buls, secrétaire général de la Centrale du Personnel enseignant socialiste, devenu pendant la guerre, dirigeant du Syndicat général unifié des services publics (SGUSP), opposé à l’Union des travailleurs manuels et intellectuels (UTMI), le syndicat unique imposé par l’occupant allemand, Georges Debunne devient directeur adjoint chargé du personnel au ministère du Ravitaillement. À la même époque, il est élu secrétaire national du Syndicat général des services publics.

Le poids des communistes, très actifs dans la résistance, au sein des comités de lutte syndicale (CLS), est devenu prépondérant dans les services publics (postes, CGER…). Les socialistes sont à la recherche de sang neuf, exempt de tout soupçon de collaboration. Le jeune Debunne, alors âgé de 26 ans, devient secrétaire national du secteur Ministères dont il est le seul représentant socialiste, aux côtés de trois secrétaires communistes. Le syndicat doit rester, soutient-il, indépendant des partis et singulièrement du Parti communiste. Debunne se range donc du côté de ceux qui combattent l’influence communiste au sein de la Fédération générale du travail de Belgique (FGTB), nouvellement créée. En 1945, il est nommé secrétaire permanent à la Centrale générale des services publics (CGSP) qui unifie en août les différents syndicats des services publics au sein de la FGTB. En 1947, il devient secrétaire général de la CGSP face au candidat communiste, Martial Patigny. La lutte entre socialistes et communistes au sein des organisations est extrêmement dure. Georges Debunne se souvient avoir « cru à certains moments qu’on allait me jeter par la fenêtre » et dit connaître toutes les sorties au « Lion d’or » , établissement où ont lieu les assemblées et meetings. C’est le cas en février 1948 où les militants communistes cherchent à étendre la grève des postiers, dont ils sont à l’origine, à tous les services publics. Debunne, parvient, avec André Genot* et Hervé Brouhon*, à s’opposer à cette tentative. La grève est finalement rejetée parce qu’initiée par un parti politique. À ce moment, le rapport de force entre les deux courants se focalise sur l’acceptation ou le rejet du Plan Marshall. La CGSP l’approuve de manière circonstanciée avant la FGTB, ce qui entraine le rupture avec la Fédération syndicale mondiale (FSM) et l’adhésion à la Confédération internationale des syndicats libres (CISL). La tendance communiste est définitivement marginalisée.

Georges Debunne s’oppose activement au retour du roi Léopold III sur le trône en 1950. Il participe pleinement à l’initiative du président du Parti socialiste belge (PSB), Max Buset, de former une Action commune socialiste (ACS) qui rassemble les organisations du mouvement socialiste (parti, syndicats, mutualité, coopératives). Il en assume bénévolement le secrétariat pour coordonner l’opposition au roi et à ce qu’il signifie. Il participe aux meetings, comme orateur aux côtés de Paul-Henri Spaak*, aux manifestations bruyantes, caractérisées à Bruxelles par l’usage intensif du sifflet, aux côtés notamment de son oncle, Oscar Debunne. Il ne voit pas de contradiction à s’allier avec un parti, au sein duquel il milite, et « l’indépendance syndicale » si le syndicalisme ne se soumet pas aux injonctions du parti. C’est une alliance entre égaux dans un objectif commun.

Georges Debunne siège longtemps au bureau du Parti socialiste belge (PSB), puis, à partir de 1978, à ceux du Parti socialiste (PS) et du Socialistische partij (SP), avec voix consultative. En revanche, il œuvre toujours en faveur de l’incompatibilité entre un mandat syndical dirigeant et un mandat politique, ce que respecte le CGSP, puis la FGTB après la retraite de Louis Major* qui cumule les deux responsabilités. « Les causes et effets des désillusions successives insistent à rester fidèle à « l’indépendance syndicale », mais en même temps à amplifier l’engagement politique » ( (J’ai eu mon mot à dire. Mémoires, Bruxelles, 1988, p. 39).

Dès 1946, « le commissionnement général » établit les principes d’un traitement commun de toutes les catégories de personnel des services publics, des ouvriers aux cadres. En 1955, sous le gouvernement Achille Van Acker (coalition socialiste-libérale), sont introduits la péréquation des pensions (adaptation au coût de la vie), le pécule de vacances et le 13e mois d’allocations familiales. En 1956, Georges Debunne devient président national de la CGSP. Le syndicat prend fermement position en faveur de l’enseignement public et dénonce les avantages concédés à l’enseignement libre catholique par le « Pacte scolaire » de 1958. Debunne y reste personnellement opposé. Alors que la légitimité même du syndicalisme dans les services publics est contestée, il fait de la CGSP un interlocuteur incontournable et une des principales centrales de la FGTB.

En 1960, le syndicat est déchiré face à l’action à mener contre la « Loi unique » du gouvernement. Deux positions s’affrontent au Comité national de la FGTB : la position « modérée » et majoritaire de Dore Smets*, président – flamand – de la Centrale générale (industries diverses), qui se contente de protester contre les mesures d’assainissement budgétaires préconisées par la coalition gouvernementale sociale-chrétienne – libérale, et la position « radicale » et minoritaire d’André Renard, leader liégeois des métallurgistes, qui propose une journée de grève générale. Georges Debunne est déjà au delà des deux motions antagonistes. Il annonce au Comité national de la FGTB que, quelle que soit la décision prise, les agents communaux et provinciaux déclencheront une grève au finish et que celle-ci sera suivie par toute la CGSP. Ainsi débute « la grève du siècle » qui doit paralyser le pays durant cinq semaines, de décembre 1960 à janvier 1961. La CGSP, auparavant dominée par les secteurs jaloux de leur indépendance (cheminots, postiers, enseignants, ministères, communaux…), devient, sous sa conduite, un syndicat fort et cohérent. Debunne, à la tête de la centrale, impose la conclusion, à partir de 1962, des accords de programmation sociale, à savoir une politique des revenus pour l’ensemble des services publics. Il s’intéresse aux lycéens, puis aux étudiants de l’Université libre de Bruxelles (ULB), qu’il rencontre régulièrement. Il pousse à la création d’une section syndicale étudiante, mais se heurte, au sein de la FGTB, aux défenseurs du statut de « cadet », aux jeunes de la FGTB, qui n’a jamais vraiment été une réussite, et à l’université aux Étudiants communistes, plus nombreux et plus actifs (instigués par leurs mentors aînés qui n’ont pas oublié les conflits de l’après guerre) qui privilégient la création d’un syndicalisme étudiant unitaire. Georges Debunne, attentif donc à l’évolution de l’université qui se démocratise (il a travaillé à la création d’un statut du chercheur), devient membre du conseil d’administration de l’ULB à la suite du changement de gouvernance consécutif à mai 1968. Il en démissionne après la création de la VUB, pendant flamand de la vieille université bruxelloise. Il ne peut siéger seulement dans une aile linguistique.

En avril 1968, concrétisant le rôle et l’importance pris par la CGSP sous sa houlette, Georges Debunne est élu secrétaire général de la FGTB, le premier issu d’une centrale non-industrielle. Guy Spitaels*, futur président du Parti socialiste (PS), alors chercheur à l’Institut de sociologie de l’ULB, dresse de lui, dans la page belge du quotidien français Le Monde du 19 avril 1968, le portrait suivant : « Grand, la démarche souple, affichant un calme olympien, on s’étonnerait presque de ne pas l’entendre parler anglais ». Il le décrit en « homme novateur, intéressé aux nouvelles couches sociales, aux cadres comme aux étudiants » et opérant un « changement de style » à la tête du syndicat socialiste par « son souci de cohérence, de vision globale et de réflexion à long terme ».

Le Congrès extraordinaire, dit doctrinal, de la FGTB de 1971 est marqué de l’empreinte de Georges Debunne. Il s’y entoure d’un groupe d’intellectuels parmi lesquels Henri Janne* (ULB), Guy Spitaels*, Arthur Doucy (ULB), Pieter Frantzen (VUB). Willy Schuegens*, secrétaire national de la FGTB, un proche d’André Renard, rédige le rapport principal du congrès sur le contrôle ouvrier. La négociation collective comme expression des conflits par des moyens non violents revêt aux yeux de Debunne une importance primordiale. Pour faire prévaloir les intérêts des travailleurs, le syndicat doit moderniser ses structures, s’équiper de services et de bureaux d’études performants, créer un centre de formation de qualité et ne pas hésiter à s’adresser à la presse pour communiquer régulièrement. Georges Debunne adhère à un « syndicalisme de contrôle » qui négocie et traite des dossiers complexes, mais qui peut aussi, en cas de nécessité, « monter aux barricades ». Ce syndicaliste, acquis à la concertation sociale, qui sera membre du Conseil de régence de la Banque nationale, refuse la dénomination de « partenaires sociaux » au profit de celle d’« interlocuteurs sociaux ». Pendant longtemps, avec son « frère ennemi » de la Confédération des syndicats chrétiens (CSC), Jef Houthuys*, et son « interlocuteur », Raymond Pulinckx, patron de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), il est au premier plan de l’actualité. Il fait de la FGTB une organisation cohérente et un acteur respecté de la société belge.

En 1973, pour juguler l’augmentation du chômage après la crise pétrolière, Georges Debunne, à la tête de la FGTB, fait de l’emploi, une priorité, et de la réduction collective du temps de travail, une condition pour combattre le chômage. Les organisations syndicales obtiennent la convocation d’une Conférence nationale de l’emploi. Elles se heurtent cependant à l’intransigeance patronale qui fait porter sur le coût salarial la responsabilité du chômage. Ce sont les pouvoirs publics qui assument le prix des compromis réalisés : retraites anticipées, emplois pour les jeunes, indemnités pour les licenciements collectifs.

En fait, après avoir joué depuis la fin de la guerre un rôle important à la tête successivement de la CGSP et de la FGTB, après avoir contribué à la mise sur pied et à l’extension d’un modèle social fondé sur la négociation collective des salaires, la généralisation de la sécurité sociale et l’institutionnalisation de la concertation sociale, Georges Debunne est confronté, après les chocs pétroliers de 1973 et de 1979, à la dégradation des rapports de force par la crise et à la persistance du chômage.

Si le pouvoir de négociation syndical reste élevé, les syndicats se trouvent désormais dans une situation défensive. Les négociations se poursuivent dans des commissions paritaires mais elles échouent de 1976 à 1986 sur le plan interprofessionnel, à l’exception de l’accord éphémère de février 1981, réalisé sous la pression du gouvernement social-chrétien - socialiste. La libre négociation des salaires, qui a prévalu précédemment dans un système de relations professionnelles bipartite (syndicats et patronat), repose désormais sur la participation active de l’État comme troisième acteur. Dans ce contexte, la position syndicale consiste davantage à préserver des acquis qu’à élargir le champ revendicatif des salariés. Georges Debunne trouve dans la négociation tripartite un moyen de pression continuel sur le gouvernement. Il n’hésite pas à mobiliser les travailleurs en cas d’échec des négociations. Il s’est trouvé parfois seul à occuper des positions dures sur la scène politique. La défense résolue de l’indexation automatique des salaires, mise en cause par le patronat, lui vaut une réputation d’intransigeance. Il capte même parfois sur sa personne les ressentiments, voire la haine de certains de ses adversaires. Le credo syndical de Georges Debunne repose sur l’autonomie de la FGTB mais aussi sur la nécessité de consolider l’action syndicale par le « Front commun » avec la CSC, tout en la prolongeant sur le plan politique par les partis socialistes pour constituer un véritable contre-pouvoir syndical.

Georges Debunne, partisan d’un syndicalisme interprofessionnel, veille depuis toujours à maintenir l’équilibre entre Wallons, Flamands et Bruxellois au sein de son organisation. En 1974, il travaille à l’accord entre la FGTB et le PSB sur l’article 107 quater de la nouvelle Constitution qui implique des responsabilités économiques et sociales pour les Régions .Tout en adhérant au processus de fédéralisation des structures de l’État, il s’oppose à la scission du mouvement socialiste selon le clivage communautaire. Craignant la division, il ouvre la voie à une adaptation des structures syndicales en reconnaissant les interrégionales wallonne, flamande et bruxelloise et en les invitant à siéger dans les instances nationales. Gardien de l’unité de la FGTB, il déplore la scission en 1978 de l’ancien Parti socialiste belge (PSB) en un PS francophone et un SP (Socialitische partij) néerlandophone. Alors qu’il exerce la présidence de l’Action commune socialiste regroupant partis (PS et SP), syndicat, coopératives et mutualités socialistes, il tente en vain de réunir les deux partis socialistes dans des manifestations communes lors de la célébration du 100e anniversaire de la fondation du Parti ouvrier belge (POB) en 1985. Après cet échec, il regrette « qu’il n’y ait plus d’orientation globale socialiste ».

À la fin du mandat de Georges Debunne à la tête de la FGTB en 1982, l’unité de la FGTB est sauvegardée mais les tensions communautaires rongent le mouvement socialiste et la concertation sociale est en difficulté. En 1988, il publie ses mémoires intitulées J’ai eu mon mot à dire aux Éditions Labor. Non exempt de faiblesses, cet ouvrage est néanmoins très riche sur l’histoire du syndicalisme socialiste d’après guerre, ses relations avec le parti et les relations complexes avec le pouvoir politique et les organisations patronales. Il reste trop peu utilisé dans la littérature contemporaine.

Georges Debunne reporte alors ses espoirs sur le processus de la construction européenne. Il est vice-président de de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) pendant dix ans. Dès l’après guerre, il est un fervent partisan de la construction européenne. Il espère qu’une politique industrielle pourra prendre corps dans la foulée de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), active depuis juillet 1952. Un grand marché européen aurait permis le développement de politiques keynésiennes à l’échelle du continent, rendant possible la perspective d’une Europe sociale. En 1973, Debunne est un des fondateurs de la Confédération européenne des syndicats (CES), dont il sera le président d’avril 1982 à mai 1985. De 1988 à 2003, il cofonde puis préside la Fédération Européenne des retraités et personnes âgées (FERPA). Après 2003, il est nommé président honoraire à vie de cette fédération.

Dans son livre, Les syndicats et l’Europe, paru aux Éditions Labor en 1987, transparaît la profession de foi européenne de Georges Debunne. Le grand marché européen recèle cependant, selon lui, des grands risques de dumping social. C’est pourquoi si la construction européenne est plus que jamais nécessaire, son sort est lié à celui du syndicalisme. La conjugaison du progrès économique et du progrès social ne sera possible que dans un « climat social » favorable à des « consensus sociaux au niveau européen ». Alors, soutient Debunne, l’Europe, porteuse de justice sociale et des droits de l’homme, serait capable d’impulsions nouvelles.

Georges Debunne est également impliqué dans la vie sociale locale, particulièrement dans la gestion et la défense de son quartier, la cité-jardin du Homborch, située au fond d’Uccle (aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale). Cette cité-jardin à la belge a été érigée par la Société (coopérative) brabançonne de logement (SOBRALO) en 1928 et compte 120 logements.

À la fin de sa vie, Georges Debunne est rongé par un terrible sentiment d’échec. Non seulement la gauche n’a pu construire l’Europe sociale, mais l’Europe libérale qui s’est mise en place, a considérablement affaibli le mouvement syndical et la gauche. Le primat de l’économique sur le social et le culte du marché ont fait de la Commission Européenne un instrument au service de la seule logique libérale. Le regard qu’il porte alors sur les orientations européennes est sans complaisance. Dans son livre intitulé À quand l’Europe sociale ?, publié en 2003 aux Éditions Syllepse, il écrit : « La Confédération européenne des syndicats (CES), dans un rapport de forces de moins en moins équilibré, a souscrit des accords et des compromis contestés qui permettent de ramasser quelques petites satisfactions (…) mais qui s’inscrivent dans un système libéral dominé par le capital ». Debunne continue cependant à assumer ses options européennes pour le fédéralisme et la supranationalité qui demeurent, pense-t-il, des conditions nécessaires pour étendre les droits démocratiques et sociaux.

Les réformes que Georges Debunne défend, comme il le dit lui-même, « étaient loin d’être révolutionnaires ». Négociateur redoutable et difficile, il a inspiré le respect à ses partenaires comme à ses adversaires. À la fin de sa vie, dans des rapports de force dégradés, parce qu’il avait « toujours cru à ce qu’il faisait », le syndicaliste, somme toute responsable et modéré qu’il a été, gardera intactes ses facultés d’indignation et symbolisera la résistance au néo-libéralisme.

En 2001, Georges Debunne est terrassé par une hémorragie cérébrale qui le prive de sa capacité d’expression et de la possibilité de marcher. Il garde sa lucidité et consacre ses dernières forces à lutter pour une Europe sociale qui, à ses yeux, se trouve hypothéquée par le projet de constitution et ensuite par le traité de Lisbonne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article221680, notice DEBUNNE Georges. par Mateo Alaluf, version mise en ligne le 2 janvier 2020, dernière modification le 20 août 2020.

Par Mateo Alaluf

ŒUVRE : Les syndicats et l’Europe, Bruxelles, Éditions Labor, Bruxelles, 1987 – J’ai eu mon mot à dire. Mémoires, Bruxelles, Éditions Labor, 1988 – À quand l’Europe sociale ?, Paris, Éditions Syllepse, 2003.

SOURCES : Université libre de Bruxelles, Institut Marcel Liebman, Papiers Georges Debunne » – CGSP-ACOD, 1945-1995, Bruxelles, Régionale CGSP Bruxelles, 1995 – ALALUF M., « Debunne Georges », dans Nouvelle biographie nationale, vol. 12, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2014.

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