LAPLACE

Par Gérard Leidet

Instituteur dans les Bouches-du-Rhône, militant de la FSMEL puis conseiller départemental du syndicat unitaire de l’enseignement (FUE-CGTU), entre 1926 et 1929.

Laplace, instituteur à Marseille, était au début des années 1920, membre du bureau du syndicat des membres de l’Enseignement des Bouches-du-Rhône. Ce syndicat était issu de l’ancienne Fédération nationale des syndicats d’instituteurs (FNSI), créée en 1905. Après la guerre, la FNSI, désormais ouverte à tous les degrés de l’enseignement, se transforma en Fédération des syndicats des membres de l’enseignement laïque (FSMEL) lors du congrès fédéral de Tours tenu en août 1919.

Le 1er mai 1920, Laplace fit partie, avec Ismaël Audoye (révoqué pour avoir fait grève ce jour-là), et J. Chauvet, des instituteurs chômeurs marseillais ; il fut déplacé d’office. Il ne retrouvera son ancien poste qu’en...1932, alimentant ainsi, plusieurs années durant, la rubrique paraissant régulièrement dans l’Ecole Emancipée, « Le gouvernement contre le personnel enseignant »…

Dans les Bouches-du-Rhône, la fusion entre amicales et syndicats d’instituteurs n’était pas effective. Ismaël Audoye et ses camarades de l’ancienne FNSI réussirent à convaincre les dirigeants de la section du Syndicat national (SN) de constituer avec eux un "syndicat général" unique et autonome qui vit le jour en juin 1922. Il ne s’agissait pas à proprement parler d’une fusion : les deux organisations constitutives de ce nouveau "groupement" continuaient d’exister en tant que telles et restaient affiliées à leur organisme central en attendant la fusion des deux Fédérations nationales. Or, Laplace et son camarade J. Chauvet « anti-fusionnistes » déclarés, continuaient à s’opposer à ces initiatives. Laplace jugeait sévèrement ce syndicat général qui avait, « avec légèreté » pensait-il, organisé une fête avec le concours des inspecteurs primaires du département et de l’inspecteur d’académie Mr. Pessemesse, celui-là même qui avait révoqué Ismaël Audoye, et déplacé d’office les enseignants chômeurs du 1er mai 1920 (il était l’un deux) ! Ce banquet où, " Comme aux beaux jours de l’Amicale, [selon les mots de Laplace], plastronnait l’Inspecteur d’académie », réunissait 64 couverts (dont 18 invités officiels).

Lors des élections au Conseil départemental de 1922, J. Chauvet, non candidat, fut élu par 252 voix contre 242 au candidat du "syndicat général de l’enseignement " (SGE). Cette élection, si elle fut considérée par beaucoup de syndicalistes enseignants comme une manifestation contre la fusion, ne fut pour d’autres (les dirigeants du SN notamment) qu’une "manifestation de sympathie personnelle" envers le militant. Pour faire preuve de clarté, J. Chauvet démissionna, et Laplace, présenté par le " Comité d’action et de défense syndicale", qui avait pour mission de faire revivre le syndicat de l’enseignement fédéré (affilié à la CGTU en avril 1922), obtint alors 180 voix, tandis que le "fusionniste" Arnaud était élu par 237 voix sur 440 votants. Cependant, Laplace devançait ce dernier à Marseille avec 139 suffrages (contre 110 voix pour Arnaud ). Ces résultats obtenus, malgré l’influence toujours importante à Marseille d’Ismaël Audoye, furent considérés comme "encourageants" par le bureau de la Fédération unitaire de l’enseignement (FUE).

Le 28 juin 1922, à la suite de plusieurs refus du bureau de réunir les adhérents de "l’ancien syndicat", Laplace, J. Chauvet, et leurs amis « anti-fusionnistes » convoquèrent à Marseille une réunion à laquelle assistèrent Joseph Baldacci, instituteur-syndicaliste de la Loire, et Léon Soulinhac, instituteur, militant alors à Lyon. Malgré les protestations d’Audoye qui invitait les syndiqués à ne pas se rendre à cette assemblée, dénonçant les procédés du Bureau fédéral "inspirées de pratiques politiciennes", malgré les oppositions analogues de l’Union locale d’Unité, du cartel des services publics, et même de l’Union départementale unitaire, cette réunion, présidée par J. Chauvet, se tint quand même devant un public assez nombreux. Selon Laplace et J. Chauvet, elle apportait la démonstration qu’il s’agissait bien, à Marseille, d’une fusion opérée au détriment de l’ancien syndicat et du syndicalisme lui même : « Elle a eu pour effet une scission chez nous en provoquant le départ de camarades qui [voulaient] faire partie de notre fédération [la FSMEL] sans être obligés d’adhérer au syndicat général". Joseph Baldacci et Léon Soulinhac pensèrent que cette situation de « semi-fusion », ou fusion provisoire, ne pouvait se prolonger. En conclusion de leur rapport ils écrivirent : « Le congrès de Brest devra y mettre fin. Le bureau fédéral demandera au congrès de se prononcer contre la fusion, l’expérience des Bouches-du-Rhône ne pouvant qu’apporter des arguments de fait aux arguments théoriques déjà donnés…".

Candidat avec J. Chauvet au conseil départemental (CD) au nom du syndicat des membres de l’Enseignement laïque (SMEL-CGTU), Laplace fut élu en 1926 avec 330 voix ; en compagnie de J. Chauvet (382 voix). Les deux autres conseillers départementaux, issus du syndicat national (CGT) étaient deux militantes, Mme Leschi (651 voix), institutrice à Cassis, et Marthe Rigaud (640 voix). Selon Armand Bernard, secrétaire adjoint du SN des Bouches-du-Rhône, le relatif succès (deux élus sur quatre) du syndicat de l’enseignement laïque s’expliquait par le fait que ce syndicat avait choisi comme candidats, deux vieux militants connus de tous et jouissant de beaucoup de sympathie après d’un grand nombre de camarades, ajoutant par ailleurs : "Chauvet et Laplace nous ont affirmé qu’ils seraient les élus de tous sans distinction de tendances. Nous leur faisons confiance ; leur sincérité ne fait aucun doute. Qu’ils comptent sur nous, comme nous comptons sur eux, pour faire triompher nos revendications.".

Laplace et Chauvet ne se représentèrent pas aux élections au CD du 23 avril 1929.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article221719, notice LAPLACE par Gérard Leidet, version mise en ligne le 3 janvier 2020, dernière modification le 3 janvier 2020.

Par Gérard Leidet

« Bulletin fédéral » de la FSMEL, n°189, du 5 juillet 1923. – F . Bernard, L. Bouet, M. Dommanget, G. Serret, Le Syndicalisme dans l’enseignement t. 1, et t.2, coll."Documents" de l’IEP de Grenoble. — Loïc Le Bars, La Fédération unitaire de l’enseignement (1919-1935) : Aux origines du syndicalisme enseignant,, Ed. Syllepse, 2005. – « Bulletin mensuel de la section des Bouches-du-Rhône » de mars-avril 1926 (Syndicat national des institutrices et et instituteurs publics de France et des colonies.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément