RATSIRAKA Didier

Par Tiana Tatiana Deyrius

Né en 1936 à Vatomandry (Madagascar) ; officier de marine de formation ; époux de Céline Velonjara (1961) ; père de quatre enfants ; Attaché militaire à l’ambassade de Madagascar à Paris (1970 – 1972) ; Ministre des Affaires étrangères sous la Transition (1972 – 1975) ; fondateur du parti AREMA ; Président de la Deuxième République de Madagascar (1975 – 1991) ; deuxième Président de la Troisième République (1997 – 2002) ; surnommé « l’Amiral rouge ».

Didier Ratsiraka est né le 4 novembre 1936 à Vatomandry, sur la côte Est de Madagascar. Fils d’un agent de l’administration coloniale, il fait partie d’une fratrie de dix enfants. Après des études primaires à l’école Saint-Joseph de Toamasina, il poursuit son cycle secondaire au Lycée Saint-Michel d’Antananarivo.

Il jouit, par la suite, de la possibilité de poursuivre ses études à l’extérieur, quitte la Grande Ile en janvier 1955 et intègre le lycée Henri IV à Paris. S’orientant vers la carrière militaire, il est admis dans la renommée Ecole Navale de Brest Finistère. Même si sa formation militaire constitue sa priorité, cela ne l’empêche pas de s’engager politiquement. Son séjour en France joue un rôle majeur dans sa construction idéologique : il est membre de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), une organisation estudiantine de gauche. Par ailleurs, il se tient continuellement au courant de l’actualité internationale notamment en s’abonnant au Monde Diplomatique dont la ligne éditoriale est très tiersmondiste. Plusieurs personnalités politiques internationales de cette époque l’ont marqué et ont modelé ses idées, entre autres le général De Gaulle, puis des personnalités du « Sud » comme Nasser, Gandhi, Nehru, Sékou Touré, Boumédiène.

La seule fonction politique qu’on connaît de Didier Ratsiraka avant qu’il occupe le poste de Ministre des Affaires étrangères est sa nomination en tant qu’Attaché militaire à l’ambassade de Madagascar à Paris en 1970. Cette même année, il entame des études à l’Ecole Supérieure de guerre navale, un cursus qui lui permettra de connaître et de vivre une des périodes les plus exaltantes du Tiers-Monde en général et du continent africain en particulier. Mais cet homme politique est avant tout un fin stratège. Il se fait remarquer dès la période transitoire de 1972 à 1975 établie après la chute du régime Tsiranana où, en tant que Ministre des Affaires étrangères, il s’illustre lors des renégociations des Accords de Coopération avec la France et par l’établissement d’une diplomatie « tous azimuts », en s’orientant davantage vers les pays du bloc de l’Est. Il est également le premier Malgache à représenter la Grande Ile lors du sommet des pays non alignés à Alger en 1973. Dès cette période, il s’est construit une image de leader et de défenseur des peuples opprimés face à la pression des grandes puissances. C’est ainsi qu’il rompt les relations diplomatiques de Madagascar avec l’Afrique du Sud à cause de l’Apartheid, avec Israël pour son non-respect de la résolution 242 du Conseil de Sécurité de 1967 et son occupation de la Palestine. Dans les Assemblées des Organisations internationales, particulièrement le groupe des 77 qui réunit des pays en voie de développement, il se distingue par ses propos acerbes concernant, par exemple, la question du Moyen-Orient, les pays encore colonisés de l’Afrique australe. Il fait partie des premiers Chefs d’Etat à reconnaître la République arabe sahraouie démocratique (RASD). C’est pour une grande part Didier Ratsiraka qui redonne à la Grande Ile la possibilité de prendre une part active en Afrique et dans le monde. Sur le plan économique, le retrait de la Grande Ile de la zone franc lui vaut une immense popularité dans le pays. Mais sa détermination et sa volonté d’affirmer une identité propre et indépendante ne lui ont pas fait que des amis. Il s’attire la méfiance de nombreux hommes politiques, surtout occidentaux, à l’exemple de Jacques Foccart, le secrétaire général de l’Elysée aux Affaires africaines et malgaches de 1960 à 1974, qui le surnommait « le rusé ».

Après l’assassinat du Chef de l’Etat, le Colonel Richard Ratsimandrava le 11 février 1975, un Directoire militaire est mis en place, Didier Ratsiraka en est l’un des membres. Fort de ses réussites lorsqu’il était Ministre des Affaires étrangères , il s’impose rapidement au sein du Directoire et apparait comme le « seul homme politique expérimenté pouvant prétendre avoir le soutien populaire et une réputation nationale et, de ce fait, celui capable de reprendre en main les destinées du pays (CHAIGNEAU P., p.100). Le 15 juin 1975, les membres du Directoire militaire le désignent par 16 voix sur 18, Président du Conseil suprême de la Révolution et en même temps Chef de l’Etat. Voulant « l’onction du peuple » selon ses propres termes, il remet en jeu son mandat qui devait courir sur cinq ans en soumettant son projet de Constitution et son programme à consultation nationale. Ainsi se tient le 21 décembre 1975 le référendum par lequel les Malgaches sont appelés à aller aux urnes pour valider la Constitution de la Deuxième République, le « Livre Rouge » comme projet de société et enfin Didier Ratsiraka comme Président de ladite République. La proposition est approuvée à 94,66% des suffrages exprimés. Un esprit presque général de confiance se manifeste un peu partout, en ville comme en brousse, envers le nouveau chef d’Etat. Jugé très à la hauteur de sa nouvelle fonction, il fait même l’objet d’une véritable adulation. Avec la promesse du paradis socialiste développé dans la Charte de la Révolution socialiste malagasy, on le considère comme le « Messie » venu délivré la population de la misère.

Au début de son mandat, il épouse l’idéologie socialiste. Mais dès le début des années 1980, il est confronté à un désenchantement populaire croissant occasionné par la détérioration du niveau de vie, engendrée par des mesures économiques radicales mais peu productives. Malgré sa victoire à la présidentielle du 12 mars 1989 pour un troisième mandat, Didier Ratsiraka est renversé du pouvoir suite à un mouvement populaire en 1991. Exilé à Paris, il fait profil bas jusqu’en 1996, année où il retourne au pays pour se porter candidat aux présidentielles de 1996 avec comme principal adversaire le Professeur Zafy Albert. Ayant remporté cette consultation électorale, il réoccupe le poste de Chef de l’Etat jusqu’en 2002, où il est de nouveau évincé du pouvoir par son adversaire, au scrutin présidentiel de décembre de la même année , Marc Ravalomanana. Il reprend les routes de l’exil en France et ne revient au pays qu’en 2009. Habitant actuellement la capitale, il ne fait plus que de rares apparitions publiques qui se résument surtout à assister à des événements officiels comme durant des défilés militaires à Mahamasina lors de la célébration de la fête nationale, le 26 juin ou encore des interviews données à la presse.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article221804, notice RATSIRAKA Didier par Tiana Tatiana Deyrius, version mise en ligne le 6 janvier 2020, dernière modification le 6 janvier 2020.

Par Tiana Tatiana Deyrius

Sources et bibliographie
BIBLIOGRAPHIE
CHAIGNEAU P., Rivalités politiques et socialisme à Madagascar, Paris, CHEAM, 1985, 263p.
LAVRARD-MEYER C., Didier Ratsiraka. Transition démocratique et pauvreté à Madagascar, Paris, Karthala, 2015, 613p.
LES SOURCES
Les sources écrites :
-  Archives de la République de Madagascar : D3 100 : Discours du PRDM
-  Articles tirés du journal Atrika et de Madagascar Matin.
Les sources orales :
Entretien avec :
-  Annick Ratsiraka, fille du président
-  Oliva Razaka, journaliste
-  Raymond Ranjeva, juriste international et Président de l’Académie malgache
Les sources iconographiques
-  Quelques photographies de Didier Ratsiraka avec ses « compagnons de lutte ».

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