TSIRANANA Philibert

Par Tiana Tatiana Deyrius

Né en 1912 à Anahidrano dans le district d’Antsohihy (Madagascar) ; instituteur de formation ; époux de Justine Kalotody (1932) ; père de huit enfants ; fondateur du Parti Social-Démocrate (PSD) ; Premier président de Madagascar (1958 – 1972) ; surnommé « le Père de l’indépendance ».

Officiellement, Philibert Tsiranana est né le 28 octobre 1912 à Anahidrano dans le district d’Antsohihy. Certains ouvrages indiquent qu’il serait, en réalité, âgé de quelques années de plus mais qu’il a été « rajeuni » pour pouvoir entrer à l’école primaire après le décès de son frère aîné. Il entame des études primaires à l’école d’Anjiamangirana situé à vingt-cinq kilomètres de son village natal. Sa vive intelligence ayant été remarquée, il est orienté vers des études plus poussées. Il concourt alors pour entrer à l’Ecole Régionale d’Analalava en 1926. Il y est admis à la huitième place sur vingt-cinq. S’imposant rapidement à la tête de la classe, il est appelé en 1930, à suivre les cours de la « Section normale » de l’Ecole « Le Myre de Vilers » de Tananarive, considérée comme la pépinière des futurs cadres de l’administration malgache. Il en sort major de sa promotion avec le diplôme « officiel » d’Instituteur à l’âge de vingt-deux ans. Il retourne alors dans sa région natale où il enseigne durant dix ans. En 1942, il s’oriente vers le professorat en suivant un cours de perfectionnement à Tananarive. En 1945, Philibert Tsiranana passe avec succès le concours du cadre des Professeurs Assistants et retrouve l’Ecole Normale Le Myre de Vilers.

Dans le domaine politique, cette période de l’après-guerre est marquée par une ambiance survoltée suite à une certaine rénovation du système colonial accordant une plus large liberté aux colonisés. Les activités déployées par les députés Joseph Raseta et Joseph Ravoahangy ne laissent guère indifférent Philibert Tsiranana. En janvier 1946, sous l’influence de l’instituteur français Georges Condaminas et certainement aussi de son mentor, le nationaliste tsimihety Paul Ralaivoavy, il effectue ses premiers pas en politique en adhérant au GEC (Groupe d’Etudes Communistes de Madagascar) et assiste aux réunions organisées par les communisants de la capitale. Au sein du Groupe, il assure les fonctions de trésorier adjoint au niveau de la section indigène. Mais sa participation aux travaux du GEC est de courte durée puisqu’il le quitte dès avril 1946. Il dira de cette expérience « avoir appris beaucoup de choses, notamment, toutes les ruses des communistes… gens terribles et dangereux ». En juin de la même année, il est de ceux qui fondent le Parti des Déshérités de Madagascar (PADESM), présidé alors par Ramambason. Membre du Comité d’Administration du Parti, il refuse toutefois, le mois suivant, d’en être le Secrétaire Général en raison de son proche départ pour la France où il doit effectuer un stage professionnel à l’Ecole Normale de Montpellier. Bénéficiant d’une bourse d’études, Philibert Tsiranana quitte donc Madagascar le 2 novembre 1946. Son départ pour la Métropole ne l’empêche pas de poursuivre ses activités politiques. Il adhère à la SFIO dont l’idéologie de socialisme modéré l’attire par sa similitude philosophique avec les conceptions du paysan malgache, selon sa vision. En octobre 1949, il est l’un des fondateurs de l’Association des Etudiants Malgaches Côtiers (AEMC) issue d’une scission de l’Association des Etudiants d’Origine Malgache (AEOM). Il en assure la présidence jusqu’en 1950, année de son retour dans la Grande Ile. Riche de son expérience en France, il sillonne sa région à la rencontre de la population, prend ses distances vis-à-vis des dirigeants du PADESM qu’il trouve « trop soumis à l’administration ». Il ne cache pas son intention de réorganiser les structures du Parti dont il envisage d’ailleurs de changer le nom.

L’ascension politique de Philibert Tsiranana à son retour à Madagascar s’effectue très progressivement. Le 30 mars 1952, il est élu Conseiller provincial dans la 3ème Circonscription de Majunga, puis Conseiller à l’Assemblée Représentative malgache. Mais l’homme aspire à un mandat national, plus précisément à la députation. Après quelques échecs électoraux, son souhait se concrétise lors des législatives du 2 janvier 1956. Faisant ainsi partie des trois députés représentant Madagascar à l’Assemblée Nationale française, il militera en faveur de l’autonomie tout en maintenant des rapports étroits avec l’ancienne métropole, position qui ne manque pas, bien évidemment, de séduire les autorités coloniales. C’est ainsi qu’en 1957, il accède à la vice-présidence du Conseil du Gouvernement. En octobre de l’année suivante, il est chargé d’assurer avec le Haut-Commissaire, André Soucadaux, la coordination générale des activités du territoire. Il fait adopter par le Congrès des Assemblées Provinciales, la Loi Constitutionnelle n°1 à la suite de laquelle il est désigné comme Président du Gouvernement provisoire de la République malgache. Le 1er mai 1959, par 113 voix sur 114, il est proclamé solennellement par le Parlement Malgache premier Président de la République Malgache. En vertu de la Constitution, il est en même temps Chef du Gouvernement. Fidèle à sa position antérieure, il maintient des relations privilégiées avec l’ancienne Métropole, ce qui lui vaut de nombreuses critiques de la part de ses adversaires politiques.

Taxé de néocolonialiste, le régime Tsiranana connaît une chute brutale suite à des mouvements de contestation, en avril 1971 et en mai 1972.
Après son éviction à la tête du pays et son état de santé affaibli, Philibert Tsiranana se retire de la vie politique. Le 14 avril 1978, il est admis en urgence à l’hôpital Befelatanana où il rendra l’âme, deux jours plus tard. Suivant ses dernières volontés, il a été inhumé à Andengondroy face à la Résidence présidentielle, non loin de son village natal.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article221805, notice TSIRANANA Philibert par Tiana Tatiana Deyrius, version mise en ligne le 6 janvier 2020, dernière modification le 6 janvier 2020.

Par Tiana Tatiana Deyrius

Oeuvres :
TSIRANANA P., Le cahier bleu – Pensées, Souvenirs, Tananarive, Imprimerie Nationale, 1971, 100 p.

BIBLIOGRAPHIE
-  SAURA A., Philibert Tsiranana (1910-1978), Premier président de la République de Madagascar, Tome 1 : A l’ombre de de Gaulle, Paris, L’Harmattan, 2012, 382 p.
-  SAURA A., Philibert Tsiranana (1910-1978), Premier président de la République de Madagascar, Tome 2 : Le crépuscule du pouvoir, Paris, L’Harmattan, 2014, 345 p.
-  LES SOURCES
Les sources écrites
-  Discours d’ouverture prononcé le 9 septembre 1963 à Tananarive aux journées internationales socialistes par le camarade Philibert Tsiranana, Président de la République, Fondateur du PSD, Tananarive, Imprimerie Nationale, 1964, 16 p.
-  Repobolika Malagasy, Annuaire national, Editions Société les 4 points cardinaux, Paris, 1968, 313p.
Les sources orales
-  Entretien avec Eliana Bezaza, petite-fille du président Philibert Tsiranana
-  Entretien avec Raymond Ranjeva, juriste international et Président de l’Académie malgache.

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