LACHAMBEAUDIE Pierre, Casimir, Hippolyte

Né à Montignac (Dordogne) le 16 décembre 1806 ; mort à Brunoy (Seine-et-Oise) le 7 juillet 1872 ; poète socialiste.

Il avait déjà fait de bonnes études lorsque son père le mit en 1823 au séminaire de Sarlat. Il en fut expulsé au bout de quelque temps, à cause de sa négligence à se confesser et pour avoir composé une comédie en vers et une chanson bachique. Ayant terminé sa philosophie au collège de Brive (Corrèze), il tira au sort en 1827 et eut la chance d’amener un bon numéro. Il aurait été condamné en 1829, à Nontron, à trois mois de prison pour violences à des fonctionnaires.

Après une longue suite de pérégrinations, il était employé au chemin de fer de Roanne à Saint-Étienne, lorsque survint la révolution de 1830. Il fit alors des chansons patriotiques, puis prit à Lyon, en 1832, l’habit saint-simonien. Il arriva à Paris en 1833. Après quelques mois passés comme surveillant dans une pension, il la quitta, écœuré et malade, pour entrer à l’hôpital — il aurait fait deux séjours à Bicêtre pour aliénation mentale — dont il sortit privé de tous moyens d’existence. Il logea, à trois sous par nuit, dans un garni de la rue de la Petite-Truanderie, et trouva enfin une place de découpeur à l’emporte-pièce chez un fabricant de fleurs artificielles. Il entra en relations avec les fouriéristes conservateurs du Nouveau Monde (voir Czynski Jean).

En 1839, Mme Gatti de Gamond, qui tenait une librairie phalanstérienne, fit paraître à ses frais une première édition de ses Fables. Elles avaient été déjà, en partie, insérées dans Le Charivari. Cette édition fut suivie d’un grand nombre d’autres. C’est très injustement que ces fables sont oubliées aujourd’hui. Certaines sont charmantes, elles sont toutes très originales. La morale qui y transparaît souvent est d’inspiration socialiste.

Lachambeaudie se maria en 1841 avec une femme aussi pauvre que lui. Elle mourut en 1851, lui laissant un garçon et une fille. En 1844, il bénéficia avec Pierre Dupont du revenu annuel du legs Maillé de La-Tour-Landry, et, peu après, à la suite de la quatrième édition de ses Fables chez Perrotin, il reçut de l’Académie une médaille et la somme de deux mille francs.

1848, avec ses clubs, ses banquets, ses concerts et ses goguettes, vit grandir encore la réputation populaire du fabuliste qui était aussi chansonnier à l’occasion.
C’est alors qu’il écrivit Ne criez plus : « À bas les communistes ! » :
Quoi ! désormais tout penseur est suspect !
Pourquoi ces cris et cette rage impie ?
N’avons-nous pas chacun notre utopie
Qui de chacun mérite le respect ?
Ah ! combattez vos penchants égoïstes
Par les élans de la fraternité ;
Au nom de l’ordre et de la liberté,
Ne criez plus : « À bas les communistes ! »
Pour qui ces mots seraient-ils odieux :Égalité, Communisme, Espérance,
Quand chaque jour de l’horizon s’élance
Pour tout vivant un soleil radieux !
Ah ! croyez-moi, les cruels anarchistes
Ne sont pas ceux que vous persécutez ;
O vous surtout, pauvres déshérités,
Ne criez plus : « À bas les communistes ! »
Quand des chrétiens, réunis au saint lieu,
S’agenouillait la famille pressée,
Communiant dans la même pensée,
Grands et petits s’écriaient : Gloire à Dieu !
Frères, le ciel ouvre aux socialistes
Sa nef d’azur pour des rites nouveaux.
Pas d’intérêt, pas de cultes rivaux :
Ne criez plus : « À bas les communistes ! »

Membre de la Société républicaine centrale dirigée par Blanqui et de la loge La Rose du Parfait Silence, Lachambeaudie fut arrêté après les Journées de Juin 1848, à cause de son amitié pour Blanqui et pour les communistes, et ne dut son élargissement qu’à l’intervention de Béranger, à qui il avait inspiré une affection sincère.
Très tôt, il s’inquiéta des progrès de la propagande bonapartiste dans les rangs du peuple, puisque, pour la combattre, il envoya de Paris une lettre que publia Le Républicain de la Dordogne, du 21 juillet 1848. Cette lettre était une fable, où le peuple était comparé au Petit Poucet qui s’enfonce et tombe dans les bottes de son père. L’auteur en tirait la morale suivante :
« Vous voulez exhumer Napoléon le Grand,
Poucets impériaux de l’aigle conquérant.
Laissez dormir en paix les glorieux trophées,
Respectez la sandale et ne l’essayez pas.
Une chute terrible attend vos premiers pas,
Car il n’est plus, le temps des géants et des fées. »

Le coup d’État du 2 décembre 1851 le replongea donc dans les casernes du fort d’Ivry. Béranger fit encore des démarches en sa faveur, mais Lachambeaudie voulut partager le sort des autres condamnés. C’est ainsi qu’avec eux il partit pour Le Havre afin d’être embarqué pour Cayenne. Cependant, inscrit sur la liste des exilés grâce à l’infatigable sollicitude de Béranger, il se retrouva à Bruxelles. Au mois d’août 1856, Béranger obtint enfin le retour du banni.
Lachambeaudie vint à Paris, puis habita six ans le village de Villemomble (Seine). Revenu de nouveau dans la capitale, après quatorze ans de veuvage il épousa, le 16 octobre 1865, Mme Veuve Labarre, née Barjot Étiennette, la jeune fille qu’en 1831 il adorait timidement sous le pseudonyme de Stéphania. Dès lors, il fut affranchi de tout souci matériel.

Après la chute de l’Empire, il appartint à la rédaction du journal blanquiste La Patrie en danger, 7 septembre-8 décembre 1870.
Sous la Commune de Paris, comme franc-maçon, il participa, aux côtés de certains compagnons parisiens — voir Cabanié dit Carcassonne-l’Ami-des-Arts — à la manifestation du 29 avril 1871 en faveur de la Commune de Paris et contresigna l’appel du 5 mai — voir Thirifocq Eugène.

Il fut enterré civilement selon sa volonté. Un an plus tard, ses restes furent transférés au Père-Lachaise.
Lachambeaudie avait entretenu des relations d’amitié avec Victor Hugo, Béranger, Blanqui, Michelet, Lamennais, Pierre Leroux, George Sand, Scribe, Jacques Arago, etc... Il avait été membre de la Lice chansonnière.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article221866, notice LACHAMBEAUDIE Pierre, Casimir, Hippolyte, version mise en ligne le 8 janvier 2020, dernière modification le 5 février 2020.

OEUVRES : Fables de P. Lachambeaudie. Poésies diverses, 15e édition. Pagnerre, libraire-éditeur, Paris, 1862. — Fleurs d’exil, Bruxelles, 1853. — Prose et Vers, Paris, 1867 (dans la préface on trouve des éléments autobiographiques).

SOURCES : Arch. PPo., B a/1134. — Arch. Min. Guerre, A 3811 et B 833. — Proudhon, Confessions d’un Révolutionnaire, éd. Rivière, p. 379 ; De la Justice dans la Révolution et dans l’Église, ibid., t. IV, p. 233. — La Lice chansonnière, 39e année. XIXe vol. L. Vieillot, éditeur de librairie et de musique, Paris, 1872. (Article nécrologique et biographie par Jules Janin). — G. Rocal, 1848 en Dordogne, Paris 1933. — La Chanson française. Le Pamphlet du pauvre (1834-1851), Introduction et notes par Pierre Brochon, Éditions sociales, Paris, 1957.

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