ALLANIC Jean-René, Augustin

Par Jean-Yves Guengant

Né le 18 octobre 1805 (26 vendémiaire an XIV) à Vannes (Morbihan), mort le 12 août 1899 à Brest (Finistère)  ; professeur de philosophie, fouriériste militant au groupe brestois, dirigea la Société d’émulation de Brest pendant cinquante ans.

Jean-René Allanic, fils d’un cordonnier puis « surveillant de routes » (Jean-François Allanic) qui fut proche des cercles républicains de Vannes. Ses protecteurs lui permirent de préparer le baccalauréat es-sciences, puis de faire des études littéraires au collège de Vannes où il fut maitre au pair, assurant à la fois ses études et la surveillance des élèves. Il eut sous sa surveillance le jeune Jules Simon, et une solide amitié se forgea entre eux. Un troisième collégien, Gabriel-Ernest Gallerand, né en 1814 comme Jules Simon, fut l’ami de Jules Simon. Gallerand fit également des études de lettres et retrouva Allanic comme collègue au collège de Brest.

En 1831, Jean-René Allanic fut nommé à Dinan. Il y rencontra Jules Michelet, lors de son voyage en Bretagne, les deux hommes entretiendront une correspondance. Il fit la connaissance d’Élisa Louise Hardy, née à Crozon en 1806, alors qu’il était professeur de rhétorique (classe de première) au collège de Saint-Pol-de-Léon. Ils se marièrent le 28 avril 1832. À la rentrée scolaire de1836, il rejoignit Brest et la pension Goëz, qui préparait les jeunes finistériens aux études universitaires et aux concours de l’armée et de l’administration. Il y enseigna la philosophie et les sciences. Trois ans plus tard, la pension devint collège municipal, puis lycée d’État en 1848. Après une tentative peu fructueuse d’exercer le poste de sous-principal, il fut jugé meilleur professeur que directeur. Pendant 32 ans, Jean-René Allanic fut le professeur de philosophie de l’établissement. Devenu agrégé de philosophie, il était très scrupuleux et soucieux de ses élèves, il montrait cependant une certaine froideur et de la susceptibilité. Il fut jugé routinier par ses supérieurs, ne faisant pas suffisamment lire à ses élèves. Il fut admis à la retraite en 1872, il était très respecté par ses élèves et par la population brestoise.

Dès son arrivée à Brest, il participa à la création de la Revue du Finistère (mars 1837), une revue culturelle, issue de la Société brestoise d’études diverses et de la Société polymathique de Vannes, publiant articles consacrés à la Bretagne et sa culture ainsi que des poèmes. C’était un lieu de rencontre d’intellectuels bretons. Il y rencontra Édouard de Pompéry, qui publia des articles à la gloire de Charles Fourier et initia Allanic aux théories fouriéristes. Il le suivit dans la création d’un groupe de l’Union harmonienne, dont le journal était le Nouveau Monde, qui renseigne régulièrement ses lecteurs des activités du groupe brestois. Ce dernier avait pour lieu de rencontre une librairie, tenue par Marie-Jeanne Cuzent, née Aubrée, qui diffusait le Nouveau Monde et les brochures de la Librairie sociale. Allanic était le correspondant de l’Union harmonienne sur Brest.

Le 3 octobre 1838, il rejoignit la loge maçonnique des Élus de Sully, sans doute à l’initiative d’un franc-maçon fouriériste. Cependant après quelques années, il ne participait plus aux travaux : il n’apparait pas en 1855, sur le tableau des refondateurs de la loge sous le nom d’Amis de Sully. Son action fut décisive dans la décision de la loge d’étudier les théories de Fourier et dans l’invitation faite à Édouard de Pompéry à présenter un cycle de conférences sur le mouvement phalanstérien. La loge voulut d’ailleurs se faire appeler « Les Élus de Sully et de Fourier », nom qui fut refusé par le Grand Orient.

En 1839, Jean-René Allanic adhéra à la Société d’émulation de Brest, qui s’occupait notamment « de répandre l’instruction en ouvrant des cours gratuits », sous la forme de cours industriels pour les ouvriers, portant sur la lecture et l’écriture, la grammaire, la géométrie, le dessin, l’arithmétique et la mécanique appliquée. La société disposait d’une bibliothèque à disposition de ses membres et des « ouvriers méritants ».

En 1845, la société d’émulation travailla sur les moyens nécessaires pour éteindre, ou atténuer la mendicité, particulièrement dans le Finistère. Allanic reçut le deuxième prix du concours pour son travail qui préconisait des moyens de lutter contre l’indigence, première cause de la mendicité. Sa réputation et sa notoriété l’amenèrent à assumer la présidence de l’association en 1849 jusqu’à sa mort en 1899.
En 1858, il fut un membre fondateur de la Société académique de Brest. Officier de l’instruction public puis chevalier de la légion d’honneur, il organisa les cours d’adultes qui sont en 1865 « en pleine vigueur et rendent des services réels à la classe ouvrière », comme le souligne l’Inspecteur général de philosophie.
Ses opinions fouriéristes lui causèrent des ennuis avec sa hiérarchie. L’Aumonier du collège, l’abbé Cuzon, le dénonça au recteur d’académie et à l’évêque de Quimper, Mgr Graveran. En 1841, Cuzon lui écrivit qu’Allanic et son ami, Gabriel Gallerand, le régent de rhétorique du lycée, « « ont foi surtout en Victor Considérant… Figurez-vous, Monseigneur, les loups et l’agneau, mais cette fois l’agneau est resté triomphant. Ils sont sortis de chez moi en me jurant qu’ils n’admettraient pas de Fourier ce qui était contraire au dogme catholique. » (31 mars 1841, à Mgr. Graveran, évêque de Quimper).
Au collège se constitua progressivement un groupe favorable aux idées fouriéristes, autour de Jean-René Allanic, le professeur de philosophie, et de Gallerand, professeur de rhétorique, Auguste Levot, professeur de lettres, l’économe Eugène-Aristide Contant, dont le frère Etienne était phalanstérien depuis 1836. En 1846, ils reçurent le renfort de Thomas-Edward Balcam et Julien Chassevant, futur membre de la colonie fouriériste de Condé-sur-Vesgre, tous deux fouriéristes convaincus. Cuzon surveille également la bibliothèque du collège, qu’il croit « infestée d’ouvrages dangereux. Les élèves de philosophie et de rhétorique (ceux d’Allanic et de Gallerand) les emportent à la salle d’études , aux dires du bibliothécaire ». En mai 1844, le recteur d’académie séjourna plusieurs jours au collège, et en profita pour remettre de l’ordre parmi le corps professoral, ce dont se réjouit Cuzon : « le professeur de rhétorique (Gallerand) m’a fait demander Saint Basile ». L’aumônier pensait que les fouriéristes avaient rejoint le giron du catholicisme. Malgré ce harcèlement quotidien, Cuzon n’arriva pas à empêcher les idées philosophiques nouvelles de se répandre parmi les élèves, reconnaissant « leur peu de piété ». Gallerand s’éloigna du fouriérisme. En 1848, il obtint le poste de censeur, au lycée de La Rochelle. Jean-René Allanic ne rallia pas le groupe fouriériste brestois, par crainte pour sa carrière. En 1848, lors de la création du lycée de Brest, il eut d’ailleurs du mal à se faire titulariser dans la chaire de philosophie.
Un rapport de l’inspection générale, datant de 1850, fait justice à Allanic quant aux rumeurs qui ont circulé en ville sur « les opinions qu’on supposait à M. Allanic » ! Les craintes de voir un enseignement trop « rationaliste » sont écartées (1851). Pourtant, les rapports vont pendant plusieurs années rapporté les ragots, fouriériste (1844), rationaliste (1850) socialiste (1852).
En 1854, l’Inspecteur général peut enfin affirmer : « M. Allanic a excité autrefois l’attention publique par des opinions qu’on appelait alors avancées. Il s’occupe maintenant exclusivement de sa classe et de sa famille. Il est si considéré à Brest que la société d’émulation de Brest l’élit tous les ans pour son président. ». Toute sa carrière, il sera scruté et surveillé dans la crainte « d’une excitation d’opinions politiques qu’il aurait pu avoir autrefois » selon du recteur d’académie en juillet 1859.
Il se présenta sur la liste républicaine aux élections municipales d’août 1870, la liste gagna face à la liste officielle impériale. Il resta conseiller municipal jusqu’en 1874. Il fut décoré de la croix de la légion d’honneur en 1871 par le nouveau ministre de l’Instruction publique de la République, son ami Jules Simon. Il poursuivit son œuvre éducative auprès des ouvriers pendant sa retraite. Il décéda le 12 août 1899, après avoir vu mourir ses proches, dont son fils, deux mois avant son propre décès.
Il était titulaire de la Légion d’honneur par décret du 7 août 1870..

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article221923, notice ALLANIC Jean-René, Augustin par Jean-Yves Guengant, version mise en ligne le 9 janvier 2020, dernière modification le 17 janvier 2020.

Par Jean-Yves Guengant

SOURCES  : Jean-Yves Guengant, Pour un nouveau monde – Les utopistes bretons au XIXe siècle, éditions APOGÉE, Rennes, 2015. — Dossier J-R. Allanic, archives nationales, F17-20015. — Revue du Finistère, archives municipales de Brest. — Bulletins de la société d’émulation de Brest. — Archives municipales de Brest, fonds 16 S. — Archives départementales Finistère, fonds 40 J. — Correspondance de l’abbé Cuzon, archives de l’évêché de Quimper, (Brest - établissements divers). — « Histoire du collège de Vannes », par J. Allanic, Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, 1902. — État civil.

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