GALLERAND Gabriel-Ernest

Par Jean-Yves Guengant

Né le 21 février 1814 au Le Croisic, Loire-Inférieure (Loire-Atlantique), mort le 9 mars 1889 à Marseille (Bouches-du-Rhône.) ; professeur de lettres puis proviseur, ami de Jules Simon, fouriériste brestois.

Gabriel-Ernest Gallerand est l’enfant d’une famille de petits notables. Son père était percepteur et receveur communal. Licencié en lettres, il devint maître d’études au lycée de Pontivy en 1832 puis au lycée de Rennes (1833-1834). Jules Simon fit sa connaissance au collège de Vannes, où il était son condisciple. Jules Simon entretint avec lui une correspondance régulière. Il estimait que Gabriel Gallerand était parmi ses deux meilleurs amis. La correspondance de Jules Simon montre une amitié forte et exclusive : « Je bâtis mes rêves de bonheur sur le plaisir de notre intimité. J’espère trouver en votre commerce la sympathie, la douceur que je cherche en vain depuis longtemps » (11 juillet 1833). Jules Simon était aussi excessif Gallerand était taciturne, voire réservé.

« Parlons de vous, mon chéri, mon bijou, mon petit mignon (…) Qui ne vous aimerait pas, mon pauvre garçon, surtout quand vous n’avez pas de caprices et je dois dire, à votre grand honneur, que nous n’avons pas eu cette année le moindre reproche à vous adresser à ce sujet. […] Qui ne veut pas mon amitié à ma haine. C’est beau et tragique et sentimental, c’est digne de moi. Je vous embrasse fort » (Jules Simon à Gallerand, 13 août 1833.
De 1833 à 1839, Gallerand fut professeur de littérature à Ajaccio et à Corte, en Corse. Il épousa à Ajaccio, Giovanna Maria Forcioli, le 30 avril 1836. En 1839, il était nommé professeur de rhétorique (classe de première) au collège municipal Joinville à Brest. Il y retrouva Jean-René Allanic qui avait été surveillant au collège de Vannes. Il occupa ce poste jusqu’à la rentrée scolaire 1848-1849.
Au collège existait un groupe favorable aux idées fouriéristes, autour de Jean-René Allanic, le professeur de philosophie, et de Gallerand, professeur de rhétorique, dont Auguste Levot, professeur de lettres et l’économe Eugène-Aristide Contant, dont le frère, Etienne, est phalanstérien depuis 1833. Gallerand était réputé pour la qualité de son enseignement.
Un conflit entre laïcs et religieux existe dès la création du collège municipal en 1839. Les professeurs sont observé par l’abbé Cuzon, aumônier du collège, qui informe régulièrement l’évêque de Quimper des déviations possibles. Il a en charge l’instruction religieuse des élèves, mais s’octroie le contrôle des âmes de l’ensemble du collège. D’une orthodoxie sans faille dans une ville irréligieuse, Cuzon s’oppose violement aux enseignants Allanic et Gallerand, qui développent leurs thèses fouriéristes. Le conflit éclate en 1841, lorsque Cuzon s’empresse d’informer l’évêque : catholique et fouriériste, Gallerand s’est affirmé le partisan de Victor Considerant, écrit l’abbé à l’évêque, alors que Louis Rousseau vient d’abjurer le fouriérisme, et publie dans la revue L’Université catholique une attaque violente contre les dérives de la théorie de Fourier, qui aurait apporté à Rousseau « autant d’ivraie que de froment ».
En janvier 1843 Allanic fut de nouveau attaqué, il « prêche définitivement ses erreurs fouriéristes en classe ». En septembre 1843, Cuzon note que les dérives fouriéristes semblent être désormais contenues. Il surveillait la bibliothèque du collège, qu’il croyait « infestée d’ouvrages dangereux. Les élèves de philosophie et de rhétorique (ceux d’Allanic et de Gallerand) les emportaient à la salle d’études, aux dires du bibliothécaire.
En mai 1844, le recteur d’académie séjourna plusieurs jours au collège, pour remettre de l’ordre. L’aumônier pensait que les fouriéristes avaient rejoint le giron du catholicisme, mais malgré son harcèlement quotidien, Cuzon n’arriva pas à empêcher les idées philosophiques nouvelles de se répandre parmi les élèves, reconnaissant « leur peu de piété ».
Gabriel-Ernest Gallerand semble ne pas participer à la structuration du groupe phalanstérien brestois. Il ne s’inscrit pas non plus à la Société d’émulation, En 1848, Gallerand accéda au poste de censeur, au lycée de La Rochelle. Entré dans l’administration, il connut de multiples postes : en février 1853, il revint à Brest, en 1855, il fut censeur à Metz et en 1857 proviseur à Angers. L’année suivante, il était à Nantes. Il revint en Corse en 1862, comme vice-recteur. Ses deux derniers postes furent les lycées de Nice – actuel lycée Masséna – (1871) où il entra en conflit avec la municipalité, enfin Marseille – actuel lycée Thiers – (1880). Gallerand agissait pour améliorer le sort des élèves et des maîtres, notamment des écoles primaires, annexées aux lycées, en diminuant leurs charges de travail. Il favorisa l’éducation sportive, dont il voulut étendre la pratique à tous les élèves, externes comme internes. Après sa retraite en 1883, il s’occupa activement du bureau de bienfaisance et du Mont-de-Piété de Marseille. Il décéda en 1883 à la suite d’une pneumonie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article222139, notice GALLERAND Gabriel-Ernest par Jean-Yves Guengant, version mise en ligne le 19 janvier 2020, dernière modification le 19 janvier 2020.

Par Jean-Yves Guengant

SOURCES : Jules Simon, Premières années, Paris, Flammarion, 1901. — Archives départementales de Loire-Atlantique, Le Croisic. — Archives municipales de Brest, série R, instruction publique, sciences, lettres et arts, 1 R55-56. — Archives de l’évêché de Quimper, établissements, divers. — Annuaire de Brest et du Finistère. — Gazette spéciale de l’Instruction publique, 3 septembre 1840.

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