DEMONCHAUX André, Ernest, Lucien

Par Jean-Marie Conraud

Né le 18 juin 1924 à Roubaix (Nord) ; tourneur sur métaux ; militant jociste, permanent de la JOC pour la région du Nord (1946-1950) ; secrétaire particulier et homme de confiance d’Eugène Descamps au secrétariat général de la CFTC puis de la CFDT (1962-1968).

Le père d’André Demonchaux travaillait à l’usine textile Maurice et André Pollet à Roubaix comme mesureur de pièces et sa mère tenait une petite épicerie dans un quartier populaire de cette ville. Titulaire du certificat d’études primaires, il commença en 1936 un apprentissage de tourneur sur métaux à l’Institut professionnel roubaisien dont il sortit en 1939 avec un brevet professionnel. Il fut embauché aussitôt à l’usine textile Lepoutre à Roubaix. Ce fut en 1936 qu’il rencontra la pré-JOC.

L’évacuation de 1940 mit fin à cette première expérience de travail. La famille rentra d’exode et le père, gravement malade, fut tué dans un bombardement. André Demonchaux fut en chômage pendant plusieurs mois avant d’être réembauché en mai 1941 à l’usine Mulliez à Wattrelos. Étant célibataire et sans charge de famille, il fit partie en 1943 des cinq ouvriers désignés par le patron pour répondre à la réquisition du Service du travail obligatoire (STO) et aller travailler en Allemagne. Ayant refusé cette réquisition, il se réfugia dans un camp forestier dans les Ardennes. L’ambiance n’y étant pas bonne, il quitta ce camp au bout d’un mois et reprit son poste à l’usine comme si de rien n’était. Désigné de nouveau en 1944, il refusa une nouvelle fois cette réquisition et quitta son entreprise. Finalement, il ne retrouva du travail qu’à l’usine métallurgique Stein qui travaillait pour les Allemands. Il alésait les roues de chars d’assaut.

En 1942, André Demonchaux rencontra de nouveau la JOC, encouragé par un aumônier, André Rogier, ami de Maxence Van der Meersch mais également par l’intermédiaire d’un cercle d’étude de sa paroisse où il était assidu. Il fut d’abord militant puis président de la section de Leers (Nord), en bordure de la frontière belge. Il fut avec Denis Merchez l’un des fondateurs d’une équipe de jeunes résistants, dépendant du groupe Jussieu de Roubaix (créé par le commandant Chartier, futur dominicain), avec une douzaine de militants de la section. Étant sous-officier, il s’engagea en septembre 1944 dans une compagnie FFI. En novembre de la même année, celle-ci fut versée dans la 51e Division blindée de la 8e armée Montgomery qui encerclait alors la poche de Dunkerque. Il y resta jusqu’en mai 1945. Il reprit alors son travail de tourneur à l’entreprise Mulliez à Watrelos.

Ce fut au cours de cette période qu’André Demonchaux rencontra Eugène Descamps, permanent jociste, René Delécluze*, président de la section de Roubaix, et Georges Delfosse, militant de l’équipe de Lille. Dès la fin de l’Occupation, Eugène Decamps ayant fractionné en six la fédération de Roubaix-Tourcoing, André Demonchaux devint le président fédéral de la nouvelle fédération de Wattrelos-Leers. En octobre 1946, il fut sollicité pour devenir permanent. Sa première responsabilité consista à suivre les fédérations de la côte, c’est-à-dire de Dunkerque, Calais, Boulogne, Berck et Saint-Omer. Il remplaçait René Delécluze, appelé à Paris au secrétariat général. Au bout d’une année de travail dans la région du Nord, où il avait également la responsabilité de l’action au travail, il fut appelé à Paris pour suivre la branche « jeunes » (17-20 ans) en remplacement d’Antoine Laval*. Il fut très actif dans les campagnes pour « le délégué des jeunes » et la troisième semaine de congés payés. À l’occasion d’une campagne contre la préparation militaire, André Demonchaux fit partie d’une délégation de la JOC qui rencontra François Mitterrand* et Claudius Petit responsables de l’UDSR. Avec Eugène Descamps et Louis Moulinet, il rencontra également, carrefour de Chateaudun à Paris, Maurice Thorez*, secrétaire général du Parti communiste. Cette dernière rencontre l’impressionna car elle se situait tout au début de la guerre froide, au moment où l’Église condamnait la collaboration avec les communistes par le fameux « Décret du Saint-Office » et mettait fin à l’expérience des prêtres-ouvriers.

Comme responsable national, André Demonchaux fut novateur en matière de formation des militants. L’ancien terme de « sessions d’étude régionales » (SER) était obsolète. Il lui substitua celui de « congrès régionaux de militants » (CRM) qui correspondait mieux au dynamisme de l’époque, à la nature des débats qui avaient lieu au cours de ces trois journées et au désir d’une participation plus active des militants.

La charge financière des quelque 110 permanents embauchés par la JOC à la Libération devenant trop lourde pour les finances nationales, des coupes sombres avaient dû être faites. En plus de ses responsabilités nationales André Demonchaux fut donc chargé de suivre la région Champagne-Bourgogne-Franche-Comté. Son mandat prit fin en 1950.

Entre 1950 et 1959, il fit des études au séminaire des vocations tardives de Morsang-sur-Orge et ensuite au grand séminaire d’Issy-les-Moulineaux. Il participa alors au lancement de la « Mission Saint-Pierre et Saint-Paul » de Marseille avec le père Loew. Il fut ensuite novice et étudiant dominicain à Lille, puis au Saulchoir d’Étiolles dans la région parisienne.

André Demonchaux quitta les dominicains en 1959 pour rejoindre Eugène Descamps qui était à ce moment-là secrétaire général de la Fédération de la métallurgie CFTC. Le 30 juin 1961 il se maria avec Marie Meïer, licenciée de philosophie et professeur. Ils eurent quatre enfants.

En 1962 André Demonchaux quitta la Fédération de la Métallurgie CFTC et accompagna Eugène Descamps, dont il devint le secrétaire particulier, au secrétariat général confédéral. Il quitta ce poste pour le bureau d’études de la confédération (le BRAEC) comme chef de section d’études sociologiques et ergonomiques. Il y resta jusqu’en 1968. Pendant cette période, il fut chargé de quelques missions particulières. C’est ainsi qu’en janvier 1963, il participa à l’une des dernières missions « de productivité » aux États-Unis dirigée par Jacques Delors*, commissaire au Plan, en liaison avec l’AFL-CIO et les ministères concernés. Pendant la guerre d’Algérie, au moment où l’on pouvait craindre un putsch de la part des militaires opposés à la négociation, il fut chargé par Eugène Descamps de créer de toutes pièces une organisation parallèle qui permettrait à la CFTC de continuer à fonctionner dans la clandestinité. Ce fait est rapporté, sans que son nom ne soit cité, dans le livre d’Eugène Descamps Militer. Il y parle « d’une mission confiée à un sous-officier de la Résistance »

André Demonchaux fut également associé au problème de la déconfessionnalisation. Dès 1959, Eugène Descamps lui avait demandé un travail de réflexion à la fois philosophique et théologique sur la possibilité de cette déconfessionnalisation. Par ailleurs, comme il fréquentait alors la Sorbonne en complément d’études, il fut associé aux contacts des dirigeants confédéraux avec les milieux et organisations étudiants en mai 1968. Cette année 1968 marqua d’ailleurs la fin de son travail à la CFDT.

Par la suite, André Demonchaux travailla successivement au ministère de l’Équipement et aux Éditions Bayard-Presse où il fut directeur commercial de la promotion et de la diffusion des publications. Il fut ensuite cadre de direction à l’Assedic de Nanterre et fut mis en préretraite en 1979. De 1980 à 2000, il seconda son épouse dans l’administration et la gestion d’une petite structure thérapeutique expérimentale et innovante pour personnes handicapées et malades mentales.

Comme autre engagement, André Demonchaux fit partie du mouvement « Vie nouvelle » au plan local.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22219, notice DEMONCHAUX André, Ernest, Lucien par Jean-Marie Conraud, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 2 avril 2009.

Par Jean-Marie Conraud

SOURCES : Arch. JOC, fichier des anciens permanents (É. Belouet). — Eugène Descamps, Militer, Fayard, p. 61. — Frank Georgi, Eugène Descamps, Éditions de l’Atelier, p. 232-233. — Franck Georgi, L’invention de la CFDT, Éditions de l’Atelier, p. 128-129. — Renseignements communiqués par l’intéressé.

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