AUMARECHAL Auguste, François [dit La Réforme] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Rolf Dupuy, Dominique Petit

Né le 16 mai 1852 à Châteaumeillant (Cher). Ebéniste. Marié, séparé de sa femme, trois enfants. Anarchiste parisien.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Le 20 juin 1882, un incident assez grave avait mis, en émoi, tout le quartier Rambuteau. Vers dix heures du matin, M. Cador, menuisier, 11, rue Geoffoy-l’Angevin, recevait la visite de deux délégués des grévistes menuisiers, Aumaréchal et Perrier, qui le sommèrent de souscrire aux réclamations de la grève.

M. Cador s’adressant à Aumérachal lui déclara : « Faites-moi le plaisir de vous en aller et que cela ne traîne pas ! »

M. Cador leur ayant fait observer que ses ouvriers se montraient satisfaits et ne songeaient nullement à quitter l’atelier, les deux délégués se retirèrent.

Vers onze heures, au moment où les ouvriers de M. Cador prenaient leur repas, les délégués revinrent à la charge ; mais le patron leur renouvela ses déclarations, ajoutant qu’il ne forçait personne a travailler, et que son établissement restait ouvert à ceux qui voudrait y venir.

Lorsque les deux délégués rejoignirent leurs camarades au nombre de quarante environ, dans la rue Geoffroy-l’Angevin, une certaine agitation s’empara des groupes à la nouvelle du refus de M. Cador. Les grévistes se concertèrent et résolurent de barrer le passage aux ouvriers de l’atelier Cador à l’heure de leur rentrée. Ils occupèrent les deux extrémités de la petite rue Geoffroy-l’Angevin mais, l’atelier ayant une issue sur la rue de Rambuteau, les ouvriers gagnèrent l’atelier par cette voie.

Exaspérés de n’avoir pas réussi dans leur tentative de débauchage, les grévistes, conduits par leurs délégués, pénétrèrent dans la cour de M. Cador, forcèrent l’entrée des ateliers et voulurent en faire sortir les ouvriers.

M. Cador courut au poste voisin et revint avec des gardiens de la paix. A la vue des agents, des cris « A mort les patrons ! vive la grève » se firent entendre et les grévistes tinrent tête aux agents, qui d arrêtèrent les nommés Gauthier et Perrier.

Les cris devinrent alors plus furieux ; les grévistes se précipitèrent sur deux hommes, qui avaient prêté main-forte aux gardiens de la paix.

Une bousculade assez violente s’en suivit, dans laquelle les agents étaient insultés et frappés par les grévistes menuisiers, auxquels étaient venus s’adjoindre de nombreux grévistes cordonniers du quartier. Grâce à des renforts qui ne tardèrent pas à arriver, les agents firent trois nouvelles arrestations ; dont Auguste Aumaréchal, menuisier, demeurant 45, rue Oberkampf.

Suivis par une foule énorme, qu’on cherchait à soulever contre eux, les agents conduisirent les ouvriers arrêtés au poste du quai de Gesvres, où M. Foucqueteau, commissaire de police, leur fit subir un court interrogatoire, avant de les envoyer au Dépôt de la préfecture.

Le 27 juin 1882, une réunion convoquée par la commission exécutive de la corporation des menuisiers, dont Aumarchal était membre, rendit compte des arrestations opérées à l’occasion de la mise à l’index de la maison Cador.

Le 5 août 1882, Aumaréchal et les autres membres de la la commission exécutive de la grève des menuisiers étaient condamnés par la 9e chambre correctionnelle de Paris, à 15 jours de prison et 600 fr. de dommages et intérêts, pour atteinte à la liberté du travail, pour avoir mis à l’index, Mme Maurice qui dirigeait une autre entreprise de menuiserie, 11 rue Jules César. Ils portèrent l’affaire jusqu’en cassation mais la peine fut maintenue.

Le 13 mars 1883, la police signalait que lors d’une réunion, il avait acheté « un casse-tête » au compagnon Aubert qui les fabriquait, après avoir cassé le sien la veille, lors d’un affrontement dans une autre réunion.

Le 28 mars 1883, Aumaréchal assistait à la réunion du groupe anarchiste du 20e arrondissement au 94 rue d’Avron. Il y proposa l’organisation d’une réunion publique la semaine suivante.

Le 11 avril 1883, Aumaréchal témoigna en faveur de Godar, accusé d’avoir donné des coups à Yves Guyot lors d’un meeting, le 11 mars, salle Rivoli, organisé par les ouvriers du bâtiment.

Le 26 avril 1883, il était signalé à la réunion publique organisée par les groupes anarchistes de Belleville et de Charonne (20e arrondissement) qui se tenait chez un marchand de vins 33 rue des Partants. Dix personnes étaient présentes. Il s’agissait de prévoir une manifestation le 27 mai. Aumaréchal proposa de se rendre par groupes au lieu fixé comme point de départ : « La police sera ainsi dépistée ». Il termina son discours en invitant les anarchistes à se rassembler tous, après la manifestation, sur la place de la mairie, afin de s’entendre sur leurs actes.

Le 13 mai 1883, avec notamment Wilhelm, Baumester, Mege, Falies, Lecourtier, Denéchère, Uzher et Castagnede, il avait fait partie du groupe d’anarchistes qui était allé perturber le congrès collectiviste tenu salle Oberkampf, dont ils avaient été expulsés et où avaient été blessés les compagnons Didier et l’un des frères Cézard.

Dans le courant de l’année 1883, dans le quartier des Quinze-Vingts, la police constata une émission considérable de pièces de un et de deux francs fausses, à l’effigie de la République de 1871. Ces pièces avaient tout à fait l’apparence de monnaie de bon aloi, sauf sur la tranche, où un amincissement était assez facile à constater. Le commissaire de police du quartier, saisi des plaintes nombreuses, ouvrit immédiatement une enquête et s’aperçut que la principale émission se faisait dans le débit de vin de Mme Fournier, 35, boulevard Diderot.

Le 22 mai 1883, un de ses agents, placé en surveillance dans cet établissement, vint le prévenir dans l’après-midi qu’un individu, qui venait déjà de passer trois pièces fausses, s’apprêtait à solder son compte avec une quatrième. Le commissaire se rendit aussitôt dans le débit de vin et mit en état d’arrestation le personnage qui lui avait été signalé. Conduit au commissariat, il déclarait se nommer Aumaréchal.

Aumaréchal était alors un anarchiste militant, orateur très écouté, malgré un bégaiement prononcé, des réunions révolutionnaires de ce quartier. On le fouilla et on le trouva porteur d’une grande quantité de pièces fausses. Le commissaire le conduisit à son domicile, 45 rue Oberkampf , où il saisit un grand nombre de brochures socialistes et différentes armes. Au cours de la perquisition, le père de l’inculpé entra dans la chambre. A la vue du commissaire, il se troubla et pâlit. Il le mit également en état d’arrestation et on fit une seconde perquisition, 10, rue Jouy-Rouves, à Belleville, où il demeurait. Là, les agents trouvèrent, dans un panier de cuisine, une quantité d’instruments et de matières premières, tels que moules, cuillers, creuset, minerai, étain, zinc et nickel, pouvant servir à la fabrication de la fausse monnaie. Le père et le fils Aumaréchal furent mis à la disposition du parquet, qui les avait fait écrouer au Dépôt puis à Mazas. La mère d’Aumaréchal avait également arrêtée, accusée de complicité.

La Cour d’assises de la Seine, le 4 octobre 1883, les déclarait non coupables de la fabrication de fausse monnaie et condamnait Aumaréchal et sa mère à 16 francs d’amende pour mise en circulation de fausses pièces. Lors du procès Aumaréchal avait déclaré qu’on avait recherché de la dynamite chez lui et n’en ayant pas trouvé, le commissaire s’était reporté sur l’accusation de fabrication de fausse monnaie.

Le 4 mars 1893, Aumaréchal assistait à la réunion organisée par les anarchistes du 20e arrondissement, salle du Commerce, à laquelle participèrent 500 personnes étaient présentes dont 150 anarchistes. L’ordre du jour portait sur La misère et ses conséquences, la suppression des bureaux de placement, les grands financiers du Panama.

Le 9 mars 1893, il avait participé à Paris avec une cinquantaine de compagnons à la « cavalcade anarchiste » en faveur de l’abstention, organisée Place de la République par Eugénie Collot.

Aumaréchal figurait sur une liste des anarchistes âgés de 40 ans à la date du 14 avril 1894, il était marié et avait trois enfants.

Le 6 mai 1893, Aumaréchal était présent au meeting anarchiste à la salle du Commerce auquel assistaient 400 personnes. Leboucher y signalait la présence de Charles Jacot que l’on désignait comme « l’homme au nez crochu » et il le qualifia de « mouchard à la solde de la Préfecture de police ». On voulut le déshabiller pour mieux le fouiller, mais profitant d’un moment de confusion, celui-ci s’esquiva et put gagner la rue.

Le 21 mai 1893, Auméréchal et une vingtaine de compagnons anarchistes étaient réunis, salle Voisin, 118 rue de Flandre. L’ordre du jour était portait sur la nécessité de la propagande anti patriotique par les écrits et par la parole.

Le 1er juillet 1893, Aumaréchal se trouvait parmi les 500 personnes qui assistaient, salle du Commerce, 94 rue du Faubourg du Temple à la conférence ayant pour ordre du jour : L’inquisition bourgeoise, le passage à tabac, la torture officielle, réclamations sur les cruautés commises dans les prisons et dans les bagnes.

Le 13 août 1893, il assistait au meeting organisé par le Comité de la Grève générale, salle Favié, rue de Belleville. 500 personnes y étaient venues protester contre la fermeture de la Bourse du travail de Paris.

Cette même année 1893 il était également signalé dans des réunions d’anciens membres de la Ligue des antipatriotes.

Il était porté sur l’état récapitulatif des anarchistes au 26 décembre 1893, son domicile était alors inconnu. Son dossier à la Préfecture de police portait le numéro 91.658.

Demeurant 16 rue du Pré-Saint-Gervais, il fut arrêté le 9 mars 1894, pour « association de malfaiteurs ». Incarcéré, une notice individuelle fut transmise au juge d’instruction Meyer le 27 mars. Il fut libéré le lendemain 28 mars et inscrit au Fichier Bertillon.

Aumaréchal figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 31 décembre 1896 et sur un autre établi après 1900, il demeurait alors 12 rue Tholozé.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article222205, notice AUMARECHAL Auguste, François [dit La Réforme] [Dictionnaire des anarchistes] par Rolf Dupuy, Dominique Petit, version mise en ligne le 28 janvier 2020, dernière modification le 29 janvier 2020.

Par Rolf Dupuy, Dominique Petit

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York
Fiche photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

SOURCES :
Fichier Bertillon Metmuseum New-York — Archives de la Préfecture de police BA 73, BA 78, BA 1491, 1499, 1500, 1508 — Archives nationales BB18 6448 — Le Gaulois 23 juin 1882 — Le XIXe Siècle 7 août 1882 — Le Soleil 12 août 1882 — L’Intransigeant 12 avril 1883 — La Gazette nationale 20 mai 1883 — Paris 23 mai 1883 — Le Constitutionnel 24 mai 1883, 7 juin 1883 — Journal de la Seine et Marne 25 mai 1883 — La Loi 5 octobre 1883 — La Croix du 6 octobre 1883 — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine.

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