DEMUSOIS Antoine

Par Jean-Luc Pinol

Né le 4 août 1895 au Creusot (Saône-et-Loire), mort le 14 janvier 1968 à Fleury-Mérogis (Seine-et-Oise, Essonne) ; facteur mixte à la SNCF ; syndicaliste CGT, secrétaire de la Fédération nationale des travailleurs des chemins de fer ; militant communiste ; maire d’Arnouville-lès-Gonesse (Seine-et-Oise, Val-d’Oise), conseiller général, député (1936-1939, 1945-1948, 1951-1958), sénateur (1948-1951).

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936]

Fils d’un ouvrier chauffeur dans la métallurgie, venu à Paris avec ses parents, Antoine Demusois entra à la Compagnie des chemins de fer de Paris à Orléans. En 1910, il adhéra au syndicat des cheminots, il avait quinze ans. En 1912, il adhéra au Parti socialiste (SFIO). À la déclaration de guerre, Demusois s’engagea pour la durée du conflit. Incorporé au 6e bataillon de chasseurs, il fut nommé caporal en mai 1915. Envoyé sur le front d’Orient en 1915, il fut blessé et fait prisonnier en novembre 1916. Rapatrié en janvier 1919, il était titulaire de la croix de guerre et de la médaille militaire.

Embauché dans diverses usines du XIIIe arrondissement, il participa activement à la grève de la métallurgie de juin 1919. Il prit souvent la parole aux meetings organisés sur les fortifications pour exhorter les grévistes à la résistance, faire le procès des réformistes de la CGT et préconiser la révolution sociale. Il se disait libertaire et partisan de la violence révolutionnaire et de la grève générale.

En août 1920, il entra comme facteur mixte à la Compagnie des chemins de fer de Ceinture. Il continua à militer activement tant dans le domaine politique que syndical. Dès la scission de la SFIO, il adhéra à la SFIC et en octobre 1921, après avoir milité au groupe du quartier de la gare, il devint secrétaire de la 13e section de la fédération de la Seine du Parti communiste. En septembre 1922, alors qu’il travaillait comme facteur à la gare de Paris-Gobelins et qu’il était membre de la commission exécutive du syndicat unitaire des cheminots de Paris-Ceinture, il entra au bureau de la fédération communiste de la Seine. Il y exerçait les fonctions de trésorier. À cette date la lutte de tendances était très vive au sein du Parti communiste. Demusois appartenait à la tendance de gauche, avec Boris Souvarine*, Alfred Rosmer*.

Selon les Archives Humbert-Droz (p. 393), le 2 décembre 1922, le IVe congrès de l’Internationale communiste le désigna au Comité directeur pour la Gauche mais les procès-verbaux du congrès et l’Humanité ne le mentionnent pas.

Au cours de l’année 1923, une nouvelle génération accéda aux instances dirigeantes, conséquence du départ de Frossard et de la lutte contre l’occupation de la Ruhr. Le 21 janvier 1923, Demusois fut élu membre du Comité directeur du Parti communiste et, en août de la même année, secrétaire adjoint de la Fédération unitaire des cheminots. En 1924, il demanda à être mis en disponibilité de son emploi afin de pouvoir exercer ses fonctions syndicales ; en effet il avait été réélu secrétaire adjoint de la Fédération unitaire des cheminots. Il n’avait pas retrouvé sa place au Comité directeur du Parti communiste mais avait été désigné comme membre du conseil d’administration de l’Humanité. En 1925, à nouveau élu au Comité central, lors du congrès de Clichy en janvier, il devint membre de la commission syndicale du Parti communiste. Il ne fut pas réélu au comité central en 1928. Un document du Komintern précise : « exclu du CC pour participation dans l’opposition Crémet-Vassart » en ajoutant « Après son exclusion du CC pour l’activité fractionnaire il s’est montré discipliné et loyal [...] A corrigé son erreur et a bien travaillé dans la direction syndicale des cheminots et en tant que maire. Bénéficie d’une grande autorité parmis les cheminots. Depuis 1936, membre de la commission centrale de contrôle du parti. »

En 1926, ses responsabilités syndicales furent nombreuses ; secrétaire à la propagande de l’Union des syndicats unitaires des travailleurs des Chemins de fer de Ceinture – voir Jules Crapier –, il était secrétaire de la Fédération unitaire des cheminots au côté de Jules Crapier, Lucien Midol et Alexis Varagne ; Jean-Pierre Mourer était archiviste. Cette même année, Demusois se rendit en URSS, du 5 mars au 9 avril pour participer au « congrès pan-russe des cheminots ». De 1926 à 1935, Demusois resta secrétaire de la Fédération unitaire des cheminots. À partir du VIIe congrès de la CGTU, en 1933, il fut membre de la commission exécutive de cette organisation. Employé à l’Humanité, gérant du journal en langue espagnole El Obrero International de Transport, il fut candidat malheureux aux élections législatives du 1er mai 1932 à Vincennes (deuxième circonscription de Sceaux) — 2 618 voix sur 23 356 inscrits et 19 878 votants. En août 1932, il participa au congrès mondial d’Amsterdam contre la guerre et le fascisme en tant que représentant des cheminots. La peur du fascisme favorisa l’unité syndicale : lorsque les Fédérations unitaire et confédérée de cheminots fusionnèrent, Demusois devint secrétaire de la Fédération unifiée aux côtés de Jules Crapier, Henri De Kerdelleau, Jean Jarrigion, Roger Liaud, Lucien Midol, Albert Pérignon et Pierre Semard. Les trésoriers étaient Georges Quertelet et Raymond Tournemaine, l’archiviste, Fortuné De Payan. En 1936, il fut élu député de la 2e circonscription de Pontoise. Sa candidature n’était pourtant venue qu’en seconde ligne, substituée à celle de Benoît Frachon* qui avait préféré conserver son mandat de secrétaire de la CGT. Demusois recueillit 12 177 voix sur 29 280 inscrits et 25 790. Le désistement du socialiste SFIO Lucien Grandfils (3 911 voix) lui permit de conquérir le siège au second tour avec 16 136 voix sur 25 396 votants. Il habitait alors, dans un pavillon dont il était propriétaire, Arnouville-lès-Gonesse dont il était maire et conseiller général depuis 1935. À la Chambre des députés, Demusois fit de nombreuses interventions concernant les problèmes des transports (salaires, tarifs, statuts...). À la veille de la guerre, il était membre de la commission centrale de contrôle des finances et membre du bureau de la région Paris-Nord du Parti communiste.
« Désemparé en octobre 1939. À demandé à signer un engagement dans l’armée. À reconnu sa faute en février 1940. Bonne attitude au près et depuis » notait la direction du PCF à la Libération. Arrêté le 8 octobre 1939 pour constitution du Groupe ouvrier et paysan français, il fut condamné le 3 avril 1940 à cinq ans de prison et 4 000 F d’amende. La direction du Komintern (Belov, Sorkine) notait : « Au procès il avait une très bonne attitude. La direction du parti le décrit comme très actif, capable et dévoué. » Incarcéré à la Santé, puis à Maison-Carrée en Algérie, il fut libéré après le débarquement américain en Afrique du Nord. Il fut nommé secrétaire général de la France Combattante au conseil national de la Résistance.

La direction du Parti notait à la Libération : « À su s’imposer à la France combattante où il assumait la succession difficile de Waldeck qui s’y était montré excellent. Grande confiance en soi, mais faiblesse politique. Sous réserve d’être régulièrement dirigé, peut faire un excellent agitateur dans le Parti ou les syndicats. »

Rentré en France en octobre 1944, il retrouva ses fonctions de maire d’Arnouville et fut élu conseiller général du canton de Gonesse. Il siégea dans les deux Assemblées constituantes de 1945 et 1946. En 1946, il entra à l’Assemblée nationale comme député de Seine-et-Oise. En 1948, élu sénateur du même département, il abandonna son siège du Palais-Bourbon mais le retrouva en 1951. Il fut réélu en 1956. En 1958, il fut battu au second tour par le candidat socialiste Antoine Mazurier*. Au cours de ces divers mandats, il fit plusieurs interventions concernant les problèmes des transports et les difficultés coloniales.

Membre de la commission de contrôle financier du Parti communiste jusqu’en 1959 et président de cette commission de 1945 à 1950, il fut secrétaire de l’Amicale des Vétérans du Parti communiste et directeur politique de l’hebdomadaire La Renaissance de Seine-et-Oise.

Marié en 1913 à Henriette Montceaut, divorcé en 1919, remarié en avril 1920 à Marie-Jeanne Langlet, née en 1895 à Marseille, il était père de deux enfants dont l’un mourut en déportation à Buchenwald (Allemagne).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22232, notice DEMUSOIS Antoine par Jean-Luc Pinol, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 6 août 2009.

Par Jean-Luc Pinol

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936]

SOURCES : RGASPI, 495 270 30 : autobiographie, Paris 1932, fiches de renseignements ; textes en russe traduits par Macha Tournié. — Arch. comité national du PCF. — Arch. Nat. F7/13015, F7/13264, F7/13663, F7/13669 et F7/13671. — Arch. PPo. 308. — Comptes rendus des congrès nationaux de la CGTU, 1933 et 1935. — Comptes rendus du congrès de la Fédération nationale des travailleurs des chemins de fer, 1938. — L’Humanité, 15 janvier 1968. — Le Monde, 16 janvier 1968. — Archives de Jules Humbert DroZ, t. 1. — La Voix du Peuple au Parlement, op. cit., p. 147. — Le Procès des 44, op. cit., p. 65 et p. 106. — Jean Jolly, Dictionnaire des parlementaires, t. 4, La Documentation française. — Notes de Jacques Girault et de Claude Pennetier. — État civil du Creusot.

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