CARATTONI Joseph, "Giuseppe "

Par Jean-Claude Magrinelli

N é le 10 juin 1915 à San-Marino en Italie, mort en déportation à Auschwitz le 31 décembre 1942 ; résistant communiste.

Présent en France depuis 1928, Joseph Carattino résida d’abord à
Mont-Saint-Martin puis, à compter du 8 décembre 1930 chez son père à Longwy-Gouraincourt, au n° 78 de la rue Poincaré. Il fut naturalisé par décret du 2 avril 1940.
Sous le Front Populaire, il adhéra au Parti communiste, cellule de Gouraincourt. Pendant plusieurs années, il travailla à l’entreprise Les Produits Réfractaires à Longwy comme mouleur. Au moment de son arrestation, il était employé pour le compte des Faïenceries de Longwy. » Il est adhérent à la CGT et aussi
« membre du bureau du syndicat de La Providence ». Il était célibataire et son loisir préféré était la randonnée à vélo.

Selon son dossier conservé au SHD de Caen, il serait entré dans une organisation de résistance à compter du ler mars 1941. L’organisation FTP ne se constituant qu’en janvier 1942 en Meurthe-et-Moselle, il n’est pas douteux que Joseph Carattino soit entré dans un groupe de trois clandestin du Parti communiste. Son certificat corrobore le fait en précisant : « Chef de groupe..., arrêté pour avoir participé effectivement à la diffusion de tracts et journaux antinazis dans les usines de la Chiers, Rehon et Longwy. » Le commissaire de police de Briey donne, dans son
rapport au sous-préfet daté du 15 avril 1942, les raisons de son arrestation. « Auteur de diffusion de tracts communistes au cours de l’année 1941, il avait été la même année le réorganisateur du parti communiste dans la région, et il avait fourni des tracts pour être répandus dans le secteur (PV n° 71 et 94 datés des 3 et 11
février 1942 de la gendarmerie de Mont-Saint-Martin). Le 19 novembre à la suite d’une information instruite contre lui (par le juge d’instruction de Briey) il a fait l’objet d’un arrêté d’internement du préfet de Meurthe-et-Moselle et écroué le 12 au camp d’Écrouves. Carattoni Joseph étant connu pour être un communiste notoire,
dangereux au point de vue national et politique pour notre pays, je propose que la nationalité française lui soit retirée. » En fait, c’est le commissaire de police de Longwy qui enclencha le processus qui conduisit à l’arrestation de Carattoni. La diffusion de tracts a pris une telle ampleur depuis juillet 1941 dans son secteur,
qu’il proposa au sous-préfet de Briey le 16 octobre de procéder à un certain nombre d’internements administratifs, désignant nommément Joseph Carattoni. « Au point de vue travail, conduite, moralité, il n’y a absolument rien à lui reprocher. Il s’est comporté de façon correcte (...) Cependant,
avant l’exode, il a fait l’objet de critiques concernant ses idées politiques. Il s’est révélé subitement comme étant un militant communiste et à la suite d’une information ouverte dans le secteur relativement à la distribution de tracts communistes, il était arrêté et écroué à la maison d’arrêt de Briey, où il se trouvait en mai 1940. Sa condamnation n’est pas connue du service. Or, ces jours derniers, il a fait savoir à un de ses amis, ancien militant comme lui, mais aujourd’hui ne se livrant plus à aucune activité, qu’il était constamment en relation avec Nancy, d’où il recevait des tracts et des ordres, ajoutant que d’ici peu, il y aurait du travail dans le secteur. Une enquête discrète, effectuée aussitôt ces renseignements reçus, a fait ressortir que sous ses apparences de tranquillité absolue, Carattoni se livrait encore activement, mais secrètement à la propagande subversive. Doué d’une intelligence assez développée, il s’occupe de la propagande auprès des éléments étrangers surtout ; il s’absente fréquemment de son travail, pour des causes quelconques et durant ses heures de loisir, il circule à bicyclette et prend contact avec d’autres militants de la région. De tous ces faits, il semblerait résulter que Carattoni ne serait pas totalement étranger aux dernières distributions de tracts dans le secteur. En tout état de cause, si malgré une surveillance active dont il vient d’être l’objet, il n’a pas été pris en flagrant délit, les renseignements recueillis quant à son activité communiste, étant de source sûre, il résulte qu’il s’agit là, d’un élément trouble, très fin, travaillant sournoisement, ce qui constitue un danger ; il est désigné comme ayant reformé une cellule communiste à Longwy. En conséquence, si d’une part aucune information judiciaire ne semble pas pouvoir être ouverte immédiatement faute de preuves probantes, il y aurait cependant lieu, à mon
avis, de prendre à l’encontre de cet individu, la mesure qui s’impose et le mettre ainsi hors d’état de nuire, tant à la collectivité qu’à notre Gouvernement. C’est pourquoi, j’ai l’honneur de le proposer pour une mesure d’internement administratif, et le cas échéant, pour la déchéance de la nationalité française.. »

Le sous-préfet de Briey suivit le conseil et demanda au préfet le 23 octobre l’internement administratif. L’arrêté préfectoral fut publié le 12 novembre 1941. Giuseppe fut arrêté le 19 novembre par la brigade de gendarmerie de Mont-Saint-Martin et interné dans le centre de séjour surveillé d’Écrouves le 20 novembre. Comme l’a souhaité le commissaire de Briey, il fut déchu de la nationalité française par décret du 20 août 1942. Auditionné le 11 février 1942 au camp d’Écrouves, Joseph déclara : « Je suis innocent des faits qui me sont
reprochés. Depuis 1936, j’étais adhérent au parti communiste. Lorsqu’à paru le décret-loi de dissolution du Parti communiste, je ne me suis plus livré à aucune activité communiste. » Il se tiendra à cette position lors des deux auditions du 12 février 1942. (6) Ces interrogatoires ont lieu à la suite du démantèlement des groupes de trois de Longlaville et Mont-Saint-Martin, à partir du 3 février 1942, qui entraîne l’arrestation de 14 militants. Le commissaire de police de Longwy fait un lien entre eux et Carattoni interné à Écrouves. Le 21, la police allemande se saisit de 8 de ces prévenus incarcérés à la prison de Briey. Ils furentjugés le 28 juillet par le Tribunal Militaire de la FK 591 à Nancy et déportés. Quant à Joseph Carattoni, la police allemande l’intègra aux otages arrêtés dans le bassin de Briey à la suite du sabotage effectué à l’usine d’Auboué par les FTP, dans la nuit du 4 au 5 février 1942. Avec 31 d’entre eux, il fut transféré à Compiègne le 5 mars 1942. (7) Il fut déporté à Auschwitz avec 69 autres otages arrêtés en représailles du sabotage d’Auboué, par le convoi du 6 juillet 1942. Il
arriva le 8 juillet et fut enregistré sous le matricule 45 328. Il décèda dans ce camp le 31 décembre 1942. En octobre 1945, La Voix de l’Est lui rendit hommage.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article222349, notice CARATTONI Joseph, "Giuseppe " par Jean-Claude Magrinelli, version mise en ligne le 31 janvier 2020, dernière modification le 31 janvier 2020.

Par Jean-Claude Magrinelli

SOURCES : AD 54 : 927 W 214 : Dossier d’Écrouves : Rapport du commissaire de police de Longwy au sous-préfet de Briey du 16 octobre 1941 « au
sujet de l’activité communiste du nommé Carattoni Giuseppe, dit Pino » et fiche individuelle de renseignements ; Bureau des Archives
des Victimes des Conflits Contemporains à Caen : Certificat FFI-FTP de Joseph Carattoni et site : www.politique-auschwitz.blogspot.com/,
fiche Giuseppe, Joseph Carattoni : AD 54 : 927 W 214 : Dossier d’Écrouves : Rapport du commissaire de Longwy daté du 16 octobre 1941 : AD 54 : 927 W 214 : Dossier d’Écrouves : Procès-verbal d’arrestation du 19 novembre 1941 : J.O. du 27 août 1942 : AD 54 : 927 W 214 : Dossier d’Écrouves : Brouillon du procès verbal de l’audition à Écrouves daté du 11 février 1942, réalisée par le maréchal des logis chef Étienne Roch et radjudant Velcin, commandant la section de gendarmerie de Longwy et procès verbal de l’audition réalisée le 12 février 1942 ; (7) : AD 54 : W 1304-21/24 : Liste des 34 internés d’Écrouves transférés à Compiègne le 5 mars 1942, 31 otages arrêtés
à partir de 5 février 1942 en représailles du sabotage d’Auboué auxquels sont adjoints trois internés administratifs : Giuseppe Carattoni, Ludwig Motloch et Robert Daune et 927 W 178 : Transfert dus mars 1952 du camp d’Écrouves à Compiègne (les internés quittent Écrouves. — Livre mémorial de la déportation et site : www.politique-auschwitz.blogspot.com/, fiche Giuseppe. Joseph Carattoni : La Voix de l’Est du 13 octobre 1945, article intitulé : « Longwy Nos martyrs » avec le portrait photographique de Joseph Carattoni

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