DURANTON Louis, Fernand

Par Jean-Claude Magrinelli

Né le 11 mai 1910 à Germigny-l’Exempt (Cher), guillotiné après condamnation le 31 août 1943 à la prison Klingelpütz de Cologne (Allemagne) ; contremaître ajusteur ; résistant du réseau Uranus-Kléber.

Né dans le département du Cher, Louis Duranton grandit à Homécourt (Meurthe-et-Moselle), au sein d’une famille dont le père Fernand, chef d’équipe à La Marine, et la mère Julie étaient catholiques pratiquants. Il a fait son service Militaire dans la marine. Il était marié, et père d’un enfant. Il travaillait à la Marine d’Homécourt depuis le 14 mars 1928 comme contre-maître ajusteur aux laminoirs. Il n’est pas communiste mais il adhérait à la CGT et était délégué ouvrier à partir de 1936. Il figurait également comme membre du comité directeur de la Fraternelle, la société de secours mutuel de l’usine. Sous l’occupation, il s’engage « dès décembre 1940 dans un petit groupe de camarades rassemblés au sein du district H 10 du réseau Uranus-Kléber.

Il fut arrêté par les policiers de la 15ème brigade régionale de police judiciaire le 23 septembre 1942. Sa femme, qui attendait un deuxième enfant, se retrouva sans ressource et demanda, le 9 février 1943, une aide au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Après la guerre, les responsables locaux du réseau affirmeront qu’il a été « victime d’une délation ». Dénonciation plutôt. En effet, une lettre anonyme parvient au chef du SRPJ à Nancy, le commissaire Charles Courrier, non datée, ainsi libellée : « Monsieur. Duranton, contremaître à l’usine d’Homécourt a aussi trempé dans les attentats de l’équipe Pacci*. Il a donné des explosifs à Pacci ou à un de ses amis Negri (sic). Recherchez. » Le 22 septembre, il en informe l’intendant régional de police en ces termes : « le sieur Duranton aurait, dans le printemps dernier, fait la remise d’une certaine quantité de pétards de cavalerie au terroriste Henry Maurice qui s’en serait servi peu après pour commettre des attentats par explosifs, notamment celui qui fit sauter la voie ferrée à Valleroy-Hatrize. » Le lendemain, Charles Courrier, accompagné de deux inspecteurs de la 15e brigade régionale de police judiciaire, se rendit à Homécourt. Si la perquisition effectuée au domicile de Louis ne donna aucun résultat, son interrogatoire conduisit les policiers à l’inculper. Il leur déclara avoir trouvé en avril ou mai, dans le bois de Froidcul, « une dizaine de pétards de cavalerie.(...) Il est possible qu’un peu plus tard, j’ai pu commettre une indiscrétion sur cette découverte, dans un café ou ailleurs. » Un mois après sa découverte, un inconnu se présente chez lui. « Il m’exposait... le souci qu’il avait de s’adresser à un bon français, ce qu’il croyait voir en moi, que nous avions tous le devoir de libérer le sol national, que de son côté il faisait partie d’une équipe qu’il dirigeait et qui organisait des coups dans la région dans le but de réveiller le sens national. Il ajoutait qu’il avait appris que je possédais des engins et que ceux-ci seraient bien utiles à son équipe (...) Il insistait sur le devoir que nous avions tous de libérer notre pays de l’envahisseur, je me laissais influencer par cet exposé et convenait alors devant lui que je pouvais en effet lui remettre des engins explosifs dont je connaissais l’existence dans un bois... ». Les pétards seront remis à cet inconnu quelques jours plus tard, place de l’Hôtel des Ouvriers à Homécourt. « Il m’en remerciait vivement et me quittait sans me donner plus de renseignements. » Louis conclut : « Je vous assure que seul l’esprit patriotique m’a mis en mouvement, je n’ai pas réfléchi que ceci était contraire à la politique du gouvernement et que je pouvais nuire indirectement à mes concitoyens. » La fiche de renseignements établie par les policiers en fin de journée précise : « Inculpé le 23 septembre 1942 à Homécourt à la suite d’une enquête effectuée par les services de la XVe Brigade Régionale à Nancy. Dossier transmis au Parquet de Briey. » Le 24, Georges Humbert, qui faisait fonction de juge d’instruction de Briey, délivre une commission rogatoire contre Duranton Louis, « détenu et inculpé de menées communistes ou anarchistes et détention d’explosifs ». Ce même jour, le mandat de dépôt est établi par le juge et notifié à Duranton. Le rapport de l’inspecteur Yves Courcoux, daté du 26 septembre, établit que Louis Duranton est considéré comme un très bon ouvrier. Il ne s’est jamais fait remarquer défavorablement au point de vue politique. On lui supposait des idées socialistes modérées, mais il n’a jamais été remarqué dans les cortèges, manifestations ou meetings du Front Populaire. Toutefois, en 1936, il a été délégué ouvrier mais à ce titre, réputé correct et modéré dans ses revendications, et il possède l’estime de ses chefs de service. Le 3 octobre, e réquisitoire définitif du procureur près le tribunal de Briey conduit à son inculpation pour avoir « remis à un inconnu des explosifs qu’il savait destinés à commettre des actes criminels . Il informe la section spéciale près la Cour d’Appel de Nancy du fait suivant : « ... ce jour, un sous-officier de la Sicherheitspolizei s’est présenté à mon Parquet, a pris connaissance des pièces du dossier et m’a fait connaître que le Tribunal de la Feldkommandantur de Nancy allait se saisir de cette affaire et qu’il était inutile pour l’autorité française de procéder au transfèrement de l’inculpé. » Louis Duranton est donc passé aux mains de la police allemande, de la SIPO und SD de Nancy. Le 22 octobre, le commissaire Courrier
transmet au kommandeur de la SIPO und SD la lettre anonyme qu’il demandait.

Louis Duranton ne sera pas jugé par le tribunal militaire de la FK 591 de Nancy parce qu’il n’a pas participé au moindre acte de sabotage. Par contre, comme cela a été fait pour toutes les personnes qui ont apporté une aide aux saboteurs du groupe Pacci démantelé entre avril et juillet 1942, le kommandeur de la SIPO lui appliqua la procédure de déportation Nuit et Brouillard.
Louis Duranton fat partie du convoi composé de 38 résistants, qui part de Paris le 5 novembre 1942. Louis Duranton fut emprisonné successivement à Wittlich, Coblence, Rheinbach et Cologne. Il fut jugé à Berlin le 7 juin 1943 par le VGH et condamné à mort comme « franc-tireur ». Il fut exécuté le 31 août 1943 à la prison Klingelpütz de Cologne. L’aumônier allemand qui l’assista à ses derniers moments écrira à sa famille : « Il était absolument tranquille jusqu’au dernier moment (...) Ses derniers mots étaient des prières pour sa famille ».
Reconnu Mort pour la France, il a été homologué déporté-interné-résistant DIR et RIF membre de la Résistance intérieure française

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article222351, notice DURANTON Louis, Fernand par Jean-Claude Magrinelli, version mise en ligne le 31 janvier 2020, dernière modification le 3 janvier 2022.

Par Jean-Claude Magrinelli

SOURCES : Arch.Dép. 54 : 6 M 33-261 : Recensement de 1936, commune d’Homécourt, W 927-10 et 1739 W 1 : Dossiers du Service Régional de police judiciaire le concernant . — Jonka Karol et Konieczny Alfred : Nuit et Brouillard. L’opération terroriste nazie... , op. cit., page 321 ; Revue Pagus Orniensis, n° 2, février 1990 : « Un résistant de la première heure : Louis—Fernand Duranton, Mort pour la France », page 10 et 11. — SHD Vincennes, GR 16 P 204413 (nc). — AVCC Caen, AC 21 P 178024 (nc). — L’Est Républicain des 9,10 et 13 juin 1948.

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