CHABASSIÈRE Léopold, Michel [pseudonyme dans la résistance : Popol]

Par Alain Godignon

Né le 5 février 1924 aux Boissis, commune d’Ayat-sur-Sioule (Puy-de-Dôme), torturé puis exécuté sommairement par les Allemands le 5 septembre 1944 aux Vesvres, commune d’Yzeure (Allier) ; apprenti forgeron, ouvrier d’usine, bûcheron ; membre des forces françaises de l’intérieur (FFI), des Mouvements Unis de la Résistance (MUR).

Fils de Jean-Louis Chabassière et de Mathilde Marie Chartron, Léopold était le second de trois enfants. Le père était forgeron et maréchal-ferrant aux Boissis et sa mère couturière, le couple tenait également un café dans leur demeure.
Léopold alla à l’école communale d’Ayat-sur-Sioule puis aida son père à la forge comme apprenti forgeron. Il partit ensuite à Paris et travailla chez Bréguet à Villacoublay (Yvelines) alors qu’il résidait chez sa tante Marthe. Revenu à Ayat-sur-Sioule, il intégra le maquis des Bougets dès décembre 1942, groupe de Lucien Lépine qui réceptionna quatre parachutages en 1943 et 1944.

Dans la nuit du 4 au 5 juin 1944, il fit partie du convoi composé de deux tractions, une citerne d’essence de 18 000 litres, de plusieurs camions de nourriture et de jeunes recrues d’Ayat, Saint-Eloy-les-Mines (Puy-de-Dôme) et Saint-Rémy-de-Blot (Puy-de-Dôme) en direction du Mont-Mouchet sous la responsabilité de Jean Robert Lindron. Le convoi fut disloqué à Lempdes (Puy-de-Dôme) par suite d’une erreur de trajet qui conduisit le convoi dans une impasse où l’armée allemande avait un poste de garde. Il semble qu’un résistant tira sur les deux sentinelles ce qui ameuta toute la garnison allemande. Dès lors, les allemands répliquèrent et les résistants, pas tous armés, ne durent leur salut que dans la fuite et chacun regagna son point de départ comme il le put hormis ceux blessés et faits prisonniers. Bilan de cette opération : 2 blessés, Gilbert Anterrieu, mort de la gangrène à la prison du 92e RI à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), Joseph Blandi, fusillé le lendemain de son arrestation, et 6 déportés, dont Raymond Hadj de Saint-Eloy-les-Mines, mort à Dachau et Joseph Léonard et Casimir Mordzialek qui survécurent

A partir du 3 juillet 1944, il fut membre de la compagnie des volontaires FFI Auvergne n° 2/13 du capitaine « Eddy » alias d’Édouard Guibert, sous le commandement de Louis Proust « Commandant Lavenue ». Sa compagnie participa aux actions suivantes :
• 27 juillet 1944 : coup de main à l’usine Manuhrin à Cusset des compagnies 1/13 et 2/13, prise de 4 mitrailleuses, d’un fusil mitrailleur, de 120 fusils et d’un stock de munitions ;
• 7 août 1944 : coup de main sur un wagon à destination de l’Allemagne à Aigueperse (Puy-de-Dôme), prise de 20 tonnes de sucre ;
• 8 août 1944 : coup de main sur un wagon à destination de l’Allemagne en gare de Pontmort à Chambaron-sur-Morge (Puy-de-Dôme), prise de 118 000 paquets de cigarettes et tabac de luxe ;
• 10 août 1944 : incendie de l’échafaudage de réparation du pont de la voie ferrée de Lapeyrouse (Puy-de-Dome) qui avait été détruit le 2 août ;
• 2 au 5 septembre 1944 : combats de la libération de Moulins / Yzeure (Allier).

Le 2 septembre 1944, la compagnie « Eddy » quitte Saint-Didier-la-Forêt (Allier) en direction de Toulon-sur-Allier (Allier). Elle est chargée de harceler l’ennemi et, éventuellement, d’arrêter les trains blindés allemands quittant Moulins.

Dans son édition du 11 septembre 1944, le journal Valmy relata ainsi la bataille d’Yzeure : « Dans la matinée du 5 vers 9 heures, un bruit de fusillade venant de l’est de la ville alerta tout le monde. On sut bientôt qu’un accrochage venait d’avoir lieu aux portes d’Yzeure sur la petite route de Montbeugny que les troupes allemandes empruntaient.
Quelques instants auparavant, les allemands abattaient sauvagement à leur passage deux jeunes hommes qui se trouvaient sur la route devant leur maison. Ce sont MM. Jean Jacques Vebret et Roger Bergeron…
Parvenu à la sortie des haies, dans la plaine, le convoi allemand ne tarda pas à essuyer des coups de feu venant des crêtes de Blasson. La bataille devait s’engager avant la vallée de Champvallier près de la petite ferme des Miettes située en bordure de la route où les Allemands avaient installé une pièce d’artillerie de petit calibre et plusieurs mitrailleuses. Les F.F.I., tous jeunes et résolus, au nombre de quatorze visaient bien. Deux tireurs allemands ne tardèrent pas à être abattus dans la cour de la maison qui fut transformée en poste de secours en l’absence des habitants qui avaient pris sagement la fuite. Les balles de mitrailleuses du convoi allemand fouillaient les haies et crépitaient sur les fermes. Certaines de fabrication spéciale y ont même provoqué des commencements d’incendie. Du coté allemand, il y eut neuf morts et de nombreux blessés qui furent tous emmenés par la colonne. Malheureusement, on avait à déplorer du coté des forces de la résistance sept tués que la défense passive d’Yzeure alla relever le même soir et le lendemain protégée par le drapeau de la Croix-Rouge.
Voici les noms des vaillants petits français tombés au champ d’honneur pour le relèvement du prestige de notre Patrie :
Charles Guy, de Paris ; Raymond Hoslet, de Riom ; Roger Rosenwald (dit Delmont), de Paris ; Roger Costes, du Puy-de-Dôme ; Antoine Guignard, de Saint-Agoulin (Puy-de-Dôme), Paul d’Ayat (Puy-de-Dôme) ; Henri Perrin à Aigueperse (Puy-de-Dôme)... ».

Les circonstances précises de sa mort sont les suivantes. Pourvoyeur au fusil-mitrailleur, Léopold Chabassière fut blessé à une cuisse. Ne pouvant se replier, il fut capturé et attaché avec un fer à cheval planté dans un arbre. Torturé, il fut achevé le soir à la mitraillette par un soldat allemand avant que les dernières troupes ennemies ne quittent la ville.

Une souscription fut ouverte à l’École des Filles où les neufs cercueils avaient été déposés et veillés par les FFI ; elle recueillit une grosse somme d’argent. L’enterrement eut lieu le 8 septembre à 10 heures en présence d’une délégation de la préfecture, des corps constitués et de l’évêque de Moulins. Une foule immense suivit l’enterrement jusqu’au carré du cimetière qui leur avait été réservé.
Courant octobre 1944 et en accord avec les municipalités d’Yzeure et d’Ayat, son père Jean Chabassière et le capitaine Lucien Lépine, « Barbouillé », avec un fourgon du Maquis ramenèrent le corps de Léopold au cimetière communal d‘Ayat-sur-Sioule où il fut inhumé dans le caveau familial avec les honneurs militaires d’un détachement du 92° RI.

Il fut homologué FFI à compter du 4 juin 1944. Son nom figure sur le monument commémoratif du « Petit Panloup » à Yzeure près de la salle Yzeure Espace, sur le monument de la Résistance de Lapalisse (Allier) et sur le monument aux morts d’Ayat-sur-Sioule. Une rue d’Yzeure porte son nom.
Médaille militaire, décret du 5 mai 1955 publié au J.O. du 10 mai 1955 : « Toujours volontaire pour les missions dangereuses. Le 5 septembre 1944 à Yzeure, au cours d’un violent accrochage avec une colonne allemande, a tenu en échec avec ses camarades pendant quatre heures un ennemi supérieur en nombre. Est tombé mortellement blessé en dégageant un groupe encerclé », Croix de guerre avec palme.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article222399, notice CHABASSIÈRE Léopold, Michel [pseudonyme dans la résistance : Popol] par Alain Godignon, version mise en ligne le 1er février 2020, dernière modification le 16 novembre 2021.

Par Alain Godignon

Compagnie 2/13 du capitaine Eddy
Denis Fosset donne une autre identification : "Ce n’est pas Rosenwald mais Jean Fosset dit Jim et ensuite Jimmy. À droite de Guignard c’est René Navrault, la tête au-dessus du canon c’est Louis Valon.
Médailles de Léopold Chabassière

SOURCES : AVCC Caen, AC 21 P 40723. Dossier Chabassière .— SHD Vincennes, GR 16 P 115709 (nc) .— Archives familiales et recherches Hugues Chabassière .— Gilles Lévy, Francis Cordet, A nous Auvergne !, Paris, Presses de la Cité, 1981 .— Journal Valmy .— Mémoire des hommes .— Mémorialgenweb .— Musée de la Résistance de la zone 13 .— État-civil d’Ayat-sur-Sioule et d’Yzeure.

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