ROUX Jean, Marie

Par Patrick Bec

Né le 9 janvier 1920 à Chavagnac (Cantal), exécuté sommairement le 20 juin 1944 à Saint-Paul-des-Landes (Cantal) ; domestique agricole ; résistant au sein des Forces françaises de l’intérieur (FFI).

Jean, Marie Roux était le fils de Blaise, Jean Roux, facteur à Allanche, né le 3 février 1887 à Chavagnac, et de Marguerite, Augustine, Marie Valy née 1896 en Lozère. Après son service militaire à Aurillac (Cantal), Blaise avait voyagé dans l’Aisne, en région parisienne puis s’était installé comme cultivateur dans la ferme familiale à Chavagnac en 1913. Mobilisé le 7 août 1914, il est blessé par balle au bras droit le 7 juillet 1915 dans le Bois de Jury (Meurthe-et-Moselle) et réformé pour infirmité en août 1916. Blaise et Marguerite se marient à Chavagnac le 13 octobre 1917. Ils eurent quatre enfants. Jean, l’aîné voit le jour à Chavagnac puis la famille s’installe à Allanche (Cantal) où naissent son frère Raymond en 1922 et ses deux sœurs, Cécile en 1923, et Marthe née en 1925.
Jean Roux se maria à Chavagnac le 28 juillet 1942 avec Alice, Augustine, Marguerite Magot. En 1944, domestique agricole à Chavagnac, il rejoignit le maquis et fit partie avec son frère du 10e groupe FFI du Cantal.
Le journal Le Cantal Libre du 2 septembre 1944 relate leur fin tragique. « D’abord séparés par les circonstances, ils se retrouvaient dans la même unité lorsque l’un d’eux fut chargé d’une mission périlleuse. Son frère voulut l’accompagner. »
Une colonne allemande composée d’une centaine de véhicules venant de la Margeride et ne pouvant emprunter la route nationale 122 obstruée par le maquis, prend la route du Puy Mary pour rejoindre Tulle (Corrèze). Arrivés au Pas de Peyrol, les Allemands descendent vers le Bois Mary et doivent s’arrêter au tournant du Puy de la Tourte : les FTPF avaient fait sauter le mur de soutènement et les voitures ne pouvaient plus passer. Ils font demi tour et prennent la direction d’Aurillac. Le 19 juin 1944, entre le Pas de Peyrol et Mandailles, ils capturent trois maquisards, les deux frères Jean-Marie et Raymond Roux, Oswald Ortis, d’origine espagnole, ouvrier au barrage de l’Aigle où est implanté un maquis de l’ORA. Plus loin Victor Guéroc, ancien aviateur, photographe à Riom-ès-Montagnes (Cantal), qui recherche le gendarme Lagrange tué la veille, est intercepté à son tour. Tous les quatre sont conduits à Aurillac.
Le lendemain 20 juin 1944, vers 10 heures, la colonne allemande poursuit sa route vers Tulle en emmenant les prisonniers. Au cours d’un arrêt dans le bourg de Saint-Paul-des-Landes, les captifs enchaînés reçoivent l’ordre de descendre du véhicule et sont conduits devant le cimetière. Là, ils furent alignés dans le fossé face à la porte d’entrée et abattus par deux rafales de mitraillettes dans le dos. Puis la troupe repartit.
Dans sa citation, le commandant Didier ajoute que Jean Roux, « fait prisonnier par l’ennemi au cours d’une mission, a refusé malgré un interrogatoire sévère de renseigner l’ennemi sur le cantonnement de ses camarades. Il a été exécuté par fusillade à Saint-Paul-des-Landes le 20 juin 1944. Jean Roux a eu un cran magnifique devant ses bourreaux. »
« La population de Saint-Paul-des-Landes qui assistait impuissante et horrifiée à l’exécution les a vu se tenant par la main comme au temps de leur enfance, et poussant ensemble un même cri « Vive la France », avant de tomber sous les balles allemandes. » conclut Le Cantal Libre cité par Jean Favier.
Le groupe des frères Roux appartenait au Bataillon Didier, au sein de l’ORA. Il était partie en reconnaissance depuis le plateau de Néronne (Cantal) où se formaient plusieurs bataillons FFI, en particulier ceux de l’ORA. Pris dans l’embuscade, ils avaient refusé de révéler le lieu de cantonnement de leurs camarades malgré les sévices et les menaces reçues.

Le maire de Saint-Paul-des-Landes, Monsieur Clamagirand, décida de faire à ces quatre morts anonymes des funérailles solennelles auxquelles assista toute la population saint-pauloise. « Si les Allemands viennent, personne ne bouge », telle était la consigne des autorités municipales.

Jean, Marie Roux avait 24 ans lorsqu’il a été tué avec son frère Denis, Raymond Roux, Victor Guérocet Osvald, Louis Ortis. Il a été déclaré Mort pour la France. Il a été identifié grâce à l’alliance qu’il portait.
Le nom de Jean Roux est inscrit sur le monument aux Morts d’Allanche, le Monument de la Résistance de Saint-Flour (Cantal), sur la plaque commémorative du Col de Néronne et sur la stèle du cimetière de Saint-Paul-des-Landes. Son nom et celui de son frère est gravé dans la pierre du monument élevé par leurs camarades au centre de la cité ouvrière du barrage de l’Aigle. Quatre ans après le drame, la veuve de Jean Roux et sa mère n’avaient toujours pas touché la moindre pension en raison des lenteurs de l’administration à délivrer un certificat FFI pour les deux victimes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article222400, notice ROUX Jean, Marie par Patrick Bec, version mise en ligne le 2 février 2020, dernière modification le 11 janvier 2022.

Par Patrick Bec

SOURCES : SHD Vincennes, GR 19 P 15/37 : ORA : Bataillon Didier. —SHD Vincennes, GR 16 P 525429. Dossier de résistant Jean Marie Roux (nc) .— AVCC Caen, AC 21 P 147603 et AC 21 P 667425. Dossiers Jean Marie Roux (nc) .— Eugène Martres, Le Cantal de 1939 à 1945 - Les troupes allemandes à travers le Massif Central, Cournon, De Borée 1993 .— Jean Favier, Mémorial du réduit de la Truyère, Aurillac, Union des ACVG - CVR du Cantal, Musée de la Résistance d’Anterrieux, 2008 .— site Internet www.xaintrie-passions.com .— Jean-Louis Salat, L’Aigle sur Dordogne, Quota éditeur 1987 .— MémorialGenWeb .— État civil (AD 15)

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