PAIN Jean, Paul [Pseudonymes dans la résistance : Vittel, Papin, Karl, La Fayette]

Par Jean-Luc Marquer

Né le 11 octobre 1891 à Paris, XVIIIème arr., sommairement exécuté le 26 novembre 1943 à Voreppe (Isère) ; journaliste ; résistant homologué Forces françaises de l’Intérieur et interné résistant

Jean, Paul Pain était le fils de Jean, Alphonse et d’Élisa Patrigeon.
Lors de son recensement militaire en 1911, il déclara être artiste-peintre.
Il fut exempté pour "bronchite spécifique".
Appelé sous les drapeaux en 1914, il fut classé service auxiliaire et rejoignit la 20ème section des secrétaires d’état-major en novembre 1915.
Il fut affecté à l’état-major de l’Armée d’Orient à partir du 5 juillet 1916, puis rejoignit le 372ème RI à partir du 16 avril 1917, où il servit comme agent de liaison en Macédoine et Albanie.
Il fut cité à l’ordre du Régiment le 20 septembre 1917 et décoré de la Croix de Guerre.
Il retourna à la 20ème section SEM à partir du 24 novembre 1917, toujours dans l’Armée d’Orient et revint en France malade. Il fut hospitalisé du 26 février au 5 novembre 1918.
Rendu à la vie civile le 20 août 1919, il se retira 32 rue Vineuse à Paris, XVIème arr.
Il s’installa à Grenoble vers 1930. En 1938, il devint correspondant du Progrès de Lyon, avant de devenir celui du Lyon Républicain après que le Progrès se fut sabordé.
Il était également correspondant de la Tribune républicaine de Saint-Etienne (Loire).
Jean Pain s’engagea très tôt dans la Résistance et fut nommé responsable du service "Maquis" du mouvement Combat. Il devint par la suite chef départemental ROP (Recrutement, Organisation, Propagande) de ce mouvement et délégué des groupes francs de Combat à la France Combattante.
Enfin, il fut l’adjoint du docteur Gaston Valois, chef des MUR de l’Isère.

La plupart des auteurs place l’arrestation de Jean Pain le 25 novembre 1943. Toutefois les témoignages relevés par la police le 27 novembre 1943 et consultables aux Archives départementales du Rhône et Métropole indiquent le vendredi 26 novembre 1943 comme date de cette arrestation. (témoignages d’Henri Roucau, employé au "Petit Dauphinois" et Marie-Lucienne Garbel, cabaretière au café du Tribunal).
Le 25 ou le 26 novembre 1943, vers 11h30, deux individus se présentèrent au café du Tribunal, place Saint-André, établissement de prédilection des journalistes grenoblois, et demandèrent Jean Pain, de la part de son neveu de Lyon. Le journaliste était absent et la patronne répondit qu’il serait là vers 18 heures.
Vers 18h30, les deux inconnus qui étaient deux Allemands de la Sipo lyonnaise, Steingritt et Henry, revinrent et demandèrent à nouveau Jean Pain.
Celui-ci s’avança spontanément vers eux. Il fut immédiatement arrêté, menotté et enfourné dans une voiture.
Il fut conduit dans une villa réquisitionnée par la police de sureté allemande, 2 rue Charles Baudelaire et qui était utilisée par un commando venu de Lyon et composé de policiers allemands et de membres du Mouvement National Anti Terroriste (M.N.A.T.), un groupuscule d’extrême-droite collaborationniste créé et dirigé par Francis André, dit "Gueule Tordue", et exécuteur des basses besognes pour les Allemands.
Jean Pain fut interrogé par Francis André. Celui-ci, arrêté après la Libération, déclara qu’il avait trouvé en le fouillant un carnet sur lequel étaient portés les noms et les pseudonymes de quelques résistants de la région grenobloise. Sur ce carnet étaient ainsi inscrites les indications "La Fayette" et "Hoche" que Jean Pain admit se rapporter au docteur Valois et à lui-même.
Bousculé et maltraité, voire torturé, il aurait également avoué l’existence d’une "boîte à lettres", un magasin de photos tenu par les époux Bonnin-Arthaud, 1 rue de Strasbourg à Grenoble et indiqué la planque du secrétaire du Docteur Valois, Henri Maubert.
Après une demi-heure d’interrogatoire, Jean Pain fut emmené par deux Allemands Gricht et Moritz, et un membre du MNAT, Athénose. C’est ce dernier qui l’exécuta.
On retrouva le corps du journaliste le lendemain matin, 27 novembre 1943, sur la route de Lyon, au bas de la montée du Chevalon à Voreppe (Isère).
Il était criblé de balles de fort calibre, tirées presque à bout portant. L’une d’elle était entrée par la nuque et ressortie par un œil.
Jean Pain fut enterré au cimetière du Grand Sablon à Grenoble, carré 3 rang 14.
Il fut homologué résistant membre des Forces françaises de l’Intérieur et interné résistant.
Il fut décoré de la Médaille de la Résistance avec rosette.
Son nom figure sur le monument aux victimes de la Saint-Barthélémy de la Résistance grenobloise.
Il existe un boulevard Jean Pain à Grenoble, une rue Jean Pain à Fontaine (Isère) et une allée Jean Pain à Voreppe.


Voir : Grenoble (Isère), 25 au 29 novembre 1943, la Saint-Barthélémy grenobloise

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article222558, notice PAIN Jean, Paul [Pseudonymes dans la résistance : Vittel, Papin, Karl, La Fayette] par Jean-Luc Marquer, version mise en ligne le 9 février 2020, dernière modification le 5 janvier 2021.

Par Jean-Luc Marquer

SOURCES : Arch. dép. Rhône et Métropole, Mémorial de l’oppression, 3808 W 676 — Arch. Paris, RMM, D4R1 1626 — SHD Vincennes, GR 16 P 455068 (à consulter) — AVCC Caen SHD, AC 21 P 654644 (à consulter) — Pierre Giolitto, Grenoble 40-44, Perrin, 2001 — Patrice Escolan, Lucien Ratel, Guide Mémorial du Vercors résistant, le Cherche-Midi, juin 1994

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