DENIS Jacques [SPIEWAK Jacques, dit]

Par Claude Willard

Né le 26 mai 1922 à Metz (Moselle), mort le 14 septembre 2008 ; peintre en bâtiment ; militant des Jeunesses communistes ; résistant ; rédacteur à L’Avant-Garde (1944-1948) ; membre du bureau national de l’UJRF, puis de la JC (1950-1959), secrétaire général de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (1950-1957), secrétaire de Maurice Thorez (1960-1964), membre du comité central du PCF (1961-1996) ; responsable adjoint de la polex (1964-1994) ; parlementaire européen (1979-1984) ; co-président du Conseil mondial de la paix ; domicilié à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) des années 1950 à sa mort.

Enfants de Max Spiewak, d’origine juive polonaise qui s’installa en France en 1920 comme ouvrier du bâtiment, Jacques Spiewak et ses deux sœurs acquirent la nationalité française par déclaration parentale. Max Spiewak, exclu du PCF en 1929, à l’époque du « groupe Barbé-Celor » dit son fils (et réhabilité après-guerre), resta communiste de cœur et marqua de son empreinte Jacques Spiewak. En 1932, à la recherche d’un travail, il déménagea à Nice et, là, s’installa à son compte comme artisan.
Jacques Spiewak fit de brillantes études primaires à Metz et Nice, décrocha aisément le certificat d’études primaires et suivit l’École des arts décoratifs. Mais, faute d’argent, il dut stopper ses études et travailler avec son père, puis pour d’autres employeurs.
En 1937, il adhéra à la FSGT et à la JC. Deux ans plus tard, il devint le secrétaire du groupe JC de son quartier Riquier-Port, membre du comité régional JC, et collabora à la rubrique jeunesse du Cri des Travailleurs.
Ayant maintenu le contact durant la drôle de guerre, Jacques Spiewak participa à la reconstitution, durant l’été 1940, d’un petit groupe JC dans son quartier, qui diffusa notamment l’appel de juillet 1940. Les liens avec le PCF, rompus après les arrestations de novembre 1940, furent rétablis en 1941, par l’intermédiaire de Charles Faraut : notamment travail de propagande et organisation de la solidarité avec les prisonniers politiques. Il fréquentait alors un groupe des Auberges de jeunesse, les Camroute (Camarades de la route), qui réunissait des jeunes de diverses sensibilités de gauche.
Au début de 1942, par l’intermédiaire de son père, Jacques Spiewak fut contacté par la Main-d’œuvre ouvrière immigrée (MOI) pour appartenir, bien que Français, au triangle de direction de la JC de la MOI. Il fut chargé de créer le Front patriotique de la jeunesse. Mais, après une entrevue avec l’interrégional cadres, Marcel Roucaute*, Jacques Spiewak eut comme tâche de reconstituer la JC française, dont il devint le responsable régional (Alpes-Maritimes, Basses-Alpes). Il organisa ainsi une manifestation pour commémorer Valmy (septembre 1943).
En octobre 1943, après l’occupation allemande de la région, Jacques Spiewak, pour des raisons de sécurité, fut muté à Nîmes, comme responsable régional (Gard, Lozère). Il prit alors le pseudonyme de Denis, par référence à Diderot (nom qui sera plus tard légalisé). Au cours de l’hiver, il contribua à créer un maquis des JC aux Plantiers (Lozère). Après des arrestations qui amenèrent une rupture de contacts (mai-juin 1944), Jacques Denis fut envoyé en juillet à Lyon, centre de la « zone sud », comme responsable régional des JC. Il participa à la libération de la ville.
De la fin d’octobre 1944 à 1948, Jacques Denis fut, à Paris, rédacteur de L’Avant-Garde, écrivant entre autres les « échos de Gavroche ». En 1948, il fut élu membre du comité national de l’UJRF, responsable de son secteur international et, en même temps, secrétaire du Comité français de la jeunesse démocratique. Il fut ainsi un des initiateurs de la Journée mondiale contre le colonialisme, le 21 février 1949 : pétition contre la guerre d’Indochine, collage d’une affiche représentant un soldat français portant la tête coupée d’un Vietnamien. Il organisa aussi la délégation française au congrès international de la Jeunesse travailleuse (Varsovie, 1948) et assuma la responsabilité de la délégation française au Festival de Budapest (1949).
De la fin de 1950 à 1957, Jacques Denis fut secrétaire général de la FMJD, siégeant à partir de 1951 à Budapest. Séparé de sa famille, il était très souvent en voyage, volant de congrès en festivals (Berlin 1951, Bucarest 1953, Varsovie 1955, Moscou 1957), multipliant les missions d’études (notamment en Afrique noire), avec un sérieux handicap : le refus des autorités françaises, jusqu’à la paix avec le Vietnam (juillet 1954), de lui renouveler son passeport, en raison de poursuites intentées contre lui pour son action contre la guerre d’Indochine et son implication dans le « complot des pigeons ».
À son retour en France, à l’automne 1957, Jacques Denis, toujours membre du bureau national de la JC, fut affecté un court moment à son secteur international. Mais, dès décembre 1957, il fut recruté par Raymond Guyot*, chargé alors de mettre en place la section de politique extérieure du comité central (la « polex »). Jacques Denis, à l’origine, était chargé essentiellement de l’Allemagne (RFA, RDA) ; mais, avec la réduction des effectifs consécutive à la baisse des ressources financières du PCF en 1958, son domaine s’étendit à l’Europe entière, aux côtés de Marius Magnien* s’occupant des autres continents.
En 1959, Jacques Denis accompagna Maurice Thorez* dans son voyage en RDA. Sur sollicitation de Thorez, il fut, au début de 1960, affecté à son secrétariat : secrétaire parlementaire (assurant ses permanences à Ivry, participant à sa place aux réunions du groupe parlementaire) et secrétaire politique, travaillant dans le même bureau que Georges Cogniot*, au siège du comité central (CC). Jacques Denis fut élu membre suppléant du CC en 1961, membre titulaire en 1964 (jusqu’en 1966). Sur demande de Thorez, Jacques Denis, pour mieux assumer ses fonctions de secrétaire parlementaire, déménagea, au cours de l’été 1961, d’Argenteuil à Ivry. Membre du comité fédéral de Seine-et-Oise (1958-1961), il fut alors élu au comité fédéral de Seine-Sud (juin 1962-octobre 1974).
En mai 1964, Waldeck Rochet* devint secrétaire général, Thorez président, et Cogniot se retira du CC. Durant deux mois, Jacques Denis resta seul secrétaire de Thorez qui projetait notamment d’écrire. Après la mort de Thorez, en juillet 1964, Jacques Denis fut chargé de classer ses archives, prélude à la création (décidée en septembre 1964, réalisée en 1966) de l’Institut Maurice Thorez.
À la fin de 1964, Jacques Denis fut nommé responsable adjoint de la polex (à laquelle il n’avait point cessé de collaborer). Il le resta jusqu’au XXVIIIe congrès (1994), avec tour à tour Raymond Guyot*, Jean Kanapa*, Maxime Gremetz* et Francis Würtz*. À la conférence des pays capitalistes d’Europe (Bruxelles, 1er-3 juin 1965), Jacques Denis fut chargé de proposer une conférence sur la sécurité européenne de tous les partis communistes européens, qui se tint en 1967 à Karlovy-Vary. Avec Kanapa, Jacques Denis écrivit en 1969 Pour ou contre l’Europe, réflexions sur l’intégration européenne et sur la dissolution des blocs, dans la perspective de ce que sera l’Acte final d’Helsinki. Il participa en 1970, avec Louis Saillant et Louis Joxe, à la fondation du Centre français pour la sécurité et la coopération européennes. S’occupant toujours de l’Allemagne, Jacques Denis accompagna Georges Marchais dans son premier voyage en RDA (1972). Il appartint depuis le début à la présidence collective des Échanges franco-allemands, transformés un temps en France-RDA.
Avec Jean Kanapa et Gérard Streiff, Jacques Denis prépara la conférence européenne des partis communistes (Berlin, 1976), où Marchais exposa les critiques du PCF face à ces formes de réunions formelles ; et, en mars 1977, il participa, avec le secrétaire général et J. Kanapa, au sommet franco-hispano-italien de Madrid, où furent formulés les grands thèmes de l’« eurocommunisme ».
Depuis sa fondation, Jacques Denis appartint au conseil national du Mouvement de la paix. Quand les raisons de santé en écartèrent Raymond Guyot, il fut élu membre du bureau national et vice-président du conseil mondial de la paix. Après sa restructuration en 1990, il devint (et le resta jusqu’à nos jours) co-président du conseil mondial de la paix.
De 1968 à 1981, Jacques Denis fut candidat aux élections législatives dans la circonscription Alfortville-Charenton (Val-de-Marne). De 1979 à 1984, il fut député européen : vice-président de la commission du développement et de la coopération, il devint vice-président de l’Assemblée consultative des États d’Afrique, Caraïbes, Pacifique et CEE (ACP-CEE). À partir de 1994, Jacques Denis fut en charge au CN du collectif national « Paix, sécurité, désarmement ».
Jacques Denis était médaillé de la Résistance.
De son union avec Odette Iltis naquirent quatre enfants : Jean-Louis, Annie, Jacqueline, Hélène.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22272, notice DENIS Jacques [SPIEWAK Jacques, dit] par Claude Willard, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 28 octobre 2009.

Par Claude Willard

ŒUVRE : La marche de la France au socialisme (en collaboration), Éd. sociales, 1966. — Pour ou contre l’Europe (en collaboration), Éd. sociales, 1969. — Présentation de l’Acte final d’Helsinki, Éd. sociales, 1975. — Liberté d’opinion, Éd. sociales, 1976.

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Parti communiste français, fédération des Alpes-Maritimes, Le Parti communiste et ses militants dans la Résistance des Alpes-Maritimes (rédigé par Max Burlando), La Trinité, 1974. — Interview de Jacques Denis (1997).

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