DENIS Jean, François

Par Stéphane Paquelin

Né le 25 décembre 1933 à Dijon (Côte-d’Or) ; ouvrier ébéniste ; syndicaliste CFTC puis CFDT, secrétaire général de l’UD de Côte-d’Or (1963-1970), un des fondateurs et principaux animateurs de l’Union régionale interprofessionnelle de Bourgogne ; militant du Parti socialiste.

Son père, né en 1905 à Moroges en Saône-et-Loire, après avoir été ouvrier agricole chez un maraîcher, vint s’installer à Dijon où il travailla au lycée Carnot comme ouvrier d’entretien. Il militait à la CGT sans responsabilités significatives et était sympathisant communiste. Deuxième de six enfants, Jean Denis obtint le certificat d’études primaires, suivit un apprentissage d’ébéniste chez un artisan de Dijon d’octobre 1947 à 1950 et obtint un CAP grâce à des cours du soir qui venaient compléter le travail quotidien en atelier.
Pendant une année, sa vie professionnelle fut mise entre parenthèses pour raisons de santé. Cet hiatus eut des conséquences importantes dans la mesure où il lui donna l’occasion de redécouvrir la religion. Les cours de catéchisme l’avaient sans doute doté d’une culture chrétienne de base, à l’instar de ses frères et sœurs, mais il ne pratiquait plus. Son chômage forcé lui permit de rencontrer le père Mortureux, curé de Chenôve, qui le mit en contact avec la JOC. Il s’y engagea et assuma rapidement des responsabilités, notamment dans la paroisse Saint-Michel de Dijon, de 1952 à 1954, après quoi l’obligation d’effectuer son service militaire le maintint un temps éloigné de ce mouvement.
À son retour en 1957, Jean Denis reprit sa place dans la vie active et trouva rapidement un emploi dans une entreprise de mobilier. Cette année fut également le moment de la prise de sa première carte syndicale. Il hésita entre la CGT et la CFTC. Il connaissait la première par son père, mais les positions de cette centrale durant la période de la guerre d’Algérie et les liens qu’il supposait entre cette organisation et le PCF lui disconvenaient. D’autre part, son passé jociste le poussait à opter pour la CFTC et ce fut finalement cette inclinaison qui l’emporta. Il accéda alors rapidement aux fonctions de trésorier du syndicat de Dijon du bâtiment, du bois et de l’ameublement, qui comptait plusieurs dizaines d’adhérents, et, en 1960, en devint le principal dirigeant.
Parallèlement, Jean Denis fut élu pour la première fois au conseil de l’UD-CFTC de Côte-d’Or lors du congrès de 1957. En 1963, il entra à son bureau et devint permanent syndical. Il s’agissait de le placer en position de succéder au secrétaire général sortant Henri Potot*. Les deux hommes se connaissaient de longue date, mais les premiers contacts pris pour envisager ce transfert de pouvoir avaient eu lieu dès 1962 et la décision fut arrêtée en juillet 1963. Dans le contexte du moment le principal dossier à traiter était de préparer l’évolution de la CFTC dans le département en faisant en sorte que le plus possible de militants l’acceptent, ce qui tend à montrer que la scission était alors considérée comme inéluctable ou tout au moins comme très fortement probable et qu’il s’agissait surtout d’en limiter la portée. De fait, Jean Denis sut atteindre cet objectif puisque seuls quelques syndicats isolés refusèrent d’entériner la décision prise lors du congrès confédéral extraordinaire de 1964. La transition entre Henri Potot et Jean Denis ne fut pas sans conséquences, notamment sur le plan des rapports entre la nouvelle centrale et la CGT. En effet, Jean Denis était assez favorable à une unité d’action, ce que l’on peut expliquer par sa connaissance de cette organisation par le truchement de son père ainsi que par son passé jociste, alors qu’Henri Potot y était franchement opposé.
Jean Denis resta secrétaire général de l’Union départementale CFDT de Côte-d’Or jusqu’en 1970, date à laquelle il fut remplacé par Daniel Amiot*. Il se consacra alors à la mise en place de l’Union régionale interprofessionnelle de Bourgogne (URIB), en conformité avec une impulsion venue de la confédération, qui était destinée à suivre les prémices d’une politique de régionalisation. Il put mettre au service de cette tâche l’expérience acquise dans le cadre de la formation syndicale organisée autour d’un Comité régional de formation dont il fut partie prenante dès son entrée au bureau de l’UD. Celle-ci lui fut très utile pour venir à bout des fortes résistances des militants de la Nièvre, de l’Yonne et, dans une moindre mesure, de la Saône-et-Loire. Finalement, en 1971, l’URIB commença à exister et il en conserva la direction jusqu’en 1973. Il abandonna cette tâche et le travail de permanent par la même occasion pour des raisons d’ordre familial.
Après avoir cherché un emploi durant toute l’année 1973 - il refusa notamment de travailler pour la confédération au secteur économique -, il fut embauché comme aide-comptable à l’Union départementale mutualiste dont il était simple adhérent depuis 1947. Il occupa dans cette organisation différents emplois jusqu’à son départ à la retraite en 1994. Il fut ainsi économe du foyer Georges-Sand de Chenôve en 1977 avant de prendre en charge le foyer de logement R. Grandjean nouvellement créé à Talant. À chaque fois une formation lui fut offerte, notamment un diplôme universitaire de gérontologie. Il milita encore sur le plan syndical mais sans réellement prendre de responsabilités. Après son départ à la retraite, il prit en charge, avec Daniel Amiot et Henri Potot, l’organisation des retraités CFDT à l’échelle de la région Bourgogne.
Jean Denis s’était également engagé sur le plan politique. À partir de la fin des années 1960, il fut membre du Parti socialiste SFIO puis du PS, proche du CERES. Localement, il était proche de Roland Carraz. Un désaccord avec ce dernier, dont il contestait les méthodes selon lui trop autoritaires, l’amena à rompre avec le PS en 1981, sans complètement cesser d’agir sur le plan politique. En effet, en 1989, il se présenta sur une liste municipale de tendance socialiste à Talant, dans la banlieue dijonnaise.
Après son départ à la retraite, outre son militantisme syndical chez les retraités, il s’engagea dans deux associations, l’une s’occupant d’organiser des visites aux malades, l’autre, dont il était en partie responsable, se consacrait à l’accompagnement des personnes en fin de vie. Il s’y occupait notamment de la formation de nouveaux bénévoles.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22273, notice DENIS Jean, François par Stéphane Paquelin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 22 novembre 2021.

Par Stéphane Paquelin

SOURCES : Arch. Dép. Côte-d’Or, 1190W116. — Fonds UD-CFDT Côte-d’Or et Fonds URIB, déposés à ADIAMOS. — Le Bien Public, Les Dépêches. Coupures de presse extraites du fonds URIB, datant du mois de septembre 1963. — Entretien avec l’intéressé le 12 juin 2002.

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