LO Momar

Par Ndiouga Diagne

Né le 24 décembre 1949, à Linguère – Instituteur, syndicaliste, écrivain - 1957, débuts à l’Ecole Régionale de Linguère - 1976-1977 débuts de carrière d’instituteur - entre 1979-80 affectation à l’Ecole Régionale de Linguère - 1988 à 2000 militantisme dans la LDMPT (La Ligue démocratique/Mouvement pour le parti du travail) - 2000 militantisme dans le PDS

Né le 24 décembre 1949, à Linguère au Nord du Sénégal, Momar Lô, père de deux enfants (Lat Sall Lo, Bocar Lo), est issu d’une famille monogame de 9 enfants. Son père, Alé Lo est un menuisier employé par l’administration coloniale à la préfecture de Linguère. Sa mère, Ngouille Ndiaye, est ménagère. Sa sœur aînée, Ngouille guissé Lo, est la première de la famille à fréquenter l’école française. Seuls quatre enfants de la famille iront à l’école. Durant la période coloniale, pour vaincre la réticence de certains parents , l’administration contraignait les employés indigènes à scolariser leurs enfants. À peine âgé de trois ans, Momar Lô reçoit une éducation religieuse. C’est ainsi qu’il fréquente l’école coranique où son « Serigne daara » ou maître coranique, Baye Samba Diaw, l’initie à l’apprentissage du Coran et aux principes de base de la religion musulmane.

En 1957 alors qu’il est âgé 7 ans, il fréquente l’école régionale de Linguère, devenu dans les années 1980, école Birame Seck. L’école régionale de Linguère est l’une des plus anciennes écoles du cercle de Linguère. C’est dans ce contexte d’administration directe et de mise en œuvre de la politique éducative de la France que Momar Lô entre dans cette école. Durant les années passées au sein de l’école, son maitre en classe de Cm1, Bassirou Diop, l’a fortement marqué. Il se souvient aussi du capitaine Sapoie, le commandant de cercle de Linguère, qui habitait dans la maison du préfet. Le capitaine Sapoie se promenait tous les jours dans le cercle avec sa chicotte.
Le nom de Linguère vient de Linguère Boury Djilène Ndao dont l’école maternelle porte le nom. Cette femme habitait au village de Guénéne qui se situe à environ 2 km du quartier de Coumba Linguère. Elle lavait son linge dans les marigots voisins. À la longue, elle avait construit un hangar où elle passait ses journées. Par la suite d’autres personnes, venues s’établir sur les lieux, ont formé un hameau et l’ont appelé Linguère. Progressivement les hameaux sont devenus des villages, puis l’administration coloniale a érigé Linguère en Cercle dans les années 1920. Les premiers habitants de la localité sont des wolofs. Les Peuls vivent aux alentours de Linguère pour mieux surveiller leur bétail.

Ayant obtenu le Certificat de Fin d’Études Élémentaires (CFEE), Momar Lô s’inscrit au Lycée André Peytavin de Saint-Louis en classe de sixième, en 1963. À cette époque, il n’existe pas de collèges encore moins de lycée à Linguère. Les élèves rejoignent soit Saint-Louis, la capitale d’alors, soit Dakar. Le chemin de fer est alors le seul moyen de transport, les routes étant impraticables et défectueuses pour la plupart.

Après avoir obtenu son Brevet de Fin d’Etudes Moyens (BFEM) en 1968, Momar Lô est orienté en classe de 2d en série C, mathématique et technique. Dans cette série, les meilleurs élèves de mathématique sont sélectionnés et viennent de tout le Sénégal. Au lycée André Peytavin, tous les professeurs sont des Européens
En 1971, Momar Lô obtient son Bac et s’inscrit en Maths et PC à la faculté des sciences de l’université de Dakar. Il loge à HLM 5 et fréquente des musiciens, des syndicalistes, des littéraires, des politiciens, etc. Dans les quartiers généraux et au sein de l’université les débats sont contradictoires et houleux. Il est découragé par ses études et finit par être renvoyé en 1973. Durant les deux années qu’il a passé à Dakar, Momar Lô fréquente les membres de la FEUPS (Fédération des étudiants de l’union progressiste sénégalaise) et de l’UDES (Union des étudiants du Sénégal) sans toutefois occuper de poste de responsabilité. Son engagement syndical se limite alors à participer aux débats des mouvements d’étudiants.

En 1975 alors qu’il a entamé une formation pédagogique pour être professeur, il l’abandonne pour intégrer le Centre de Formation Professionnelle des Stagiaires (CFPS) de Thiès. Ce centre forme les futurs instituteurs. Dans la sous-région, la Guinée Bissau vient d’accéder à l’indépendance et les écoles de la frontière sont toutes fermées. En 1976, la relative accalmie en Guinée coïncide avec la réouverture des écoles. C’est ainsi que Momar Lô est affecté à Saré Dembéyel (à 23 km de Dabo), en Casamance. Il entreprend un véritable périple pour y accéder. Il comprendra quand il apprendra qu’il y a encore des mines aux alentours de son lieu de service. Bien que l’enseignement se fasse en français, il est obligé d’apprendre le Manding et le Poular.

Après 3 ans de service, il est affecté, en 1979-80, à l’école régionale de Linguère. Le taux de scolarisation des filles est resté faible par rapport à celui des garçons jusqu’aux années 1980. En 1995, Momar Lô ouvre l’école 4 dans le quartier Coumba de Linguère. Devenu le directeur de cet établissement scolaire, il parvient à recruter une quarantaine de filles dans l’école, une première dans cette localité. Grâce au Programme Régional pour le Développement Rural (PDR), l’école bénéficie de plusieurs salles de classe. Le projet de l’Agence Française de Développement (AFD) est à l’origine de la construction du mur de l’école et de l’électrification. L’école se dote également d’une salle d’informatique entre 2005-2006. C’est une des premières écoles de la région à bénéficier de l’internet. Momar Lo s’est formé à l’informatique et à la maintenance réseau, à l’Office National de Formation Professionnelle (OFNP), créé par la Loi n°86-44 du 11 Août 1986, dont l’une des missions consiste à coordonner l’action de formation professionnelle des organismes d’aides bilatérales ou multilatérales. Au terme de cette formation, il soutient que « tous les récipiendaires peuvent maintenant utiliser l’outil informatique à bon escient ».

Militant engagé, Momar Lo adhère au mouvement « Abdoo ci doy » en 1988. Ce mouvement, né dans le contexte de l’élection présidentielle du 28 février 1988, le même jour que les élections législatives, a pour mission de participer à la réélection du Président Abdou Diouf en lui affirmant son soutien et sa confiance. En 1993, avec des spots publicitaires, on apprend aux Sénégalais comment voter. Ce sont les années du « Wàte Faŋŋ » qui peut se traduire littéralement comme voter sans secret ou au grand jour. Voter au vu et au su de tout le monde et en présence des notables et des parents.

Le 31 décembre 1987, lors de son discours, le président Diouf déclare « Citoyens, aux impôts » suite aux mauvaises récoltes dues en partie à la rareté des pluies et aux criquets envahisseurs : C’est les IRPP : l’Impôt sur les Revenus des Personnes Physiques, décrété par le gouvernement en 1987, dont le taux s’applique sur le revenu imposable net par part de quotidien familial. Les syndicats d’enseignants du primaire, moyen-secondaire et universitaire entrent en grève contre ces mesures. C’est dans ce contexte que Momar Lo écrit un texte, intitulé « Citoyens, aux impôts », dans lequel il critique vivement les mesures prises par le président Abdou Diouf. En 1988, il y avait à Thiès des jeunes qui perturbaient le meeting de campagne d’Abdou Diouf et le Président a proféré entre autres mots « nous avons une jeunesse mal saine et une certaine presse ».

Après avoir passé 12 ans à la tête du Sénégal, le Président Abdoulaye Wade décide, lors de son second mandat, de ne pas se représenter à l’élection présidentielle de 2012. Interrogé, après son revirement, il déclare « Ma Waxone Waxeete » qui veut dire littéralement mes propos ne tiennent plus. Il est alors candidat à l’élection présidentielle malgré les contestations, les soulèvements et notamment les manifestations du M.23. Momar Lô écrit un texte intitulé « wax waxeete » pour répondre aux propos du Président Abdoulaye Wade. Les textes, écrits à l’époque contre les présidents Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, et les maux dont souffre le pays, ne sont pas publiés. Ce n’est qu’en 2018 qu’il les réunit dans un ouvrage intitulé WAXI DOF BA, Ruba Éditions, Dakar-Sénégal, qui signifie la parole du fou.
De 1988 à 2000, Momar milite au sein du Parti Démocratique Sénégalais (PDS), section Linguère. Le rôle joué par Abdoulaye Wade durant cette période n’est plus à démontrer, mais bien des militants qui l’ont accompagné sont aujourd’hui oubliés. Après l’alternance et l’accession de Wade au pouvoir, à la suite de sa victoire aux élections présidentielles, le groupe de Momar Lo est renvoyé des instances du parti à Linguère. En 2000, il milite dans la Ligue Démocratique/Mouvement pour le Parti du Travail (LDMPT), officiellement reconnue en juillet 1981 dans le cadre du multipartisme, une dissidence du parti africain de l’indépendance (PAI). Ses prises de paroles incendiaires dérangent les hommes politiques de Linguère. Momar Lô se retire de la LD lorsqu’il se rend compte qu’on ne l’informe plus des réunions et qu’il ne reçoit plus de compte rendu. Ses critiques, à l’endroit des instances dirigeantes du parti, quant à la gestion locale justifient sa mise à l’écart. Il prend alors la décision de se retirer de la vie politique. En tant qu’instituteur, il adhère au syndicat des instituteurs de Linguère duquel il se retire après sa retraite.

Entre école coloniale et postcoloniale, Momar Lô a connu trois drapeaux : celui de la France, de la Fédération du Mali et enfin du Sénégal. Connu et respecté dans son milieu, il est un homme cultivé et singulier. Il dégage l’allure d’un vieil anarchiste. Il explique que durant sa vie, il y a eu des « moments de flottements » dont il assume l’entière responsabilité. Militant engagé au service du Sénégal et de Linguère, Momar Lô, en retraite depuis 2010, a formé plusieurs générations au cours de ses 30 ans de service. Momar Lô a souvent pris des positions en désaccord avec les décisions des autorités locales et nationales mais est toujours resté fidèle à ses convictions.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article222810, notice LO Momar par Ndiouga Diagne, version mise en ligne le 11 février 2020, dernière modification le 11 février 2020.

Par Ndiouga Diagne

Bibliographie :
Momar Lo, WAXI DOF BA, Ruba Éditions, Dakar-Sénégal, 2018, 54 p.

SOURCES
Entretien avec Momar Lo, 28-08-2019, à Linguère.
Le Soleil, 15 janvier 2014.

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