BESSON Emile

Par Gérard Leidet

Né le 30 avril 1925 à Moussages (Cantal), mort le 23 mars 2015 à Bagnolet (Seine-Saint-Denis) ; journaliste sportif à l’Humanité, spécialisé dans le cyclisme ; résistant ; militant communiste.

Émile Besson qui aurait pu être enfant du labour ou de l’atelier, venait « de tout en bas ;  le plus bel endroit pour regarder vers le haut  », disait-il. Après avoir été élève à l’école communale de son village, son certificat d’études primaires en poche, il s’engagea très tôt, dans la Résistance, dans le département de l’Ain, où sa famille avait suivi le père, facteur à la Poste.

En 1942, à l’âge de dix-sept ans, il entra dans la brigade anti-Gestapo dans les villes de la Bresse et du Grand Lyonnais : «  J’avais la carte numéro 82, se souvenait-il. Une carte prestigieuse, car la brigade comptait peu de membres… J’étais le plus jeune. C’était un boulot ingrat, dangereux, pas toujours joli-joli pour un homme de mon âge. Mais j’ai toujours fait ce que je devais faire.  »

Émile Besson prit ensuite le maquis en mai 1943 en Haute-Savoie, sous le pseudonyme de Milou. Il y participa aux combats de la Libération avant de s’engager pour la durée de la guerre en Allemagne. Revenant plus tard sur cette expérience assez fondatrice au fond de sa (jeune) personnalité, il déclara : « Il n’y a pas de grands hommes, quand on a juste fait ce qu’il fallait faire.  »

Au lendemain de la Libération, en 1947, Émile Besson adhéra au Parti communiste français, un parti qu’il ne devait jamais quitter. « Monté à Paris », il travailla ensuite comme livreur à bicyclette (signe prémonitoire ?), puis fut coursier à l’agence de presse communiste l’Union française d’information (UFI). Il allait effectuer tout son parcours professionnel dans la presse du PCF, ou proche de celui-ci. Rapidement, il écrivit de courts articles, avant d’être embauché au service des sports de l’Humanité, en 1953, rubrique au sein de laquelle il devait rester jusqu’à sa retraite, en 1987. Journaliste, Émile Besson « prit l’échappée » ; celle principalement du cyclisme et du Tour de France, qu’il suivit sans interruption à trente-cinq reprises. Le temps d’imposer un nom, une signature, une réputation, un regard singulier. Avec Abel Michéa et Pierre Chany, journaliste à l’Équipe, tous les trois issus de la Résistance et de la lutte armée, Émile Besson devint l’un des «  chantres » de l’épreuve mythique.

Dans ces années-là, Émile Besson, alias « Mimile » ou « Milou » parlait d’égal à égal avec les vrais « héros du peuple », tels Louison Bobet («  ce n’était pas un homme de droite, c’était un gaulliste !  »), Jacques Anquetil, Raymond Poulidor… transformant peu à peu la relation de travail du journaliste en liens d’amitié forts, souvent intimes. Plus «  poulidorien  » qu’«  anquetiliste  » (contrairement à Michéa), Besson inventa le sobriquet célèbre «  Poupou  », et l’expression «  Vas-y Poupou !  », fut immédiatement adoptée par le peloton et le public. Il devint alors dans ces années 1960 un fervent partisan de Raymond Poulidor, sportif exemplaire qui représentait selon lui « le type même du cycliste sain, sachant accepter la victoire et la défaite avec la même modestie, l’homme du peuple en fait… C’est l’une des choses dont je suis le plus fier, ajoutait-il. Non seulement j’ai trouvé “Poupou”, mais j’ai cloué le bec à Michéa, (René) Fallet et Chany !  ». Cependant, il reconnaissait volontiers ne pas avoir la facilité d’écriture d’Abel Michéa ou de Pierre Chany. Il en nourrit longtemps un vieux complexe, compensé par un travail opiniâtre d’autodidacte : «  À mes débuts, j’ai dû faire de gros efforts. J’ai tout appris : l’orthographe, la syntaxe, la grammaire…  » rappelait-il à l’occasion.

La singularité de Besson journaliste résidait notamment dans le fait qu’il fut l’un des suiveurs français de l’épreuve phare du cyclisme de l’Est européen, du temps du bloc communiste : la « Course de la Paix », disputée entre les trois capitales Prague, Varsovie et Berlin (Est). Il fut d’ailleurs le premier journaliste de la presse hexagonale à suivre cette épreuve, à partir de 1953, et réitéra cette expérience une vingtaine de fois, pour le compte de l’Humanité, livrant des articles à la fois élogieux sur le cyclisme des pays « socialistes », et critiques envers la politique sportive française menée tant par les divers gouvernements que par les fédérations sportives, notamment la FFC (Fédération française de cyclisme).

En dehors de son activité de journaliste à l’Humanité, Émile Besson écrivait dans la presse sportive située dans la mouvance du PCF. Déjà Journaliste à Miroir Sprint au cours des années 1950, il fit partie, logiquement, dès janvier 1960, de l’équipe qui fonda Le Miroir du cyclisme ; d’abord bimestriel, puis devenu mensuel à partir de janvier 1961, le magazine était publié par les éditions « J », issues des mouvements de jeunes résistants communistes. Il devint membre du comité de rédaction de la nouvelle revue (dirigée dès l’origine, et jusqu’en 1992, par Maurice Vidal), aux côtés, notamment, de son camarade de « l’Huma » Abel Michéa, de Robert Chapatte, de Pierre Chany, journaliste à l’Équipe qui signait ses articles sous certains pseudonymes (« Jacques Périllat », « Paul Parrot »), non dissuadé sans doute (au contraire de ses collègues du quotidien sportif) par le positionnement "à gauche" de la direction du « Miroir » …

En 1969, Émile Besson publia, avec Abel Michéa, le livre 100 ans de cyclisme, puis, vers la fin des années 1970, il quitta Miroir du cyclisme, en compagnie d’un autre journaliste influent de la revue, Claude Parmentier. Ils participèrent tous deux à la création d’un autre magazine cycliste mensuel, Sprint international, avant que Besson ne devienne rédacteur en chef d’une nouvelle revue, Vélo star.

En 2000, Émile Besson fut nommé membre de la commission d’histoire de la politique du sport et de l’éducation physique en France pendant l’Occupation. En 2005, il fit partie du comité de parrainage du centenaire de l’Humanité.

Émile Besson était titulaire de la croix de guerre et médaillé de la Résistance. Les distinctions, qu’il goûtait peu, ne s’arrêtèrent pas là : il fut nommé Chevalier de l’Ordre national du mérite. À l’issue d’un parcours marqué par son double engagement de journaliste et de militant, il fut décoré de la Légion d’honneur par Marie-George Buffet, ministre de la Jeunesse et des Sports dans le Gouvernement de la Gauche plurielle dirigé par Lionel Jospin (1997-2002). Il commenta avec une certaine lucidité ces différentes marques d’honneur : «  S’il fallait n’en garder qu’une, je choisirais ma croix de guerre. La Légion d’honneur se distribue ; la croix de guerre, elle se gagne !  »

Émile Besson aura été l’une des grandes figures du journalisme sportif. Avec son compère Abel Michéa, (mort en 1986), ils incarnèrent à eux deux, pour le bonheur de plusieurs générations de lecteurs de l’Humanité, de Miroir sprint ou de Miroir du cyclisme, une densité historique (et politique) qui produisait un langage commun, partagé par tous les passionnés de cyclisme. Il rapporta de ses reportages de « la Grande Boucle », et des portraits qu’il réalisa de ses champions préférés (Bartali, Coppi, Robic, Vietto, Bobet, Gaul, Anquetil, Poulidor…) le témoignage d’un certain âge d’or du journalisme sportif : «  Derrière le sport, il y a des individus ; derrière les individus, il y a des destins, et dès que nous avons à écrire sur des destins, nous touchons à l’âme humaine  », se confiait ainsi à l’Humanité, en 1970, celui qui avait eu la douleur de perdre son fils, Jean-Jacques…

Émile Besson avait eu un fils (Jean-Jacques), et une fille (Elisabeth). Ses deux frères, Henri et Marcel, étaient connus dans le milieu du cyclisme pour avoir couvert, en tant que photographes pour Miroir Sprint, de nombreux Tours de France, ainsi que d’autres courses et événements sportifs.

Jusqu’à son dernier souffle, Émile Besson avait conservé « l’ardeur du militant et du citoyen, attentif aux heurts du monde et à l’avenir de son pays » (témoignage de sa sœur Colette). Il mourut dans la nuit du 23 mars 2015 après être allé voter, puis avoir participé au repas de famille dominical au cours duquel il avait écouté avec attention les résultats des élections départementales. Son corps est enterré au Vieux cimetière de Bagnolet (Seine-Saint-Denis).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article223062, notice BESSON Emile par Gérard Leidet, version mise en ligne le 3 avril 2020, dernière modification le 3 avril 2020.

Par Gérard Leidet

ŒUVRE : Nombreux articles dans Miroir sprint, puis dans Miroir du cyclisme, notamment sur le cyclisme amateur ; articles dans L’Humanité, en particulier en mai de chaque année jusqu’en 1987, sur la « Course de la Paix ». — 100 ans de cyclisme, en collaboration avec Abel Michéa, éditions B. Arthaud, 1969.

SOURCES : L’Humanité-Dimanche, numéro spécial, mai 1994. — L’Humanité, 2005. – L’Humanité, 25 mars 2015, article de Jean-Emmanuel Ducoin, « Émile Besson, ou l’âge d’or des Géants de la route ». — Notes de Jean-Pierre Besse. — Christophe Penot, J’écris ton nom Tour de France, Éditions Cristel, 2002. (Avec une interview d’Emile Besson) —

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