DEPOLLIER Léon, dit GIRAULT Léon [Pseudonyme : Charvoz]

Par Daniel Grason, Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 8 janvier 1905 à Biolawicz ou Bwlavie (Pologne) ; chauffeur de taxi ; secrétaire de la Fédération CGTU des Transports ; militant communiste ; déporté à Sachenhausen (Allemagne).

La vie politique de Léon Depollier porte l’empreinte de l’influence de sa mère, Suzanne Girault, militante communiste au tempérament marqué qui joua un rôle de premier plan au bureau politique du Parti communiste en 1925-1926, fut exclue comme zinoviéviste en 1928 puis réintégrée en 1932. Elle resta membre du PCF jusqu’à sa mort en 1973 et siégea au Sénat de 1946 à 1958.
Institutrice en Russie, elle eut deux enfants, Jeanne et Léon, né le 8 janvier 1905 en Pologne de Nicolas Frenkel). Par la suite elle eut un autre fille, Nadiege, avec Gabriel Sauvage. Comme Suzanne Girault l’adolescent vécut passionnément la naissance de la Russie soviétique. La famille revint en France au cours de l’année 1921 et habita chez Madame Altmann (la mère de Georges Altman), 20, avenue Reille dans le XVIe arr. puis aux Lilas (Seine) où Léon Depollier épousa le 13 mars 1926 Lilianne Pisler, née le 30 mars 1904 à Lausanne (Suisse). Membre du Parti communiste et de la 4e Entente des Jeunesses communistes, il travaillait en 1924 à l’ambassade d’URSS mais, en février suivant, à la suite d’un article de l’Action française le concernant, il dut quitter cet emploi. Le Parti communiste l’envoya à Nîmes (Gard) comme rédacteur de l’Humanité du Midi jusqu’en juin 1927.
Comme sa mère, Léon Depollier - alors connu sous le nom de Léon Girault - domicilié à Drancy et membre du 6e rayon de la Région parisienne, soutint les thèses zinoviévistes. Georges Joseph le déclara oppositionnel dans les Cahiers du Bolchevisme du 15 avril 1927. Son nom fut également cité dans le numéro du 15 juillet 1927. Il avait été écarté de la direction de la région parisienne, avec Claude Calzan, Maurice Paz, Paul Cadeau et Gabriel Sauvage, à la conférence de juin. En décembre 1927, « Léon Girault » signa l’appel au XVe congrès du Parti communiste russe pour la réintégration des oppositionnels et l’instauration d’un véritable centralisme démocratique. Peut-être connut-il l’exclusion avec Suzanne Girault au début de l’année 1928. Il perdit en tout cas ses fonctions de permanent, puisqu’en 1928 la Compagnie française des voitures de place l’embaucha en qualité de chauffeur de taxi. Eut-il immédiatement des responsabilités syndicales ? Nous l’ignorons. Les archives de police nous apprennent seulement que quatre ans plus tard, le 21 septembre 1932, le tribunal militaire de Paris le condamna par défaut à un an de prison pour insoumission, vraisemblablement pour refus de faire une période de réserve.
À nouveau militant communiste actif, il occupa la fonction de secrétaire de la Fédération CGTU des Transports de 1933 à 1935 qu’il représenta au VIIIe congrès de la CGTU (septembre 1935). Les rapports de police lui attribuent les titres de secrétaire adjoint de la Chambre syndicale des cochers-chauffeurs de la Seine en 1933 et de secrétaire général en 1935. Le syndicat réunifié le nomma secrétaire permanent en 1936. Il était, l’année suivante, gérant du Réveil des Cochers-Chauffeurs et président du Club aéronautique de sa profession. Membre de la commission exécutive de l’Union des syndicats de la Région parisienne en 1938 et 1939, c’est lui qui représenta son syndicat au XXVe congrès de la CGT (Nantes, novembre 1938) et qui réorganisa la Chambre syndicale des cochers-chauffeurs de la Seine en convoquant à Levallois-Perret, les 15 et 16 mai 1939, le Ier congrès du syndicat. Le 17 octobre 1938 un tribunal correctionnel parisien l’avait condamné à deux mois de prison, 100 francs d’amende et 300 francs de dommages et intérêts pour entraves à la liberté du travail. On l’accusait d’avoir, boulevard Davout, le 1er mai 1938, en compagnie de quatre grévistes, fait stopper un chauffeur de taxi et l’avoir bousculé. Il affirmait quant à lui avoir été victime d’une provocation de son patron. Le 21 mars 1939, la Cour d’appel confirma la condamnation à deux mois de prison pour entrave à « la liberté du travail ».
Domicilié de 1934 à 1937 rue de Ménilmontant (XXe arr.), puis chez sa mère dans le IXe arr., il militait à la 20e section Paris-Ville du Parti communiste. Responsable de septembre 1939 à avril 1940 d’un centre parisien de fournitures de papier et de matériel pour la presse communiste, il appartint à partir de décembre 1939, avec Gautier et A. Ernoult, à la direction clandestine de la Région parisienne.
Il fut interpellé le 4 avril 1940 en tant que responsable du tirage de La Vie ouvrière clandestine. Il effectuait ce tirage à son domicile au 32 rue Notre-Dame de Nazareth, dans le quartier de la Cité, à Paris (IIIe arr.).
Le quotidien collaborationniste Le Matin annonça le 17 avril 1940 : « 58 communistes sont arrêtés. Parmi eux se trouvent un ancien employé à l’ambassade des soviets », Léon Depollier. Transféré au cours de l’exode au camp de Gurs puis à la prison militaire de Maussac en Corrèze, il s’en évada le 19 décembre 1940 pour reprendre ses activités communistes clandestines. Le 26 janvier 1942, il fut condamné par contumace par le Tribunal militaire de Périgueux à vingt ans de travaux forcés.
Le 12 octobre 1942, il rendit visite à un prisonnier à Fresnes, alla 1 rue du Capitaine Scott dans le XVe arrondissement. Il resta quelques heures chez un particulier, déclara qu’il se rendait à Vichy rejoindre sa femme et sa fille. À son retour, il logea à l’hôtel au 3 rue de Douai jusqu’au 5 novembre 1942. Des policiers perquisitionnèrent le logement de la rue du capitaine Scott occupé par Marie Goguelat âgée de 47 ans. Ils saisissaient un pistolet calibre 6,35 mm de marque le Français, trois cartouches ainsi que dix-neuf cartons de chasse, ainsi qu’un extrait de compte de chèques postaux que de Gaalon avait laissé dans l’appartement lors de son passage. Celui-ci était inconnu des divers services politiques de la police, mais des services judiciaires pour quatre condamnations, la dernière le 11 mars 1938 à quinze mois de prison et 3.000 francs d’amende pour « escroquerie ».
À la suite d’une perquisition chez sa mère Suzanne Girault en Saône-et-Loire, la police retrouva sa trace. Il fut arrêté par des inspecteurs de la BS1 le 21 décembre 1942 à la Porte d’Italie, un militant qui était en sa compagnie réussissait à prendre la fuite. Les deux militants avaient été filés depuis la rue Jean-Jaurès à Gentilly (Seine, Val-de-Marne). Une visite domiciliaire chez son amie et hôtesse Colette Robin, née Lemaire, 25 rue Buffon (Ve arr.), prouva qu’il était un des responsables de la propagande communiste parmi les emprisonnés et les internés. Il était, selon la police, le dirigeant national « aux évasions » sous le pseudonyme de « Michel » et le nom d’Adrien Charvoz, né le 25 novembre 1905 à Yenne (Savoie).
Emmené dans les locaux des Brigades spéciales à la Préfecture de police, fouillé il dissimulait dans ses sous-vêtements deux mille cinq cents francs, et deux plans du camp d’internement de Voves, qualifié par les policiers de « camp de concentration », d’un compte rendu d’activité rédigé par un militant communiste clandestin, et d’une lettre signée "Audebert".
Il détenait de fausses pièces d’état civil et un livret militaire au nom d’Adrien Charvoz qui était son pseudonyme. Il refusa pendant vingt-quatre heures d’indiquer où il vivait. Puis il lâcha son adresse le 25 rue Buffon dans le Ve arrondissement où il habitait sous le nom de Charvoz, en compagnie de son amie Colette Lemaire.
Il déclara qu’il était depuis juin 1941, le responsable national des camps d’internés politiques et des prisons. Il était chargé du soutien tant moral que matériel, des communistes détenus ou internés. Selon ses déclarations, il avait créé un réseau d’agents de liaisons et d’agents qui étaient près des lieux de détention et d’internement. Ces militants étaient en contact avec le personnel de garde des lieux de détention et d’internement.
Léon Depollier déclara qu’ainsi « des lettres, des consignes ou directives, des tracts et des brochures de propagande, des vivres… », étaient adressés aux détenus. Les consignes politiques étaient diffusées, des renseignements demandés « sur la façon de servir de chacun », parfois « des demandes d’exclusion » étaient signifiées. Dans son action militante il était secondé par "Tétère" et "Lebref". Ce dernier Adrien Bermand interné au camp de Compiègne s’évada grâce au système mis en place par Léon Depollier.
Léon Depollier était répertorié dans les archives centrales des Renseignements généraux en qualité d’ex-membre de l’Ambassade de l’URSS, d’ex. Secrétaire de l’Humanité, d’ex-secrétaire général de la Chambre syndicale des Cochers-Chauffeurs de la Seine et d’ex. Membre de la Commission exécutive de l’Union des syndicats de la Région parisienne.
Lors de la perquisition de son domicile de la rue Buffon, les policiers saisissaient la somme de onze mille cinquante francs, des plans manuscrits de plusieurs camps d’internements et de plusieurs prisons, des rapports d’activité, des compte rendus et des documents sur son activité et celle des militants emprisonnés, deux clefs passe-partout. Ainsi que deux états nominatifs des militants communistes détenus ou internés où à chacun des noms, figurait une appréciation d’ordre général sur le degré de confiance à leurs accorder, ainsi que différentes pièces d’identités lui appartenant ainsi qu’à son amie Colette Lemaire.
Interrogé par des inspecteurs, il assuma son engagement militant dans la clandestinité. « Lorsque la guerre a éclaté en 1939 j’étais encore secrétaire général du Syndicat des cochers-chauffeurs de la Seine. En dépit du décret portant dissolution des syndicats ouvriers, j’ai essayé de maintenir l’existence et l’activité de mon syndicat sur le plan clandestin. »
Au cours de son interrogatoire, il dédouana son amie Colette Lemaire, affirmant : « Toute son activité s’est bornée à rendre à l’organisation des services matériels que je lui prescrivais et pour lesquels elle n’était pas rétribuée : achat de papier, et accessoires nécessaires au tirage des tracts. Il édita Le Réveil des Cochers-Chauffeurs de la Seine, sollicité par Tollet il collaborait à l’édition de La Vie Ouvrière clandestine.
Selon les déclarations qu’il fit aux policiers, en juin 1940 Veto le mettait en contact avec un responsable clandestin. À la suite de cette rencontre, il rédigea un rapport sur la situation dans les camps d’internement, il soulignait « l’abandon moral dans lequel [étaient] les emprisonnés politiques », il signa le rapport de son nom. À la suite de son diagnostic, il fut chargé « de la solidarité en faveur des emprisonnés politiques », et l’organisation clandestine l’appointa 1.800 francs, puis 2.000 francs par mois.
Militant acharné, il constitua un réseau de militants qui entra en contact avec des familles et/ou avec des gardiens de prison et des gardiens de camps d’internement. Il dédouana son amie Colette Lemaire dont l’activité se borna « à très peu de choses. » Elle se rendit sur son instruction à rencontrer "Lebref" ou "Tétère".
Les membres du réseau de solidarité avec les prisonniers dirigé par Léon Depollier avaient pour ambition de faire évader des prisonniers, mais jamais les conditions ne furent réunies pour qu’une action de ce type réussisse. Il répondit à toutes les questions, les 2.500 francs qu’il portait sur lui « Il s’agit d’argent personnel ».
Des quittances de loyer, de gaz, des engagements de location au nom d’un couple Vassort au 5 rue Buffon. Il s’agissait de la mère de Colette Lemaire qui possédait un chien qui n’était pas accepté rue Buffon, Léon Depollier et Colette Lemaire s’installèrent donc rue Buffon.
Il répondit avec assurance à toutes les questions des inspecteurs. Les plans des différents camps d’internements ? « Ils me permettaient d’étudier plus aisément les possibilités offertes par chaque prison ou chaque camp à des évasions éventuelles. »
Les documents, compte rendus, rapports, sur des camps notamment Voves et Rouillé, la prison centrale de Rennes… « Je devais les transmettre par l’intermédiaire d’"Alice" » Il affirma qu’il ne connaissait « ni les noms ni les adresses » de ceux qui lui transmettaient les documents.
Sur un feuillet de papier figurait un décompte de salaire et de frais. « Il s’agit en premier lieu des salaires respectifs de mes adjoints "Le Bref" et "Tétère" ainsi d’ailleurs que du mien, de mes frais personnels ainsi que ceux de mon amie "Colette".
Que signifie l’indication « Trinquart B 37 Corentin Carré […] au verso d’une couverture de cahier de feuilles de papier à cigarettes ? « Il s’agit probablement de l’adresse incomplète d’un interné politique. »
Sur le bas d’une feuille de papier figurait des noms de fonctionnaires de l’administration pénitentiaire de Dijon, Vannes, Alençon, Besançon, Reims et Rennes. Posément Léon Depollier répondit « Il s’agit des mutations survenues parmi le personnel surveillant de la prison de Clairvaux. L’agent local a transmis des renseignements à toutes fins utiles. »
Toujours à son domicile, figurait sur un morceau de papier : « Lallier Roger – plombier – hospice de Bicêtre – Kremlin-Bicêtre ». Sa réponse fut laconique : « Ce nom et cette adresse ne me rappellent aucun souvenir. »
La liste de vingt noms qui commençait par « Morin » et se terminait par « Langlois ». « Il s’agit probablement d’une liste d’emprisonnés ou de détenus politiques. Je ne puis préciser davantage ». Les indications portées au verso d’un ticket de métro saisi à son domicile. « Je l’ignore. Ce document n’est pas de ma main. »
L’interrogatoire continua, imperturbable Léon Depollier répondait… Sur un trousseau de clefs saisi une étiquette portait le nom de Sauvage. Les policiers se rendirent à son domicile, l’homme vivait avec Suzanne Depollier, mère de Léon. Le couple vivait au 25 rue de Navarin à Paris au 4ème étage. Des policiers se rendirent sur place, le couple était parti depuis plusieurs mois dans le village natal de François Sauvage à Laives en Saône-et-Loire. L’homme ex-chauffeur de taxi était militant communiste.
Le domicile fut perquisitionné, les policiers saisissaient trois cents brochures et livres édités antérieurement au décret-loi du 26 septembre 1939 qui avait mis hors la loi le Parti communiste.
Une visite domiciliaire chez son amie et hôtesse Colette Robin, née Lemaire, 25 rue Buffon (Ve arr.), prouva s’il en était besoin qu’il était un des responsables de la propagande.
Il était, selon la police, le dirigeant national « aux évasions » sous le pseudonyme de « Michel » et le nom d’Adrien Charvoz, né le 25 novembre 1905 à Yenne (Savoie). Il passa par le camp de Compiègne avant d’être déporté le 30 avril 1943 en Allemagne, au camp de Sachenhausen-Oranienburg.
Léon Depollier revint à Paris en avril 1945, dans un état de santé fragile (invalide) qui l’empêcha dès lors d’avoir une activité professionnelle ou militante. Il participa à l’Amicale d’Oranienburg qu’il présida. Son action de Résistant lui valut la Légion d’honneur et le grade de capitaine, il fut homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF), et Déporté interné résistant (DIR). Il se remaria le 4 septembre 1954 à Paris (Ve arr.) avec Paulette Ragot, née vers 1905, veuve, employée de préfecture à Bordeaux puis de la Seine, titulaire de la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22326, notice DEPOLLIER Léon, dit GIRAULT Léon [Pseudonyme : Charvoz] par Daniel Grason, Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 26 mai 2021, dernière modification le 12 juin 2022.

Par Daniel Grason, Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. PPo. GB 72, PCF carton 13 rapport hebdomadaire des Renseignements généraux du 11 janvier 1943. – Bureau Résistance, SHD Vincennes, GR 16 P 176092. – Arch. Jean Maitron, fiches Léon Depollier et Suzanne Girault*. – Le Travailleur parisien, avril-juin 1938 et juin-juillet 1939. – Petit parisien, 17 avril 1940. – Compte rendu du 1er congrès de la Chambre syndicale des cochers-chauffeurs de la Seine, Levallois, 15-16 mai 1939, s.d., 77 p., ronéoté. – Stéphane Courtois, thèse, op. cit., annexe n° 18. – A. Rossi, Les communistes français et la drôle de guerre, Paris, 1951, p. 106 et n. 34, p. 111. – J. Bézaut, Mémorial d’Oranienbourg, Sachsenhausen 1980, p. 160. – RGASPI, Moscou, pas de dossier au nom de Léon Depollier ni a Léon Girault dans les archives du Komintern. – Léon Depollier eut un rôle majeur dans la préparation du livre de l’Amicale d’Oranienburg, Sachso.

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