DEPREUX Lucien, Fernand

Par Jean Maitron, Claude Pennetier, Frédéric Stévenot

Né le 27 avril 1895 à Guise (Aisne), mort en déportation le 8 avril 1944 à Flossenbürg ; ouvrier mouleur, ouvrier d’usine, menuisier ; militant communiste et syndical (CGTU, CGT) de l’Aisne ; conseiller général communiste du canton de Guise.

Fils de Michel, dit Isaïe, Depreux, manouvrier âgé de vingt-sept ans, et de son épouse Mélanie, dite Roseline, Dochez, ouvrière de filature âgé de vingt-sept ans également, Lucien Depreux naquit au domicile de ses parents, au 29 de la rue Saint-Médard. Il se maraia à Guise, le 14 avril 1921, avec Cécile Alice Dumoliers. En 1937, le couple avait deux enfants.

Au moment de son recensement militaire, retardé en raison de l’invasion allemande, Lucien Depreux était mouleur (puis menuisier en 1937) et vivait à Guise. Il fut incorporé à partir du 10 septembre 1919 au 51e régiment d’infanterie. Le 29, il fut renvoyé dans ses foyers, rue Sadi-Carnot à Guise.
Il fut rappelé à l’activité le 26 août 1939, et affecté au centre mobilisateur d’infanterie n° 24 (21e RRT), où il arriva le lendemain. Il fut renvoyé dans ses foyers le 12 novembre suivant, et placé en affectation réservée. Le registre matricule ne rend pas compte de son engagement dans la Résistance.

Lucien Depreux, ouvrier menuisier, travaillait dans une usine métallurgique et dirigea le syndicat CGTU des Métaux de Guise dans les années 1927-1935. Membre du Parti communiste depuis le congrès de Tours (décembre 1920), il était secrétaire du rayon de Guise en 1936.

Il fut candidat aux élections municipales de 1925, sur la liste du Bloc ouvrier et paysan (BOP). Au premier tour, le 3 mai, elle avait obtenu 658 suffrages en moyenne, contre 832 pour la « liste fasciste d’union administrative » et 248 pour le bloc des gauches ; aucune n’avait été en mesure de l’emporter. Les candidats ouvriers et paysan avaient obtenu :

  • Panchout Armand, employé révoqué, communiste, 664 voix ;
  • citoyenne Patat, des Femmes communistes, 622 ;
  • Lamart Émile, agent d’assurances, communiste, 691 ;
  • Patat André, ouvrier d’usine, , communiste, 662 ;
  • Dépreux [en réalité : Depreux] Lucien, ouvrier d’usine, communiste, 658 ;
  • Poirette Désiré, ouvrier d’usine, sans parti, 653 ;
  • Meurant Albert, ouvrier d’usine, communiste, 675 ;
  • Carette Arthur, ouvrier d’usine, sans parti, 665 ;
  • Bourgeois Léon, ouvrier d’usine, communiste, 671 ;
  • Bray Alphonse, employé d’usine, sans parti, 670 ;
  • Bossu Marcel, ouvrier d’usine, communiste, 652 ;
  • Compère Léon, ouvrier d’usine, sans parti, 661 ;
  • Hermann Fernand, cheminot, communiste, 658 ;
  • Roussel Alfred, ouvrier d’usine, sans parti, 654 ;
  • Paquet Émile, ouvrier d’usine, communiste, 657 ;
  • Noé Désiré, ouvrier d’usine, sans parti, 650 ;
  • Lebeau Émile, ouvrier d’usine, communiste, 650 ;
  • Régnier Maurice, ouvrier d’usine, sans parti, 653 ;
  • Patte Émile, ouvrier d’usine, communiste, 660 ;
  • Dupont Camille, ouvrier d’usine, sans parti, 652 ;
  • Baclet Clément, ouvrier d’usine, communiste, 656 ;
  • Florentin Alfred, ouvrier d’usine, sans parti, 653 ;
  • Pirot Marcel, menuisier, communiste, 657.

Au second tour, le 10 mai 1925, la liste obtint une moyenne de 746 voix :

  • Panchout Armand, employé révoqué, communiste, 755 voix ;
  • citoyenne Patat, des Femmes communistes, 690 ;
  • Lamart Émile, agent d’assurances, communiste, 821 ;
  • Patat André, ouvrier d’usine, , communiste, 753 ;
  • Dépreux [en réalité : Depreux] Lucien, ouvrier d’usine, communiste, 754 ;
  • Poirette Désiré, ouvrier d’usine, sans parti, 732 ;
  • Meurant Albert, ouvrier d’usine, communiste, 766 ;
  • Carette Arthur, ouvrier d’usine, sans parti, 756 ;
  • Bourgeois Léon, ouvrier d’usine, communiste, 762 ;
  • Bray Alphonse, employé d’usine, sans parti, 761 ;
  • Bossu Marcel, ouvrier d’usine, communiste, 737 ;
  • Compère Léon, ouvrier d’usine, sans parti, 754 ;
  • Hermann Fernand, cheminot, communiste, 743 ;
  • Roussel Alfred, ouvrier d’usine, sans parti, 735 ;
  • Paquet Émile, ouvrier d’usine, communiste, 751 ;
  • Noé Désiré, ouvrier d’usine, sans parti, 736 ;
  • Lebeau Émile, ouvrier d’usine, communiste, 728 ;
  • Régnier Maurice, ouvrier d’usine, sans parti, 735 ;
  • Patte Émile, ouvrier d’usine, communiste, 746 ;
  • Dupont Camille, ouvrier d’usine, sans parti, 734 ;
  • Baclet Clément, ouvrier d’usine, communiste, 734 ;
  • Florentin Alfred, ouvrier d’usine, sans parti, 741 ;
  • Pirot Marcel, menuisier, communiste, 740.

Cependant, le maintien de la liste du bloc des gauches empêcha les communistes d’avoir des élus. Il leur fallut attendre 1929 pour remporter les élections. De fait, en mai 1929, il devint adjoint au maire de sa commune, la première du département à être dirigé par une majorité communiste. Il conserva ses fonctions lors des élections de mai 1935.
Lucien Depreux se présenta aux élections législatives de mai 1932 et avril 1936 dans l’arrondissement de Vervins ; il obtint respectivement 6,4 % et 11,3 % des voix des électeurs inscrits.
En 1937, il entra au conseil général comme représentant du canton de Guise u terme du second tour (1er tour : 1 327 voix ; 2e tour : 2 207 voix sur 4 806 inscrits). Il fut alors le seul conseiller communiste du département.

En tant que conseiller général et adjoint au maire, Lucien Depreux participa à un meeting organisé par le PC à Guise, le 6 janvier 1939, avec Auguste Touchard et Prosper Môquet, députés de Paris, Georges Marrane, conseiller général de la Seine, Lucien Monjauvis, conseiller municipal de Paris et conseiller général de la Seine. L’Humanité du 7 janvier 1939 (p. 2) fit le compte rendu de la réunion sous le titre « Belle réunion communiste à Guise (Aisne) ». Six cents travailleurs s’étaient réunis au marché couvert ; « c’est par acclamations qu’ils manifesté leur accord avec la politique de notre Parti développée par la orateurs [Georges Marrane semble ne pas en avoir été], dont les exposés ont été hachés d’applaudissements ».

Sur l aproposition du préfet de l’Aisne, le conseil de préfecture interdépartemental réuni à Châlons-sur-Marne, prit différents arrêtés constatant ladéchéance de plusieurs élus de l’Aisne, à savoir cinquante-deux conseillers municipaux, trois conseillers d’arrondissement et un conseiller général. Ces quatre derniers furent respectivement Misery, Andrieu et Gambier, ainsi que Lucien Depreux.

Arrêté le 16 octobre 1942, il fut déporté du camp de Royallieu à Compiègne (liste I.171.) le 17 janvier 1944 vers Buchenwald. Le convoi emmena 1 944 ou 1 947 hommes (la moitié à peine put revenir de déportation) et fut marqué par de nombreux arrêts, causés par les tentatives d’évasions (dix au total). En représailles, pendant les trois jours de voyage, seule une soupe fut distribuée aux déportés, au cours d’un arrêt à Trèves. Une partie d’entre eux fut transférée par la suite vers d’autres camps de concentration ou vers des kommandos annexes, dont trois cents à Flossenbürg, dont Lucien Depreux (matr. 39518). Il y parvint le 23 ou 24 février 1944. Sa mort, causée par une crise cardiaque aiguë, fut enregistrée le 8 avril 1944, à 20 heures ; son corps fut ensuite brûlé. Les documents de l’administration mentionne l’adresse de sa fille, Paulette Depreux, au 19 rue de Robbé, à Guise.

Lucien Depreux fut homologué pour ses services dans la Résistance (Vincennes GR 16 P 176274), mais il ne semble pas avoir reçu la médaille de la Résistance. Le site Mémoire des hommes ne le répertorie pas non plus parmi les morts de la guerre. Quoi qu’il en soit, le nom de Lucien Depreux figure sur le monument aux morts et la stèle commémorative 1939-1945 de Guise. Le JO du 27 mars 1988, p. 4136, porte l’arrêté du secrétaire d’État aux anciens combattants en date du 19 février 1988, qui décida d’apposer la mention « Mort en déportation » sur les actes de décès de Lucien Depreux.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22337, notice DEPREUX Lucien, Fernand par Jean Maitron, Claude Pennetier, Frédéric Stévenot, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 5 avril 2021.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier, Frédéric Stévenot

SOURCES : SHD Vincennes, Vincennes GR 16 P 176274. Arch. Nat. F7/12970, F7/13108. — Arch. Dép. Aisne, 8312, 11478, 11479 ; reg. matr. 21R208 - 1915 , bureau de Saint-Quentin, matr. 860. — L’Exploité, 1932-1939. La Voix paysanne, 2 mai 1925, p. 4 ; 9 mai 1925, p. 4 ; 16 mai 1925, p. 4. L’Humanité, n° 14623 du 3 janvier 1939 p. 4, n° 14624 du 4 janvier 1939, p. 4, n° 14625 du 5 janvier 1939, p. 4, n° 14626 du 6 janvier 1939, p. 4, n° 14627 du 7 janvier 1939, p. 2. Le Grand Écho de l’Aisne, n° 1688 du 2 mars 1940, p. 1— Sites Internet : Mémoire des hommes ; Mémorial GenWeb ; Fonds pour la mémoire de la déportation ; fonds d’archives Arolsen ; Les morts dans les camps ; Mémorial de Compiègne. — Renseignements communiqués par la mairie de Guise, 1984. — Notes de Jean-Pierre Besse.— État civil de Guise, 5Mi1641, acte n° 177.

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