BEELEN René, Auguste. Pseudonymes : Bertsky à Moscou, Jean sous la Résistance.

Par Jules Pirlot

Paris (France), 11 novembre 1913 – Moscou, (aujourd’hui Fédération de Russie), 15 février 1966. Ouvrier d’usine, résistant, militant à la Jeunesse communiste, vice-président du Parti communiste de Belgique (PCB), conseiller provincial de Liège (pr. et arr. Liège).

Le père de René Beelen, Auguste, est belge et sa mère, Yvonne Deshayes, française. Connu comme anarchiste, Auguste Beelen, sans travail, quitte Liège (pr. et arr. Liège) pour Paris. C’est là que nait René Beelen. Pendant son enfance à Saint-Denis dans la banlieue rouge, Beelen fait partie du mouvement des pionniers du Parti communiste français (PCF). La famille revient à Liège en 1926. Auguste Beelen adhère au PCB. Il meurt en 1934 dans un accident minier au charbonnage du Bois d’Avroy. Lors de ses funérailles, le jeune René fait un scandale en accusant les patrons d’être responsables de la mort de son père.

Jeune ouvrier, René Beelen occupe plusieurs emplois dans de petites entreprises de la région liégeoise. Il adhère à la Jeunesse communiste (JC) en 1930. Le PCB le sélectionne pour se former à l’École léniniste internationale (ELI) à Moscou où il séjourne dix-huit mois en 1931 et 1932, sous le pseudonyme de Bertsky. À son retour, il est sollicité par la presse de droite pour témoigner des problèmes sociaux et politique en URSS, ce qu’il refuse radicalement bien qu’il en parle en privé.

Comme simple militant de la JC et du PCB, René Beelen participe à l’agitation syndicale en 1932. Arrêté pendant un piquet de grève devant la Linière de Saint-Léonard à Liège, il est condamné pour rébellion à sept mois de prison en 1934 et encore à un mois en 1935 dans une affaire similaire, Il va sans dire qu’il trouve difficilement du travail. Politiquement, il se lie avec Julien Lahaut qui le pousse à prendre des responsabilités dans la direction de la JC qui fusionne en 1936 avec les jeunes gardes socialistes dans la Jeune garde socialiste unifiée (JGSU). Cette organisation reste aux mains des seuls communistes après le retrait des socialistes en 1939.

René Beelen se rend populaire pendant les grèves à Herstal (pr. et arr. Liège), où il travaille aux Fonderies modernes. Il rencontre son épouse, Louise Batta, ouvrière de la Fabrique nationale d’armes de guerre (FN) de Herstal qui la licencie en raison de ses fréquentations communistes. Une nouvelle fois sans travail, Beelen vend du lait en triporteur. Il est secrétaire national bénévole de la JC jusqu’en février 1940, date à laquelle il est rémunéré.

Manifestant sa solidarité avec l’URSS lors de la guerre de Finlande en 1939, René Beelen prend des risques. Il se cache sous le pseudonyme de Lucien, vivant dans une semi-clandestinité et échappe aux arrestations du 10 mai 1940. Bien que réformé, et malgré le Pacte germano-soviétique, il veut s’engager à l’armée et combattre l’Allemagne nazie, mais l’incarcération de son épouse, comme militante communiste à la prison Saint-Léonard, l’en dissuade. En juin 1940, il organise un comité de défense populaire. Il travaille comme terrassier pour la ville de Liège et s’impose comme porte-parole syndical de ses collègues. En novembre 1940, ils arrêtent le travail pour une question de timbres de ravitaillement. En janvier 1941, René Beelen est présent dans la manifestation qui chahute et met en déroute les rexistes venus tenir un meeting au Palais de sports de Liège. Pendant la grève de 1941, il prend la parole à Liège, place Saint-Lambert, lors d’un rassemblement pour l’augmentation des salaires. Le 22 juin, caché chez des voisins, il observe la police allemande venue l’arrêter chez lui et peut alerter ainsi des camarades. Totalement clandestin et rétribué par son parti, il organise, dans diverses régions des missions au sein du Front de l’indépendance (FI), des Comités de lutte syndicale (CLS) et des groupes de partisans armés (PA), sous le pseudonyme de Jean. C’est ainsi qu’il est chargé de transporter, vers des régions industrielles, des armes parachutées en province de Luxembourg. Son épouse, Louise, est la courrière du dirigeant national du PCB, Georges Van Den Boom.

Le 6 juin 1943, dans le cadre du démantèlement de la direction du PCB menée par la SIPO, René et Louise Beelen sont capturés dans leur logement clandestin à Bruxelles, où ils s’étaient réunis pour leur anniversaire de mariage. Sévèrement torturé au fort de Breendonk, René Beelen perd l’usage d’une oreille. À Breendonk, il fait la connaissance de Léon-Ernest Halkin, professeur d’histoire à l’Université de Liège, catholique démocrate et pacifiste, qui coopère avec le FI. Ils s’apprécient mutuellement. Beelen est transféré en mai 1944 à Buchenwald (Thuringe, Allemagne), où il participe aux comités clandestins qui libèrent le camp à l’approche des Américains. Son attitude pendant la clandestinité et lors de son arrestation, ses actions comme partisan armé ne lui valent que des éloges.
En 1945, René Beelen retrouve son épouse. Ils auront par la suite deux enfants, Marcelle et Serge.

À son retour du camp, l’armée belge assimile René Beelen au grade de lieutenant-colonel mais il n’en va pas de même dans son parti. La direction du PSCB lui reproche son indiscipline et son franc-parler. Elle ne lui confie que des tâches subalternes, tente de le couper de sa base en l’envoyant au Borinage (pr. Hainaut), ce qu’il refuse. En 1949, il est remplacé par Albert Juchmès au poste de secrétaire d’organisation de la fédération de Liège.

René Beelen retourne travailler dans le privé, cette fois comme charpentier-coffreur, après une brève formation. Il participe à la grève de 1950 contre le retour de Léopold III. Il confie à Julien Lahaut qu’il n’est pas d’accord avec le mot d’ordre « vive la République ». Il estime que la république est un objectif lointain mais que les masses luttent pour le départ de Léopold III et qu’aller plus loin, c’est se couper des masses. Malgré tout, il est rappelé, en 1951, dans le cadre permanent du PSB pour présider la Jeunesse populaire de Belgique, en plein déclin. C’est à ce titre qu’il mène le combat contre l’allongement du service militaire à 24 mois. Là encore, il critique les directives du Bureau politique, considérant qu’avoir obtenu la réduction à 18 mois satisfait la jeunesse et les forces de gauche en lutte. Il estime que le PCB s’isole en s’accrochant au slogan des 12 mois.

René Beelen n’hésite pas à aller boire un verre dans son quartier de Sainte-Marguerite à Liège, pour sonder l’opinion populaire, Son souci de rester près de la classe ouvrière réelle et non idéalisée, de ne pas se couper de la FGTB (Fédération générale du travail de Belgique – syndicat socialiste interprofessionnel), de dialoguer avec les socialistes, l’amène à faire équipe avec Ernest Burnelle pour mener l’offensive contre la direction « Lalmand-Terfve » qui depuis le début de la guerre froide conduit le PCB d’échec en échec. Beelen, membre du Comité central depuis 1948, est critiqué par la direction qui lui reproche d’être « indiscipliné avec sa hiérarchie et autoritaire avec ses subordonnés ». Il n’hésite pas à refuser les injonctions de la Commission de contrôle politique. C’est le chemin de l’exclusion mais la majorité du Comité central se range derrière lui et Ernest Burnelle.

Le XIème Congrès du PCB se tient en 1954. Joseph Staline est mort l’année précédente, les Soviétiques se font discrets. Malgré les conseils de modération des communistes français, les congressistes tranchent dans le vif. Edgar Lalmand est marginalisé, Jean Terfve connait une période de « purgatoire » et Paul Libois, intellectuel dogmatique et hostile au régionalisme, ne tarde pas à s’en aller. René Beelen devient vice-président du PCB. La nouvelle équipe dirigeante estime qu’il est absurde de se proclamer parti « d’avant-garde ». Il faut simplement l’être. Conformément à la doctrine khrouchtchévienne pour l’Europe occidentale, il appartient à la masse des travailleurs de conquérir des majorités parlementaires pour appliquer un programme de marche vers le socialisme. De ce point de vue, le terme « dictature du prolétariat » fait inutilement peur et doit être retiré des statuts.

Malgré un nouvel échec électoral en 1958, l’année 1960 trouve un PCB en ordre de marche, avec une forte influence chez les délégués de base de la FGTB. Les militants communistes mènent une activité débordante pendant la grande grève. André Renard, dirigeant des métallurgistes liégeois et principal meneur de la grève de l’hiver 1960-1961 contre la loi « unique », leur reproche d’outrepasser les mots d’ordres syndicaux. Les communistes reprochent aux renardistes d’avoir substitué l’objectif du fédéralisme au de retrait de la « loi unique ». Mais rapidement, de nouveau à l’écoute de la base ouvrière, le PCB renoue avec la revendication du fédéralisme qui figurait déjà dans ses programmes d’avant-guerre et n’avait jamais été abandonnée par Ernest Burnelle. Il ajoute « anticapitalistes » à la formule « réformes de structures », prônée par le leader syndical. René Beelen et André Renard se rapprochent dans le cadre du Mouvement populaire wallon (MPW), mais Renard décède en 1962.

René Beelen renoue avec l’idée de reconstituer l’unité des partis ouvriers par l’inscription du PCB dans l’Action commune socialiste qui aurait alors rassemblé deux partis, une mutuelle, un syndicat et une coopérative. Cette idée, déjà émise par Joseph Jacquemotte dans l’euphorie du « Front populaire » : un PCB autonome dans le cadre du POB, n’enchante pas tous les communistes et encore moins la droite socialiste atlantiste. Cette orientation va à l’encontre des courants prochinois qui se manifestent dans le PCB derrière la figure historique de Jacques Grippa accusant la direction de révisionnisme. Lors du Congrès de 1963 qui l’élira vice-président du PCB, René Beelen appuie résolument la fermeté d’Ernest Burnelle qui préfère la scission à un compromis.

En 1965, René Beelen est élu conseiller provincial de Liège, mandat public qu’il n’exercera pas longtemps. Il décède à Moscou le 15 février 1966, alors qu’il vient d’y prononcer un discours devant les ouvriers d’une usine de machines-outils, soulignant l’importance de la Révolution d’octobre pour les conquêtes sociales du mouvement ouvrier belge et le rôle de l’Union soviétique pour le maintien de la paix.

La popularité de René Beelen était bien réelle comme le prouvent ses funérailles à Liège, avec un long cortège foisonnant de drapeaux rouges et de coqs wallons remontant derrière la fanfare du MPW depuis le siège de la fédération liégeoise du PCB sur le quai de la Batte, jusqu’au cimetière de Robermont (Liège), où il est inhumé dans la pelouse d’honneur aux côtés de ses compagnons d’armes, militaires et résistants combattant l’Allemagne nazie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article223536, notice BEELEN René, Auguste. Pseudonymes : Bertsky à Moscou, Jean sous la Résistance. par Jules Pirlot, version mise en ligne le 25 février 2020, dernière modification le 29 novembre 2022.

Par Jules Pirlot

SOURCES : CArCoB, dossier CCP n° 2306 ; fonds audio numérisé, dernier discours de René Beelen ; biographie en ligne – RGASPI, 495 93 029 – BEELEN S. et DEPREZ R., « Beelen René, Auguste », dans Dictionnaire biographique des militants du mouvement ouvrier en Belgique, t. 1, Bruxelles, EVO, 1993, p. 93-95 – GOTOVITCH J. et alii, Komintern : l’histoire et les hommes : dictionnaire biographique de l’Internationale communiste en France, en Belgique, au Luxembourg, en Suisse et à Moscou (1919-1943), Paris, Éditions de l’Atelier, 2001.

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