DZIUBEK Boguslaw, Stanislas parfois orthographié DZIOBECK dit "Stanis".

Par Jean-Louis Ponnavoy

Né le 14 février 1926 à Winiary (Pologne), exécuté sommairement par la Résistance le 30 juillet 1944 à Saint-Berain-sous-Sanvignes (Saône-et-Loire) ; manœuvre de travaux publics ; résistant de l’armée secrète (AS) et de la Résistance intérieure française.

Stanislas Dziubek était le fils de Jan et de Franciszka Kadzielska. Il arriva en France avec sa famille en 1928 à l’âge de deux ans car son père avait trouvé un emploi dans une industrie à Miribel (Ain). Il était célibataire et exerçait le métier de manœuvre de travaux publics à Miribel où il était domicilié avec sa famille.
Le 6 juin 1944 fut constituée par décision du PC départemental des FFI de l’Ain, la compagnie Lorraine sous le commandement du lieutenant d’active Léon Boghossian de l’armée secrète (AS). Boguslaw Dziobeck en entendit sans doute parler car il arriva de Miribel le 12 juin et entra dans la Résistance à la compagnie Lorraine en se faisant appeler "Stanis". Il fut d’abord incorporé à la 2e section "Niaucourt" puis au Groupe Franc (GF) "Benoît" vers le 26 juin. Le 11 juillet 1944 les Allemands lancèrent leur troisième grande offensive contre les maquis baptisée Treffenfeld. Une partie de la compagnie dont la moitié du GF de Boguslaw Dziobeck fut envoyée en renfort des forces du groupement Nord en difficultés sur l’axe Bellegarde Nantua aux environs des villages de Châtillon-en-Michaille et Trébillet. Stanis participa aux opérations. Lorsque la compagnie se regroupa le 27 juillet au village de Giron il avait disparu.
Le 25 juillet 1944 il suivit un camarade du nom de Robert Simon en Saône-et-Loire, dans le bassin minier de Blanzy. Le 27 juillet ils partirent pour essayer de rejoindre le maquis FTP de la région de Montceau-les-Mines auquel Robert Simon avait appartenu avant de partir dans l’Ain. Le maquis était installé depuis l’été dans les forêts, sur la commune de Saint-Bérain. Il était commandé par un militant communiste italien, ouvrier mineur aux houillères de Blanzy, du nom d’Ephysius Zuddas alias "Morin" et formait une compagnie du 6e bataillon FTP de Saône-et-Loire, unité du régiment Valmy qui combattra lors de la Libération d’Autun. Le 30 juillet, Stanislas et son copain Robert Simon étaient attablés au café Chandioux à Saint-Bérain, où il prenaient un peu de repos avant d’aller retrouver les maquisards. C’est là que leur destin vint à leur rencontre sous la forme des maquisards du groupe Morin. Ce qu’il se passa ensuite ne sera connu qu’en novembre 1944 par les témoignages d’anciens du maquis.
À 18 heures, les gendarmes de la brigade de Blanzy furent informés que les cadavres de deux inconnus se trouvaient au milieu de la route de la route départementale n°57 conduisant de Blanzy à Toulon-sur-Arroux, à 500 mètres à l’Ouest du bourg, au lieu-dit "pont de Pierre Chaude". Lorsque les gendarmes arrivèrent sur place, les corps des deux hommes étaient allongés sur le dos l’un à côté de l’autre, la tête en direction de la Coudraie et baignaient dans une mare de sang. Selon leur rapport qui est reprit intégralement dans l’article sur leur mort, Stanislas Dziobeck portait une plaie à la boîte crânienne, sur le côté gauche de la tête, d’où l’on apercevait la matière cérébrale. La blessure avait été causée par une arme à feu, probablement une mitraillette car trois douilles de cartouches provenant d’une telle arme se trouvaient à proximité des cadavres. Stanislas Dziobeck était vêtu d’une chemise et d’un pantalon de couleur kaki et chaussé de brodequins. Il put être identifiée grâce à une carte d’étranger trouvée dans l’une des ses poches et délivrée par la préfecture de l’Ain le 31 mars 1943. Il possédait également une carte d’alimentation, une carte de textile et une carte de tabac, ces trois pièces étant toutes établies à son nom.
Quelques heures auparavant, le lieutenant "Morin" avait été prévenu personnellement de la présence de deux individus suspects prétendant appartenir à la Résistance, à l’intérieur du bourg de Saint-Bérain. Immédiatement, il convoqua un groupe avec lequel il partit sur les lieux indiqués. Ses hommes n‘eurent aucun mal à cueillir sur place Stanis et Robert qui ne se méfiaient pas et à les désarmer. Selon le témoignage des habitants qui les virent, ils descendirent immédiatement encadrés par le groupe de Morin et arrivés au pont de Pierre Chaude, ils furent abattus par surprise d’une rafale au visage. Entre leur arrestation et leur mort qui est fixée à 15h30 par l’acte de décès, il ne se serait passé qu’une demi-heure.
Le décès fut constaté par le docteur Drevon, médecin à Montceau-les-Mines.
L’acte de décès fut dressé le 30 juillet sur la déclaration de Claude Tillier, 52 ans, cultivateur, domicilié à Saint-Bérain-sous-Sanvignes.
Les raisons de ce double assassinat restent obscures. Simon aurait été l’objet d’un verdict le condamnant à mort avant son départ pour l’Ain, à la suite d’une dénonciation à Morin comme étant un faux maquisard au service des Allemands et membre de la Gestapo. Quant à Dziubek, qui eut le malheur de suivre ce dernier, il aurait été confondu avec un autre Polonais, camarade de Simon, condamné avec lui à l’époque.
Le lieutenant Morin et son groupe rentrèrent vers 19h00 et il affirma que l’expédition qui lui avait été confiée avait été exécutée. La thèse qui prévaudra donc pendant plus d’un décennie était que Dziubek et Simon étaient de faux maquisards inconnus dans la région qui s’étaient rendus coupables de pillages de fermes, portant le discrédit sur les vrais maquis et qu’ils avaient donc été arrêtés et exécutés par Morin qui ne s’en cachait d’ailleurs pas. En dehors de ce côté obscur Morin était un vrai héros qui conduisit sa compagnie à la bataille d’Autun où elle fut décimée et 27 de ses hommes massacrés par les nazis. Il se tua accidentellement le 27 septembre sur la route de Saint-Vallier en effectuant une mission de liaison à motocyclette.
Lors de l’enquête effectuée dans l’Ain en 1959, les anciens camarades de Stanislas Dziubek à la compagnie Lorraine témoignèrent en sa faveur et le donnèrent « pour un jeune homme honnête, scrupuleux et courageux, très fier de lutter pour un idéal qu’il avait choisi sans contrainte ».
Le 25 février 1960, Monsieur le Préfet de l’Ain exprima un avis favorable à l’attribution de la mention « Mort pour la France » et adressa également une note complémentaire indiquant que faute d’éléments à sa charge, « seul ses antécédents élogieux peuvent être retenus et qu’ils sont de nature à justifier un avis favorable ». Stanislas Dziubek obtint donc la mention « Mort pour la France » par décision en date du sept avril 1960 de M. le Ministre des Anciens combattants et victimes de la guerre, transcrite le douze avril 1960 sur l’acte de décès. Sa famille fit rapatrier son corps et Stanis Dziubek repose aujourd’hui au cimetière communal Saint-Martin, à Miribel (Ain).
Son nom figure sur la stèle commémorative, à Mionnay et sur le monument aux morts, à Miribel (Ain).
Son frère Marian, soldat au 3e régiment de marche de la Légion étrangère fut tué au combat le 30 janvier 1945 à Jebsheim (Haut-Rhin).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article223755, notice DZIUBEK Boguslaw, Stanislas parfois orthographié DZIOBECK dit "Stanis". par Jean-Louis Ponnavoy, version mise en ligne le 1er mars 2020, dernière modification le 2 mars 2020.

Par Jean-Louis Ponnavoy

SOURCES : Résistance polonaise en Saône-et-Loire, juin-juillet 1944 - Dziubek et Simon dans l’Ain et 30 juillet 1944 - mort de Dziubek et Simon.— Mémorial Genweb.— État civil (acte de décès).

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